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Publié par Edouard Boulogne

Me Félix Rodes sur RFO-Guadeloupe.

 

 



 

( Félix Rodes dans un célèbre débat sur TV/Eclair avec Edouard Boulogne. Il semble commander aux éléments. Normal, nous sommes sur TV/Eclair ).







Ce soir (4 juin 2008) l’ancien Bâtonnier de l’Ordre des avocats de la Guadeloupe, maître Félix Rodes, était l’invité de RFO-Guadeloupe dans le cadre de l’émission « Mémoire de la Guadeloupe ».

Je ne m’attarderai pas sur les approximations de l’émission, normales sur cette chaîne de télévision.

 

Par exemple, Me Rodes affecté selon une journaliste d’une voix gutturale, c’est-à-dire rauque, qu’il n’a pas. Il fallait dire « grave », ou de basse profonde, de bronze, ce qui pour un avocat est un atout dont certains savent jouer, et Félix…très bien !

 

Sur le contenu, glissons aussi, rapidement. Me Rodes est un personnage. Il est Guadeloupéen, il aime la Guadeloupe, c’est son pays. C’est le mien aussi. Je ne l’aime pas moins que lui. Ce qui ne fait pas de moi, un « indépendantiste ».

 

En choisissant de rester sur RFO, je savais tout (oui, tout !) ce que j’entendrais.

J’ai quand même suivi l’émission, assez brève d’ailleurs, une vingtaine de minutes, avec intérêt, et, je dois le dire, un constant sourire.

 

D’abord parce que je suis « rodé » si je puis dire au personnage, et puis aussi, dussé-je en étonner quelques-uns parce que le personnage ne m’est pas antipathique.

 

Félix a donné comme d’habitude, dans l’outrance.

200 morts,  à Pointe-à-Pitre, lors des évènements de 1967 (voir à ce sujet l’article du Scrutateur : Mai 1967 en Guadeloupe).

Seulement ! a t-on envie de dire. Vous verrez que prochainement un de ces petits péteux qui ont entrepris sur RFO ou ailleurs de saouler la Guadeloupe de leurs fantasmes de névrosés, diront 300, 400, ou davantage. Pourquoi pas ? Nous ne sommes pas dans l’histoire, mais dans la « mémoire", ce qui est très différent.

 

Avec Félix, c’est autre chose. Je ne l’accuse pas de mauvaise foi, mais (c’est encore autre chose, de dangereux, pas pour lui, malheureusement, mais pour la Guadeloupe) de jouer un peu trop, et même de surjouer.

 



Me Rodes est un acteur. Il en fait trop. Je note tout de même que s’en prenant à l’ex gouverneur Sorin, à rebours de ce qu’ont pensé les hommes du peuple qui l’ont connu, il n’a pas été jusqu’à traiter cet homme remarquable « d’officier allemand, nommé par Hitler », ( Voir mes deux lettres au Recteur de l’Académie de Guadeloupe M.Miossec) ce qui figure sur un site officiel de l’Académie de notre département.

 



Je connais un peu Me Rodes. Il y a peu d’années, il me demanda par l’intermédiaire du regretté Raymond Viviès de servir de témoin à décharge dans le procès intenté à Ibo Simon, dont il était l’avocat, parmi d’autres, dont Me Tony Jabbour.

J’acceptai parce qu’Ibo Simon, homme du peuple,  maladroit certes dans ses expressions était victime d’une chasse à l’homme menée par d’hypocrites organisations « antiracistes », et une flopée de petits bourgeois avides de promotions et soucieux de se faire, à bon compte,  une notoriété.

 

Je le connais, mieux pour l’avoir lu, durant des années dans son journal « Le progrès Social », qui navigue sur d’autres eaux que celles où je croise d’ordinaire, mais qui, à une certaine époque, eut une certaine tenue.

 

J’ai lu également quelques-uns de ses livres, dont « Le décret du 16 pluviose An II ».

 

Je l’ai rencontré aussi dans une célèbre émission de télévision , en 1989, où nous nous affrontâmes sur le thème des « Droits de l’homme et de l’esclavage ».

 

L’émission fit date. L’affrontement fut sans concession mais courtois de part et d’autres.

Nous nous serrâmes la main deux fois ce soir là.

 

Avant l’émission dans les coulisses de TV/Eclair au Baillif. Je l’y trouvai seul, en attente dans un studio, tendu. Je ne l’étais pas moins. Il me sourit d’un air contrit.

Et puis après l’émission, plus guillerets, l’un et l’autre ayant conscience d’avoir joué au mieux nos  partis.

 

Entre-temps la joute avait été chaude. Sur TV Eclair, à l’époque on ne savait jamais à quelle heure commençait au juste une émission, ni surtout quand elle se terminerait.

Celle-ci dura plus de deux heures. Il était 23 heures passées quand j’entrepris, fort las, sans avoir soupé ( ni bu le plus petit whisky ) de rejoindre Pointe-à-Pitre où je devais recevoir mes chers élèves de terminales dès 7h15.

 

Quelques jours après je vis cette émission en différé (pendant l’émission, on est trop occupé pour "voir" quoi que ce soit) chez mon ami Luigy Colat-Jolivière.

 

Celui-ci me fit remarquer que pendant que je répondais à l’une de ses assertions, Félix Rodes ne manifestait aucune animosité. « Ce regard n’exprime me dit-il aucune animosité, on peut même y lire une certaine bienveillance ». Et il me semblait n’avoir pas tort.

 

Un acteur donc, non dépourvu d’un certain humour, malgré les apparences (donc pas de ces cabotins qui prétendent à sa succession ! ). Durant l’émission déjà évoquée, le théâtreux, entre deux mouvements de manche, se compara sans pudeur excessive à …. Mirabeau. Et l’on voit pourquoi, outre le talent d’orateur, il pouvait être justifié d’invoquer un tel patronage.

 

 

L’émission, ai-je dit, avait été rude. De sang froid, je songeai à ce poème de « La légende des siècles », de  Victor Hugo, dont, il me semble, Félix Rodes ne déteste pas le goût des antithèses et la rhétorique flamboyante.

 

C’est à la fin d’un interminable combat de ces géants de la chevalerie que furent Roland et Olivier.

Le poète écrit :

 

            « …Plus d’épées en leurs mains, plus de casques à leurs têtes.

            Ils luttent maintenant, sourds, effarés, béants,

            A grands coups de troncs d’arbre, ainsi que des géants ».

 

Et plus loin, alors que la joute ne finit toujours pas, Olivier s’arrête et dit :

 

                        « Roland, nous n’en finirons point.

            Tant qu’il nous restera quelque tronçon au poing,

            Nous lutterons ainsi que lions et panthères.

            Ne vaudrait-il pas mieux que nous devinssions frères ? ».

 

Et Roland y consent, et il épouse la belle Aude, sœur d’Olivier.

 

Mon cher Maître Rodes ne croyez-vous pas qu’Olivier est sage ? D’une sagesse dont aurait bien besoin notre Guadeloupe à vous et à moi ?

 

Mais cela leur fut plus facile qu’à nous, hommes du 20è siècle, dont le moindre des combats, et les plus mesquins même, est ultra médiatisé, transformant en affaire d’Etat, la peccadille la plus minuscule ?

 

La chevalerie avait ses chances,  RFO n’existait pas !

 

 

Edouard Boulogne.

 

 

 


 

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