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Publié par Edouard Boulogne

Des lecteurs écrivent au Scrutateur.





(Bien des lettres au courrier du jour. J’en retiens deux pour publications.Amis, vous êtes épatants!!)

 

 

Dans le koulimateur, depuis la Guadeloupe

LA NOBLE DA TAMOULE : BRÈVE BAFOUILLE POUR LE POÈTE

par Jean S. SAHAI

 

N'oublions pas la Da tamoule qui berça le petit Aimé sur la plantation Eyma de Basse-Pointe. Décédée il y a quelques années, elle eut toujours libre accès en Mairie, même en période de crûe, pour voir l'e Maître, enfant qu'elle avait nourricé. Les chants en Tamoul dont elle berça le futur Poète restèrent dans sa mémoire. Tel Saint-John Perse, initié à ces sons par les servantes indiennes de sa mère...

La Négritude, qui relèva le pire des opprimés en vue d'en faire un puissant fer de lance de l'universel, n'est pas un mesquin ethno-centrisme de blablature. Compassionnée, elle ne cautionne pas le mépris d'une ethnie par une autre, a fortiori le sentiment indigne de supériorité méprisante dont les minorités firent hélas les frais en nos îlots. C'est un humanisme profond qui ne rejette la personne de quiconque. De Basse-Pointe à Obéro, l'Aimé Césaire aimait son peuple toutes races confondues et le manifestait. Il prenait un temps béni à rencontrer les camarades indo-martiniquais de sa génération comme le père Mardaye à Obéro, s'asseyant avec lui dans l'escalier pour faire causette, ou les plus jeunes, comme la romancière Christiane Sacarabany qu'il envoyait chercher par son chauffeur pour discuter avec elle. L'Aimé de l'Eyma avait d'ailleurs de par son ascendance maternelle du sang indien, comme son coiffeur l'atteste volontiers ! Présent à l'inauguration du buste de Gandhi à Fort-de-France à côté de son successeur Letchimy - patronyme indien bien frappé s'il en est, le Maire honoraire avait fait un bel éloge, hélas non gravé, de l'apport des travailleurs dits koulis au pays Martinique.

 

En linguiste affectueux, le Chantre s'était procuré des livres pour s'initier au Tamoul, langue qu'il trouva bien complexe... Me léguant le dictionnaire Tamoul-Anglais de sa bibliothèque, le Poète le dédicaça en souhaitant que cette langue, parmi d'autres, fasse aussi partie du patrimoine linguistique des Antillais. Une évidence, puisque cette langue, un temps parlée par des dizaines de milliers d'habitants des Antilles, fut elle aussi, avec le Bhodjpuri, l'Ourdou ou l'Hindoustani, victimes de l'oppression euro-centrée...


Jean S. Sahaï.


(Note du scrutateur), : La « Da » («mabo«, en Guadeloupe), était une nourrice, une éducatrice, une seconde maman pourrait-on dire, de race noire, mais parfois indienne, ou métis, auprès des enfants de famille aisée, le plus souvent blanche (békée, ou créole), mais aussi des familles de couleur, bourgeoise, quand cette catégorie de la population antillaise, dès le début du 20ème siècle, commença sa fulgurante as
cension sociale, comme ce fut le cas de la famille bourgeoise d’Aimé Césaire.
La "Da" fut l'incarnation des antilles charnelles, une véritable institution, qui a quasiment totalement disparue, noyée "dans les eaux glacées du calcul égoïste" comme disait récemment le poète, parodiant Marx, et dans les maquis de la société de droits,dont la nécessité n'est contestée par personne, en particulier de ceux qui n'en bénéficient pas, et de plus en plus à mesure qu'on s'éloigne de la vieille Europe, société de droits qui n'a pas encore su assimiler ce qu'il y avait de précieux dans la vieille société patriarcale.
E.Boulogne).

 

 

 

 

BRÈVE BAFOUILLE

Césaire fils de l'Eyma et père du pays,
Tu t'es grandi en te frottant au peuple à terre
Avec Senghor, consorts, parmi Paris tu te trouvais
Des Clovis et des Huns tu te fis une orgie

Et les chiens s'asseyaient en humant le Cahier
Tandis que nous passions notre temps à la plage 
Tu nous mettais au nez la bimbeloterie
Tu dénonças l'arnaque humant le vent du large

Au Nobel des Bonbel tu préfèras les Peuhls
Grands arbres d'en-Guinée et femme noire altière,
Le lait de la savane, camarade Aliker

Le Letchi mûr pour maire, l'alizé vert des mornes,
Chemin seul, la lumière intérieure et vibrante,
Loin de la foule aux cris, reste avec nous chez toi.

Jean S. S.

 

 

 

 

( II) Deuxième lettre.

( Cette lettre émane de Marie Deval, de retour à Paris d’un séjour d’une semaine aux USA. Sa bafouille est, comme d’habitude, intelligente et tout à fait pétulante).

 

 

 

 

Bonjour mon Cousin,

J'ai bien aimé ton article sur Aimé Césaire.

J'ai bien aimé les extraits que tu y as insérés. Il y a en effet un souffle et un rythme fort.

De retour des USA, je suis encore sous le choc de la richesse des musées et de la beauté de New York et des paysages de l'Arizona. Sacré pays, cré nom de nom!

Nous avons rencontré des gens épatants, des émigrés ( afghans, mexicains, égyptiens, burkinabais...) pour la plupart, qui bossent comme des fous pour garder leur place et leur possibilité, offerte par ce grand pays, d'élever leur famille et de se faire un coin de vie.

Ils sont plutôt fiers de bosser et de se colter la lutte, ils ne restent pas assis sur leurs derches à pleurnicher en réclamant leur droits, leurs dus et leurs dodo gratos... comme en France (pas seulement métropolitaine.. si tu vois ce que je veux dire...)

Et c'est faux de dire que là bas il y a plus de travail qu'ici....il y a simplement plus de gens qui se jettent dessus... et ça fait tout avancer.

Mais aussi, ils marchent au tip : 15 à 20% du montant de l'addition. Alors on se magne et on est aimable et on fait bien son boulot. Et à force d'être aimable, on le devient vraiment et à force de bosser et de gagner ce qui va nourrir sa famille on met le turbo.. et est-ce vraiment si dégradant que ça?... plus dégradant que d'être l'ombre de soi même en n'étant qu'un triste et désespéré assisté?...( ou souvent aussi un profiteur) j'en perds mon latin et je me demande si je suis une sale facho.

Je t'embrasse

 

 

Marie Deval.

 

 

 

 

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