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Publié par Edouard Boulogne

Assimilation ou association ? Révisons nos fondamentaux.





( Avant hier le bruit courait d’une suppression du ministère qui fut celui des colonies avant de devenir celui de la France d’outre-mer, et enfin le ministère des DOM.
Monsieur Lurel Président de la région Guadeloupe déclarait franchement son hostilité à cette éventuelle mesure, et sur RCI le journaliste Thierry Fundere y consacrait sa chronique quotidienne.
Mardi soir 8  avril, RFO-Guadeloupe, toujours « indulgente » pour les séparatistes guadeloupéens, donnait la parole sans aucune contrepartie, sans aucune perspective critique aux perclus de l’indépendantisme guadeloupéens, anciens membres du Gong (Groupement des "owganisasions" nationalistes guadeloupéennes) dont les inconséquences aboutirent à la mort de trop de jeunes inconscients, ou de personnes qui se trouvèrent mêlées sans l’avoir voulu à l’émeute de mai 1967, et à sa répression.
Il n’y a même pas 4 ans que plus de 75% de Guadeloupéens votèrent « non » à un projet, trouble et mal ficelé, de changement de statut politique pour la Guadeloupe. Nos « démocrates » révolutionnaires, nous l’avons constaté hier,  ne  renoncent pas à remettre en cause la décision populaire.
En politique rien n’est jamais définitivement joué, et il importe pour les citoyens les plus conscients de rester vigilants et de réviser les fondamentaux de la politique, en particulier de la politique de nos départements d’outre mer.
C’est dans cette perspective que je publie aujourd’hui ces textes de  Charles Maurras, publié en 1921 et 1922, encadrant un discours de 1921 du député de la Guadeloupe de l’époque Achille René-Boisneuf, au Parlement national, et son vif échange avec le ministre Albert Saraut.
Pour comprendre ces textes comme il faut, il faut les situer à leur époque, il y a plus de quatre-vingts ans. Le vocabulaire porte la marque de ce temps. Il faut savoir aussi que Charles Maurras célèbre théoricien politique, et directeur d’un journal alors très influent, l’Action Française, était royaliste. Que l’on partage ou non ses idées politiques son analyse est intéressante, et montre que le débat politique, dans ces années là ne manquait pas de tenue. Edouard Boulogne).







Assimilés? ASSOCIES ?.— M. René Boisneuf, député colonial, demandait à M. Albert Saraut alors ministre   des Colonies,  qu'on assimilât  les  indigènes. M. Sarraut parlait, lui, d'associer.   «   Vis-à-vis   de   ces   frères  non pas inférieurs mais attardés, nous avons à remplir  un  devoir d'éducation  matérielle et morale afin  de nous les associer ».
M.Albert Sarraut, cela résulte de la conclusion de son  discours,  tient à respecter l’âme des races indigènes, comme il eût fallu que la   Constituante,   la   Convention et le Consulat respectassent l'âme des provinces entre   1789 et 1799.   M. Albert Sarraut   est   un Girondin  décentralisateur. Il a parfaitement   expliqué   comment   les pouvoirs   locaux   dans   nos   colonies,   s'ils doivent être « fortement constitués », doivent jouir d'une autonomie, d'une autorité propre  extrêmement  étendue, et s'associer les autorités  et  les   hiérarchies  indigènes : Loin de disparaître,  celles-ci, au  contraire, doivent être utilisées autant que possible. Ce  n'est pas l'assimilation ! C'est même le contraire  de  l'assimilation.   Mais  l'assimilation est-elle possible dans tous les cas ? Des   nègres   venus   d'Afrique,   transportés aux Antilles, entrés dans les plantations des Blancs et devenus ainsi, peu à peu, par l'école, par l'Eglise, par la vie commune, membres d'une famille européenne, au sens large du mot, ont reçu aisément l'assimilation historique dont parle M. René-Boisneuf. Le même procédé est-il applicable quand une poignée de colons militaires et civils débarque dans un vaste pays comme Madagascar ou l'Indochine, pour ne pas citer l'Algérie et le Maroc? Est-ce que  l'assimilation y est seulement concevable ? Est-il sage de vouloir substituer de fond en comble notre civilisation à des états sociaux aussi avancés ou, si l'on veut, si  déterminés   que   ceux   de   l'Extrême Orient ou de l'Afrique du Nord ? Il y a des points du monde où de grandes races sont, quelque sorte, nouées. On peut y introduire certaines   institutions   et   coutumes occidentales ou superposer, au fond des sentiments et des idées, certaines  nouveautés d'utilité    indubitable,    d'usage    immédiat. Peut-on tenter autre chose que cette association discrète et féconde ? Je serais surpris  que  M.  René Boisneuf nous le démontrât et je n'en serais pas enchanté, car enfin où passerait la variété de notre pauvre monde et quelle affreuse monotonie submergerait tout! (1) (Action française, 23 décembre 1922.).

( Voici maintenant, cité par l’Action Française du 21 décembre 1922, des extraits du discours à l’assemblée nationale d’Achille René-Boisneuf, tel qu’il figure au JO, et entrecoupé de commentaires intéressants de Maurras).



(1) UN ORATEUR COLONIAL. — C'était une singulière physionomie que celle de M. Boisneuf, député de la Guadeloupe. Il parlait avec vivacité, trouvait des images fortes et même poignantes, de ces éclats de voix soudains qui l'ont rêver. Il lançait : « Les vapeurs d'où sort la foudre « sont formées par les larmes de l'innocence. » De plus, il savait. Il savait l'histoire coloniale. Il gardait un souvenir net et précis des procédés immémoriaux par lesquels la France s'est fait aimer, et les moissons d'amitié que l'on peut recueillir aujourd'hui ne le laissaient pas insensible aux conquêtes ni aux acquisitions du passé. Il ne paraissait même pas très convaincu de la supériorité des progrès dont il profitait sur les progrès dont ses aïeux ont profité. Les méthodes de colonisation de l'ancienne France lui semblaient au moins valoir celles de la France moderne. Il l'a dit, en 1921 (voir ci-après), dans un discours inoubliable à la gloire des généreux Français d'autrefois, fondateurs d'hôpitaux et d'écoles autant et plus que d'usines et de comptoirs : le beau lien qui va des premiers aux derniers ne lui était pas étranger. Il ne craignit pas d'affirmer :

"La véritable politique coloniale de la France est la politique d'assimilation...
La politique coloniale française, dès son début au XVIIe siècle, fut une politique d'assimilation. C'est ainsi que l’édit de mars 1645, si cruel en certaines de ses dispositions, octroyait aux indigènes affranchis les mêmes droits dont jouissaient les personnes nées libres. Où en sommes-nous aujourd'hui, sous notre République égalitaire et démocratique, de l'application de ces principes ? Y a-t-il progrès ou recul ?
Aux temps de la monarchie, tout ce qui intéressait l'organisation des colonies était délibéré par le roi en son conseil.
M. LEON DAUDET. — Celte procédure n'était pas mauvaise. Elle était plus rapide que la procédure actuelle.
M. BOISNEUF. — Aujourd'hui, le souverain, c'est le Parlement.

Et ce Parlement, à la différence du Conseil du Roi, qui était compétent du fait de sa composition, n'entend pas grand'chose aux affaires coloniales dont il juge en dernier ressort. Contrôleur souverain, il ne dispose pour contrôler que d'une ignorance sans limite, pareille à sa souveraineté. Un contrôle aveugle, inopérant, inexistant ne peut qu'ajouter à l'irresponsabilité qui naît de la vitesse à laquelle se succèdent les gouvernements parlementaires. Ceux-ci envoient aux colonies des fonctionnaires qui sont incapables de diriger, de tenir, de punir : ces proconsuls, issus pour la plupart de la brigue ou de la faveur électorale de la métropole, restent pratiquement au-dessus des lois :


M. BOISNEUF. — Une des plus grandes plaies de l'administration coloniale, c'est que le sort de 50 millions d'hommes est livré à des fonctionnaires naïfs et omnipotents, et que les rapports fournis sur ces fonctionnaires par les inspecteurs coloniaux sont régulièrement étouffés. Vous n’êtes même pas renseigné, monsieur le ministre, et, si vous l'êtes, pourquoi n'agissez-vous pas ?
J'ai vu un rapport de 1919 ou de 1920 sur la Nouvelle-Calédonie...
M.    LE   MINISTRE   DES    COLONIES.    ---   Je   n’étais pas là.
M. BOISNEUF. — Bien entendu : il n'y a pas de solidarité entre les ministres successifs. Ce n'est pas vous, c'est le voisin".


L'orateur noir, digne des Hurons de Voltaire, en vient à conclure par cette paraphrase des maximes d'un Prince de la Maison de France :

"Si l'irresponsabilité, le régime du démembrement de la souveraineté existent, c'est moins aux hommes qu'il faut s'en prendre qu'au système lui-même que je demande à la Chambre de réformer".

Or, voici le point le plus curieux de cette longue et dure sortie : tout ce qui n'y a pas été imputé aux institutions retombait sur le dos du ministre actuel des Colonies, M. Albert Sarraut, que M. Boisneuf n'aime pas et qui ne l'aime guère. Ces antipathies d'homme à homme n'auraient point de sens raisonnable s'il ne fallait noter que l'article sur lequel le député colonial attaquait le ministre des Colonies était précisément celui sur lequel on eût cru celui-ci imbattable, savoir la philanthropie constitutionnelle, le respect, l'amour des races de couleur, l'humanité envers nos collaborateurs d'Asie, d'Afrique, d'Amérique et d'Océanie. Là, semblait-il, M. Sarraut était très fort : fort de la Charte des Droits de l'Homme, fort de la tradition des philanthropes jacobins, fort de toute la métaphysique juridique de la démocratie et de la République, fort même des critiques parfois âpres et vives, que nos colons, nos officiers, nos savants ont adressées à sa méthode trop strictement morale et juridique accordant trop aux sentiments, refusant trop aux justes garanties et aux sages précautions de la politique proprement dite... Eh bien ! c'est, dans ce fort que M. Boisneuf a défié, bravé, attaqué ou même enfoncé M. Albert Sarraut par le simple contraste relevé entre le libéralisme éthéré des doctrines et la réalité des violents abus impunis.
Hypocrisie ? Je ne crois pas. Non. Le pur effet des mauvaises mœurs politiques nées de systèmes faux. Ce que l'on appelle l'idéal démocratique et républicain voudrait être appliqué par des saints et des anges, parce que cet « idéal » comporte un maximum d'obligation théorique et. un minimum de sanction pratique. En fait, les saints et les anges, envoyés en mission officielle aux colonies, sont, les trois quarts du temps, les laissés pour compte des partis au pouvoir, munis du solide « piston » de grands électeurs. De tels agents ne valent pas cher, et le pouvoir central ne peut rien ou pas grand'chose pour les corriger, ne pouvant même pas y toucher. Ch. M. (Action française, 21 décembre 1922.)

LE DISCOURS DE M. BOISNEUF EN 1921. — « Le mal tient à ce que la République n'a pas de programme colonial d'ensemble ; seuls les régimes monarchiques se sont préoccupés de l'organisation coloniale, qui lient dans les ordonnances de la Restauration de 1825 et 1828, dans la belle loi du 24 avril 1833 et dans les sénatus-consultes du 3 mai 1854 et du 10 juillet 1856.
« Depuis la troisième République, on ne trouve aucune grande loi organique coloniale. »

Ce n'est pas un discours très gai pour la France. Il ne nous montre pas des progrès. La philanthropie officielle de la démocratie ne paraît pas avoir réalisé de grands progrès moraux ni dans  le gouvernement de nos colonies, ni dans les administrations, ni dans l'affection que nous portons à leurs   habitants,   mais  le   ton  historique  de ces mêmes  discours en fait  tomber la lumière sur ce point évident qu'il   n'y  a   pas   à   charger la  patrie, mais son régime.
Par  exemple, accuse-t-on les   gendarmes. Il  paraît que la troisième République a fait dégénérer les gendarmes, même coloniaux.) Eh bien c'est dans les termes suivants que l'acte d’accusation se trouve rédigé :

M. BOISNEUF. — "Et savez-vous à quoi ont servi, les gendarmes ? Ce sont les agents indispensable de la fraude électorale."

Notons que M. Boisneuf est républicain ; il le dit à chaque instant. Néanmoins, de tels griefs ainsi avoués prennent le régime électif en flagrant délit.
Son instabilité fatale est saisie et condamnée avec la même clarté :

"Depuis   douze   ans,   la   Guadeloupe   a   presque chaque année changé, de  gouverneur,  tandis qu’à  l'île Dominique, toute voisine, qui est une possession   anglaise,   c'est   depuis   douze   ans   le  même gouverneur qui est en fonction.  Ce gouverneur a fait dernièrement un voyage en Angleterre.  Lorsqu’il est. revenu à la Dominique, la population l'a reçu  par des  acclamations  et,  après  avoir dételé sa   voiture,   l'a   triomphalement   conduit  jusqu'à sa   résidence."

Parlementaire, admirateur du parlement, convaincu, semble-t-il, que le parlementarisme peut tout guérir,  mais constatant,  que les  interpellations sur les colonies viennent rarement, M. Boisneuf ne semble pas un fanatique de la démocratie à l'européenne, il croit à la nécessité de la tutelle de  l'entr'aide.
Mais l'arme démocratique est-elle bien maniée; en Europe ? M. Boisneuf en revient aux bonnes coutûmes de la vieille France :

"Nous sommes aux colonies non pour consacrer les mauvaises habitudes des indigènes, mais pour les réformer, les améliorer. (Très bien ! très bien !) Ne vaudrait-il pas mieux accorder des subventions aux budgets coloniaux si, à ce prix, au lieu de peupler nos hôpitaux de travailleurs anémiés, on  permettait à des populations énergiques et valides de prolonger outre-mer celle de la France ? (Applaudissements.)
Cette, politique, ce fut celle des anciens régimes ! (Interruptions.) Mais oui ! De 1830 à 1848, la France n'a-t-elle pas, elle aussi, préparé l'abolition de l'esclavage ? N'inscrivait-elle pas à son budget des crédits pour construire aux Antilles des églises, des chapelles, des écoles ? En ce temps-là, la France songeait, avant tout, à sa mission de nation civilisatrice ! (Applaudissements à droite.) Quelle est notre politique, à nous républicains ? Elle est tout entière dans l'article 18 du sénalus-consulte du 3 mai 1853 : « Les colonies sont régies par décrets de l'empereur! » (Applaudissements.)
Ce n'est pas en investissant là-bas du pouvoir des parlementaires, si éminents soient-ils, ou  laissés pour compte de comités électoraux que vous résoudrez le problème colonial! (Applaudissements.)"
(……).
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