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Publié par Edouard Boulogne

1918 / 1945 Des Victoires qui se discutent …

 



L’Homme a inventé beaucoup de choses merveilleuses mais il a été aussi à l’origine d’actes odieux, abominables, terribles..
La Guerre en fait partie.
Bien que beaucoup d’individus passent beaucoup de temps à prétendre que nous devons nous aimer les uns les autres (OUI nous devrions !). Eh bien une étude même succincte de notre Histoire démontre sans beaucoup de difficultés que l’Homme adore la Guerre ! Qu’il la  fait depuis la nuit des temps, qu’il y met toujours une passion sans borne, une efficacité surprenante, une application méthodique et qu’il faudrait être bien utopiste pour imaginer une seule seconde qu’il va arrêter de la faire.

Nos sociétés regorgent de symboles guerriers. Nos fiertés nationales sont emplies de souvenirs guerriers, d’actes de bravoures militaires où le sang de l’autre ruisselle dans nos champs  et nos sillons.
La France est sans doute le pays dont l’hymne national est le plus belliqueux, revanchard, brutal et peu porteur de message d’amour et de Paix ! ( La Marseillaise, nous l'avons un peu oublié est d'abord un chant révolutionnaire, l'hymne de la République partie à la conquête de l'Europe, pour abattre ces "rois ivres de sang et d'orgueil" selon les propres paroles mises en musique par Rouget de Lisle. Note du Scrutateur).

Et que dire de la passion française pour notre Dictateur bien à nous, le « génial » Napoléon 1er dont on ne cesse de glorifier la toute puissance militaire et la grande capacité à massacrer dans toute l’Europe avec une belle pugnacité et beaucoup d’enthousiasme. ( Napoléon fut un disciple et un affidé de...Robespierre, l'incorruptible, selon la mythologie de nos livres de classe. Autre oubli. Et c'est le génie militaire, incontestable, du "petit caporal" qui permit l'expansion des idées révolutionnaires à travers toute l'Europe, et par suite, à partir de 1917, en Russie, et dans le monde entier sous la banière du communisme). Note du Scrutateur).
Les Français sont fiers de leur Napoléon car il fut un grand militaire et qu’il fut capable de joncher son chemin de milliers de cadavres.
Et combien de morts ont sur la conscience tous les « héros » dont nous peuplons nos places publiques, grands chefs militaires pourvoyeurs de sang et de larmes …

Les peuples aiment la guerre et les horreurs qui vont avec et c’est bien dommage car finalement il ya sans doute d’autres moyens de régler les grands conflits mondiaux mais personne n’a jamais vraiment tenté de les mettre en application.

Et le pire c’est que tous ces drames humains, tous ces morts, tous ces blessés, ces traumatisés, toutes ces familles écrasées par la douleur n’ont le plus souvent servi à rien.
Peu de guerres règlent réellement les problèmes pour lesquels on les a déclenchées et le plus souvent les « arrangements » qui vont les suivre rendent assez inutiles les tragiques sacrifices non contestables qu’elles ont semé sur leur passage.
Nos deux « grandes guerres » du XXème siècle n’échappent pas cette règle douloureuse.

Aujourd’hui la France incline la tête et ses drapeaux en signe de recueillement et de respect en souvenir des millions de Femmes et d’Hommes tombés pendant la Première Guerre Mondiale.
Il n’est pas question ici de ne pas participer à cette commémoration morale et même il convient de rappeler que ce conflit fût sans aucun l’un des plus terrible que l’Humanité ait connu et ce que ces Hommes ont connu dépasse l’imaginable et on ne peut le souhaiter en toute conscience à son pire ennemi !

Mais quand même il faudrait peut-être remettre quelques pendules à l’heure ne serait-ce que pour éviter que des jugements hâtifs et erronés ne viennent obscurcir nos capacités d’analyses.

La Vérité nous la devons à tous ceux qui ont souffert l’enfer dans leur chair et leur âme de quelques bords qu’ils furent.


Or voilà,  désolé, mais en fait en 1918, La France n’a pas vraiment « gagné » la guerre.
Pour être franc elle était comme son ennemi Allemand, à genoux, exsangue, incapable de continuer cette folie meurtrière qui était en train de mettre l’Europe en pièce.
La France largement aidée par ses Alliés n’avait même pas réussi à repousser les Allemands sur leur territoire !

Tous les combats tragiques de cette guerre inhumaine pour sa partie ouest, se sont déroulés sur notre sol et à aucun moment les troupes allemandes ne se sont trouvées en situation de devoir reculer et demander grâce. Bien au contraire pendant ses 4 années d’un conflit sans pitié ni merci, les Allemands ont démontré des capacités militaires impressionnantes et d’une efficacité que nous n’avons jamais atteint ni dépassé.
Si nous voulons être JUSTES, nous devrions dire que les belligérants de tous bords se trouvant dans l’incapacité de continuer ce conflit ont été contraints de plier genou à terre et de s’arranger pour sortir de ce guêpier dont personne ne pouvait plus espérer se sortir sans une faillite totale, humaine, politique et économique.
Le 11 Novembre 1918 ce fut en réalité l’Armistice d’ennemis également épuisés et également incapables de continuer sur cette lancée meurtrière.
Les Allemands n’ont jamais accepté l’idée qu’ils avaient réellement « perdu » la Guerre.
Leur analyse qui semble juste est que tout le monde était à bout et qu’on a décidé de mettre les « pouces ».
Malheureusement les Français ont commis et commettent encore la tragique erreur d’appréciation qui leur a fait prétendre qu’ils avaient gagné cette guerre ce qui n’est pas vrai.
Forts de cette notion abusive, ils ont orienté les pourparlers d’après guerre en fonction de leur vision de la situation.
Sans entrer dans les détails et contre l’avis des Américains, les Français ont imposé à l’Allemagne des conditions d’Armistice extrêmement vexantes et perverses pour ce grand pays à la forte culture militaire.
On a obligé l’Allemagne à démanteler ses forces armées, à verser une somme en or absolument démentielle pour un pays venant de connaître une guerre épuisante. Pour se venger de la perte entre 1871 et 1918 de l’Alsace Lorraine, la France a réclamé de l’Allemagne sa plus productive région industrielle.
Lors du traité de Versailles qui suivit ce grand conflit de 1914 /18, la France a commis la tragique erreur de se positionner en Vainqueur d’un pays qui Lui considérait qu’il n’avait fait que demander un Armistice logique et inévitable.
Cette position abusive de la France aura dans les années futures sur le destin de l’Allemagne et du monde des retombées très lourdes.

La dette financière réclamée par la France va faire sombrer l’Allemagne dans une crise économique qui va lui interdire toute reconstruction d’après guerre. L’insulte faite à son armée, à son honneur va être directement à l’origine d’un profond sursaut d’orgueil national qui en quelques années sera le terreau des mouvements d’extrême droite dont bientôt un certain Adolf Hitler sera le grand bénéficiaire et organisateur.

La déstabilisation de l’Allemagne que la France va mettre en place pour se « venger » des années précédentes sera une terrible erreur stratégique qui va rapidement jeter nombre d’Allemands dans les bras des partis politiques extrémistes. Les Nazis sauront le moment venu profiter de l’état d’esprit d’une population qui a toujours eu la sensation d’avoir été injustement traitée en perdant de la Guerre ce qui n’a jamais été une réalité. ( Ce propos de Philipp n'est que trop exact. Dès 1920 un profond analyste de la politique et de l'Histoire, Jacques Bainville, avait annoncé que le Traité de Versailles était, gros d'une nouvelle guerre, dans son livre Les conséquences politiques de la paix, publié chez fayard, qui mériterait d'être réédité et mis au programme de Sciences Po, et de l'ENA, comme un modèle d'analyse et lucidité. Note du Scrutateur).

C’est évidemment un raccourci qu’il n’est pas possible de développer davantage ici mais il faut bien prendre conscience que l’attitude injustement intransigeante de La France basée sur un sentiment de supériorité militaire exagéré a directement entraîné l’Allemagne vers un sursaut nationaliste qui n’a pas été pour rien dans la montée du Nazisme Hitlérien.

En clamant notre « Victoire » de 1918 nous avons favorisé la fermentation du mouvement qui sera à l’origine de la Seconde Guerre Mondiale.

Pour ce qui est de 1945, la situation est différente mais là encore la vision française est un brin exagérée.
Tout d’abord, notre honneur devrait-il en souffrir; il faut avouer que pour les Allemands, La France n’a jamais été  une affaire primordiale. C’est un peu contraint et forcé par un jeu d’alliances qu’Hitler en 1939 a été obligé de se lancer dans ce conflit à l’Ouest qui n’était pas son objectif. L’objectif obsessionnel des nazis s’était l’écrasement du Communisme et de la Russie Stalinienne.
L’affaire de la guerre à l’ouest a plutôt embarrassé et retardé Hitler. Il n’y a pas consacré beaucoup de troupes et jamais l’occupation de la France n’a exigé beaucoup d’efforts de la part de l’Allemagne.
La France a fait partie des pays occupés mais rien de plus. Et pire encore même si l’on ne peut en rien excuser ou comprendre la collaboration honteuse dont certains se sont rendus coupables, il faut bien accepter l’idée que grâce au Gouvernement Vichyste de Pétain la France a été en quelque sorte été « protégée » des pires exactions allemandes qu’ont connu les pays soumis à l’autorité directe des Gauleiters (*) allemands. C’est assez contradictoire et complexe à expliquer en peu de lignes mais bien que le Gouvernement de Pétain soit totalement responsable des positions collaboratrices les plus abjectes qui ont sali notre Histoire, il a été en même temps une sorte de « tampon » entre certaines actions de la gestapo et la population  française.

Bien sûr nous ne pourrions passer sous silence les engagements courageux de beaucoup de Français. Que ce soit dans de belles actions de résistance sur le territoire ou ceux qui ont fait l’effort méritant et très respectable de mettre leur vie en péril en partant s’engager auprès des organisations Françaises de l’extérieur. Les Antilles ont connu les héros de la Dissidence.

Mais malgré le grand mérite de ces femmes et de ces hommes cela ne nous met pas en situation de grands leaders de ce conflit qui nous a échappé largement et dont nous devons largement le dénouement à l’intervention de pays étrangers.
La Seconde Guerre Mondiale n’est pas la grande affaire de la France contrairement à ce que l’on prétend trop souvent et pire encore c’est un peu par hasard que les grands débarquements Alliés se sont déroulés à partir de 1944  sur notre territoire.
Winston Churchill considérait même que le débarquement en Normandie était une perte de temps et une erreur stratégique et qu’il fallait attaquer au centre de l’Europe. Il avait dés 1942 compris que le grand danger de l’après Guerre serait la Russie Soviétique (les évènements lui donneront raison !). Il souhaitait un débarquement dans les Balkans pour remonter le plus vite possible au centre de l’Europe et ainsi empêcher la main mise Russe sur le centre européen.

Seule la volonté de FD Roosevelt un peu trop naïf par rapport à la personnalité de Staline a empêché cette stratégie d’être appliquée et c’est bien dommage car elle était sans doute très réaliste et juste.

Pour finir car il serait fastidieux de refaire ici toute l’histoire de la seconde Guerre Mondiale ce qu’il faut retenir que c’est notre vision sur ces deux événements est un peu erronée et abusive.  

Dans le cas de 1918 nous aurions gagné à être beaucoup plus réalistes et modestes quand à la situation géopolitique et à la réalité de cette Victoire.

En 1945 disons que la France a participé aux événements qui ont conduit à l’Armistice du 8 mai 1945. Mais elle n’en est pas un pion majeur et il lui faudra déployer beaucoup d’énergie dans les années suivantes pour se maintenir dans le peloton de tête européen.
Non, nous ne sommes pas des grands militaires et nos « victoires » sur ce plan sont souvent minces pour ne pas dire plus.
Mais ce n’est pas grave ! La Guerre n’est pas honorable et n’engendre que tragédies et horreurs. Qui pourrait être assez fou pour se venter d’une victoire militaire ???

Nous nous avons un événement historique autrement plus fabuleux à mettre en avant. La France est sans doute le pays qui est à l’origine de l’Idée Européenne et sa position dans la construction de l’Europe a toujours été primordiale. Et ça c’est une vraie victoire dont nous pouvons être fiers.

Rien n’est parfait en ce bas monde et bien sûr la construction de l’Europe est parfois chaotique et complexe mais tout de même, avouons que c’est autrement plus valorisant d’avoir l’Union Européenne à son palmarès qu’une tuerie sanglante et immonde.

Soyons les Soldats de la Paix et de l’entente entre les peuples ce sera notre plus noble engagement.


Philipp.  

(*) Certains pays occupés par les Allemands l’ont été par des gouverneurs directement aux ordres d’Hitler. Ces pays ont connu de véritables tragédies et des exactions sans nom.




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Claude HOUEL 12/11/2009 15:26



Je souscris globalement à l’analyse de Philipp, à quelques nuances près :


            On peut mettre en avant le côté horrible des guerres mais on doit aussi reconnaître
qu’elles ont contribué à façonner le Monde qui nous entoure et qu’elles continuent de le faire.


On ne peut analyser tous les mécanismes de l’histoire que si l'on considère que notre situation géopolitique est figée dans ses limites actuelles.


            Quel serait notre comportement si demain l’Allemagne nous
réclamait,encore,l’Alsace et la Lorraine ou si l’Italie envahissait la Savoie ou Nice ?Laisserions nous faire au nom du pacifisme ou prendrions nous les armes ?


            Il ne faut jamais faire l’apologie de la guerre et chercher tous les moyens pour éviter
les conflits mais faut éviter de juger l’histoire avec nos connaissances actuelles.


            De tout temps l’homme a été guerrier parce que cela est inscrit dans ses gènes et
correspond à une utilité.


Les premiers hommes se battaient pour défendre leur famille,leur tribu, leur territoire et leur habitat parce qu’ils considéraient que cela conditionnait leur survie.Ceux d’en face
avaient les mêmes besoins.En cas de raréfaction des ressources la guerre était inévitable.


Avec l’apparition des premières civilisations l’accroissement démographique a induit l’accroissement du territoire par la conquête donc la guerre avec comme conséquence l’imposition des idées des
vainqueurs aux vaincus.


Nous n’avons pas beaucoup évolué depuis,mais nous devons reconnaître que  ces conflits millénaires ont forgé nos territoires et nos identités mais que
rien ne nous assure qu’ils soient immuables.


Gardons nous donc de juger trop sévèrement nos ancêtres et n’oublions pas que nous serons nous même ,un jour,jugés par nos descendants .



Disident 12/11/2009 13:54



« Le plan Schlieffen est une organisation minutieuse pour les forces armées allemandes successivement mis en pratique lors des Première et Seconde Guerres mondiales. »


http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Schlieffen


Ce plan Schlieffen avait été mis au point dès la fin du 19 eme siècle, sur son lit de mort le maréchal von Schlieffen a dit « 
renforcez l’aile droite » ce qui n’a pas été suffisamment fait en 14.


Ce plan consistait à mettre la France KO en 6 semaines avec 90 % des forces, pour pouvoir se retourner à loisir contre la Russie par
la suite, le Kaiser n’a pas réussit à le faire, Hitler l’a fait.


En 14, le plan Schlieffen a été abandonné quand Lanrezac a stoppé l’avance allemande à Guise, ce qui a permis à la 5 eme armée de
gagner la bataille de la Marne.


Si les armées françaises ne sont pas rentrées en Allemagne, c’est que l’Allemagne était en proie à une insurrection communiste, donc,
pour ne pas encore additionner d’autres morts français et alliés, pour laisser les débris de l’armée allemande écraser l’insurrection, les français et leurs alliés ne sont pas rentrés en
Allemagne.


Mais ils auraient pu le faire.


 



Chantal Etzol 12/11/2009 03:50


Dans la dernière partie de son "Histoire de France",intitulée " la guerre et paix,les travaux et les jours" M. Jacques Bainville insiste sur la complexité des relations internationales et
permet de nuancer le partage des responsabilités de l'Allemagne et de la France ainsi que d'autres nations européennes,dans le déclenchement et le développement du conflit de 1914, tout en
établissant des liens avec les problèmes intérieurs de chaque pays.
En ce qui concerne la seconde guerre mondiale, Il faudrait également évoquer la naissance et le développement des totalitarismes Nazi et communiste ,dans la pensée allemande et soviétique,
avec un pacte initial entre les deux; et les volontés hégémoniques associées à de tels systèmes.
Il n'en demeure pas moins que les guerres seront toujours des tragédies humaines.
Sans en avoir retrouver précisément la phrase,il me semble que,dans cette même oeuvre,
 M. Bainville notait que la France était le pays dans lequel on pouvait dénombrer, quant aux guerres, le plus grand nombre de morts par rapport aux vivants.
Pour l'Europe, on peut regretter que l'on n'ait pas accédé au souhait de Jean-Paul II
de voir figurer dans sa constitution qu'elle s'était constituée autour de principes chrétiens; et qu'elle continuerait de se fonder sur ces
principes.                             chantal
Etzol