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Publié par Edouard Boulogne

In memoriam : Albert Boulogne.

 

(Albert Boulogne à 21 ans, en 1939. Photo prise par LANOIR).




( Il y a quelques jours, dans l’article consacré à Luc (Guevara) Reinette, j’évoquais mon père, Albert, à propos d’une anecdote où il était question de « faucons » de « colombes », et surtout de « tourterelles et de grives ».

Un de ses vieux amis, un contemporain, (mon père aurait eu cette année : 90 ans) m’a  téléphoné pour me suggérer de rendre hommage à son vieux camarade du lycée Carnot.

Je pense souvent à mes deux parents tous deux remarquables en leur genre.

La pudeur, une pudeur familiale me dissuade d’en parler aussi souvent qu’ils le mériteraient.

Quand mon père mourut en février 1984, j’éprouvai l’angoisse d’avoir à en écrire, ainsi « à chaud » dans le journal Guadeloupe 2000 que je dirigeais. D’autant que « l’homme » était discret quand il s’agissait de lui, n’étant pas de ceux qui suggéreraient, comme ça, en douce, qu’on lui dressât une statue.

Aussi, est-ce avec soulagement que je reçus, sous le titre « Le bien ne fait pas de bruit », l’article qu’on va lire, signé du pseudonyme de « Fleur Marie-Galante ».

Fleur Marie Galante était  (est, puisqu’elle vit toujours, alerte, et primesautière, fine musicienne)  épisodiquement l'auteur de chroniques dans le journal, de billets aussi, acidulés, sous, donc, pour eux, cet autre pseudo de « Carambole ».

Son article sur mon père parut en mars 1984. Tous comme les lecteurs qui voulurent bien me le dire, j’en avais apprécié la simplicité, et la véracité.

Je le publie donc à nouveau, par piété filiale, pour plaire à notre vieil ami de Trois Rivières, et aussi pour les lecteurs du Scrutateur dont le nombre augmente régulièrement.

Certes, le blog, s’adresse, bien au-delà de la Guadeloupe, à bien des catégories de lecteurs, dont on pourrait penser qu’ils n’ont rien à faire d’un hommage rendu il y a 25 ans à quelqu’un, d’une petite île perdue, et  qui ne fut pas un homme public.

Je n’en crois rien.

On sait que mon ambition est d’édifier peu à peu ce blog, avec l’aide de ceux qui le veulent bien, en un lieu de réflexion d’inspiration chrétienne, créole,  et française.

Mais pas un lieu quelconque.

Un point d’enracinement.

Je me méfie des considérations trop générales, et universelles, parce qu’abstraites, désincarnées.

Pour parler utilement à tout être, il faut d’abord exister, concrètement, avoir une expérience, être d’un terroir.

Cette publication n’est donc pas seulement une manifestation de sentimentalité, mais une intention d’ancrage, et de simplicité : « lecteurs d’ici même, ou de très loin, là bas », voici qui nous sommes, qui vous parlent.

Le pseudo « Fleur Marie-Galante », on l’aura deviné indique, d’ailleurs, les origines Marie-Galantaises de sa porteuse, tout comme celles de toute ma famille depuis notre arrivée aux îsles, en provenance d’île de France, en 1657. Edouard Boulogne).

 

 

LE BIEN NE FAIT PAS DE BRUIT.

 

(A. Boulogne, dans sa maturité).


 

Gardons le souvenir de cet homme d'une grande bonté qui n'est autre que le père d'Edouard Boulogne.

Albert Boulogne était la person­nification de la charité. Il était la bonté instinctive. Ce qui le condui­sait de par sa profession, à aider naturellement, ceux qui n'avaient pas les moyens de subvenir à leur nourriture, ceux qui avaient des problèmes de fin de mois et même de chaque jour !

L'épicerie y pourvoyait.

Parce que j'étais de celles qui s'approvisionnaient chez lui, je peux témoigner de ce que je voyais souvent. Je garde le souvenir de cette femme « blanc derrière morne » (un tantinet toquée) qui vivait prati­quement grâce à Albert Boulogne.

Je me rappelle aussi cette grande dame, mulâtresse très digne (pau­vreté n'est pas déshonneur) tou­jours longue vêtue (question d'esthétique : elle cachait ainsi ce que nous appelons en créole des « pépèlles »). (Déformations dues à une maladie infectueuse, l'érysipèle, quasiment disparue grâce aux progrès dus à la départementalisation des "vieilles colonies" en 1946. Note du Scrutateur).

Elle était chapeautée d'un petit bibi noir qui complétait sa toilette et malgré une certaine allure, on la sentait désabusée. Là encore, avec beaucoup de tact, Albert la secou­rait.

Et ce vieux noir aux cheveux blancs très ras, à demi aveugle. Et combien d'autres, sans oublier ceux qui demandaient un délai pour payer le mois échu.

Et parce que je laisse parler mon coeur, voilà qu'il me vient à l'esprit un de nos proverbes créoles, sagesse et vérité de notre vie de tous les jours : « cé bon kè à crabe ki fai si i ka mâché assi côté ".

Comment ne pas me rappeler cette époque bienheureuse où l'épi­cerie était le dernier salon où l'on cause. Je me replonge aujourd'hui avec émotion et nostalgie dans cette ambiance familiale où nous rencontrions :

Albert, au fond du magasin, courbé sur ses écritures, « tante Yvonne » (de tous), puis Edith à la caisse. Tout en dictant la liste des achats, on échangeait quelques petits potins que d'aucuns baptise­ront de « cancans à mounes la Pointe ». Et puis Camille au sou­rire débonnaire. Et Laure, toujours très droite dans sa tenue le plus souvent noire.

Tous très attachés à « Monsieur Boulogne ». Une qualité de la vie. La douceur de vivre. Toute une époque révolue. Je lisais, il y a quelques mois : « La Foi et l'espé­rance ne sont rien sans la Charité. » Jésus a dit : « Un verre d'eau donné en mon nom à un pau­vre vous sera rendu au centuple »

Ne pensez-vous pas qu'Albert Boulogne ait ainsi amassé des tré­sors au ciel ?

A lui qui était la modestie même (je ne suis pas certaine qu'il ne rou­gisse pas là-haut pendant que je chante ses louanges ici-bas !), j'ai voulu en remerciement de tous ceux qu'il a aidés et avec beaucoup d'affection, offrir ces quelques lignes dans la revue de son fils. Il m'est doux de garder ces souve­nirs.

 

Fleur Marie Galante.

 

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brigitte 06/06/2008 00:56

Quel bel hommage ! Merci à Fleur de parler si bien de ton père.L'époque dont elle parle me fait remonter de bons souvenirs de notre Guadeloupe d'antan, où solidarité rimait avec dignité.Encore quelques anecdotes, merci !