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Publié par Edouard Boulogne

Deux jours à tuer.

 

Un quadra parisien, Antoine (Albert Dupontel) patron de pub, pète les plombs lors d’une réunion avec un client, saborde le boulot et plaque sa boite en claquant la porte. Le même jour,  attablé dans un bistrot il  déjeune avec une jolie femme, Marion (Alessandra Martines), ayant envers elle, des gestes tendres et affectueux.

A son retour chez lui, Cécile (Marie-Josée Croze) le reçoit furieusement en lui reprochant d’avoir une liaison, découverte par  sa meilleure amie qui a  vu Antoine au restaurant le jour même. Il ne nie pas, laisse  sa femme croire à sa culpabilité et envenime même la situation en dénigrant leur mariage, leur amour, leur famille. Le lendemain, jour de son anniversaire, Antoine massacre la joie de ses enfants en critiquant leurs cadeaux, et continue la journée  en se fâchant avec tous ses amis, venus fêter son anniversaire. La scène, qui aurait pu être un bijou du genre si elle avait été écrite par Audiard ou Guitry ou Ivory, est tellement conventionnelle et attendue qu’elle en perd tout intérêt : on sait qu’en 24 secondes chrono chacun  aura droit à son paquet d’injures. Il accuse ses amis de tous les torts et les lâchetés qu’il pourrait se reprocher à lui-même. On devine à l’avance ce qu’il va dire : le psy, l’avocat, la jolie femme, la charity-business-fan, l’idiote et l’intello… tous reçoivent leur bordée d’horreurs et s’éclipsent, à la hâte, du happening préfabriqué. Antoine va embrasser ses enfants, jette un dernier mot irréparable à Cécile et quitte sa maison, une main devant une main derrière. On le retrouve sur la route de Cherbourg  puis sur le ferry qui le mène en Irlande. Devant une chaumière de pierres, il retrouve un père, (Pierre Vaneck) vieil ours et grand pêcheur à la mouche devant l’éternel, qui semble être dans les même aimables dispositions d’humeur que son fils…On comprend leur distanciation, quand on sait qu’Antoine, petit, et sa mère  ont  été abandonnés par le pêcheur Cette deuxième partie du film, très distincte de la première, tente de sauver l’œuvre, et y parviendrait sans doute car le personnage du père est fort et douloureux, parce qu' Antoine laisse, enfin, libre cours à la sincérité et que l'Irlande est magnifiquement présente autour d'eux, mais elle est tronquée, avortée et nous laisse sur notre attente.

Jean Becker nous avait habitués à plus de subtilité et  de finesse, surtout avec un sujet aussi prenant. Ses ficelles sont grossières et éventées, le scénario ronronne en tentant de nous égarer… et pourtant, je ne peux m’empêcher de créditer Jean Becker d’une manipulation : il nous prive  d’Antoine quand on aurait voulu rester près de lui, il nous enlève le père quand  il pouvait jouer le rôle de sa vie, il nous frustre autant qu’Antoine frustre sa femme et ses enfants en disparaissant. Est-ce que Becker ne chercherait pas à éveiller dans le spectateur les mêmes sentiments d’exclusion et d’inutilité qu’ont dû ressentir Cécile et ses enfants en apprenant la vérité ?....

Je ne peux vous en dire plus, mais, après avoir vu le film, peut être  penserez-vous comme moi ?

 

Marie Deval.

 

« Deux jours à tuer »

Film français

Sortie : 30 avril 2008

Réalisateur : Jean Becker

Genre : Drame

Durée : 1h25

Avec : Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Pierre Vaneck, Alessandra Martines, Cristina Reali, François Marthouret etc

 

PS : Un bonheur de revoir Pierre Vaneck…

 

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