Chacun de ceux qui nous survivront nous traitera à sa façon, avec désinvolture, rapidité, âpreté ou recueillement, nostalgie, tendresse ou fidélité…. Hélène (Edith Scob) sait que sa mort marquera la fin d’un temps qu’elle avait réussi à suspendre dans le grand parc ensoleillé, un temps où sa maison et les objets d’art précieux et
vénérés qu’elle abrite, l’ont nourrie et protégée. Maison, parc et œuvres seront dispersés et abandonnés, comme trahis par ceux qui ne veulent pas « s’y laisser prendre » et malgré ceux qui
voudraient tout préserver. Une journée d’été dédiée aux randonnées dans les prairies puis à un déjeuner d’anniversaire sous les ombrages, une journée d’été rare où les trois enfants et petits enfants d’Hélène
se retrouvent, Jérémie venant de Chine, (Jéremie Régnier) Adrienne, des Etats-Unis (Juliette Binoche) et le troisième, Frédéric, l’ainé et le plus proche de cœur, de Paris (Charles
Berling). Puis, tout à la hâte de retourner à leur vie, ils quittent leur mère dont la silhouette se confond avec les arbres. Nous apprenons qu’Hélène est morte. Pour Frédéric, la question ne se pose même pas : tout restera intact, la maison recevra les générations à venir et les œuvres d’art y resteront.
Pourtant Jérémie et Adrienne demandent la dispersion de l’héritage. On sent qu’ils ont déjà lâché le ruban ténu des fidélités et des amours familiales, on comprend que ce n’est pas eux qui
transmettront….Nous assistons alors au viol de la maison : les experts ouvrent les placards, décrochent les tableaux, empilent les objets … et Adrienne participe activement à la curée,
alors que Frédéric est gauche et perdu. Une note de tendresse et de respect arrive enfin, avec le bouquet d’asters apporté par Eloïse (Isabelle Sadoyan), la gouvernante qui a partagé trente
ans de vie avec Hélène. Olivier Assayas choisit Frédéric et sa femme Lisa (admirable Dominique Reymond) comme fil d’Ariane, nous menant à la génération suivante : leur fille. Le film se termine sur une fête, la dernière, qui emplit la maison de cris et de musique, la charmante Eloïse passe, une dernière fois, en gardienne tutélaire et douce au milieu des
adolescents cependant que la petite fille d’Hélène court dans les prés avec son ami. On a l’impression que le passé ne veut plus rien dire, qu’il n’en restera rien, quand, au milieu d’un rai de lumière, la petite fille goutte les baies sauvages qu’Hélène lui avait montrées, et se place « comme dans le tableau » qui a habité son enfance, dans la grande
maison….. Assayas confie deux rôles attachants au couple Dominique Reymond et Charles Berling déjà réunis dans « Les Destinées sentimentales » film où il commençait d’explorer la transmission
familiale. Juliette Binoche en contre-emploi est étonnante, quant à Edith Scob, comédienne rare et fine, elle se montre fragile et pourtant affirmée. Le sujet est traité par touches et en pointillés, d’une façon subtilement implicite. Etait-il besoin d’aller plus fort et plus clair dans l’univers si intime de l’attachement, de ce
fil éthéré nous reliant aux êtres et aux choses aimées ? Il me semble que ce parti-pris d’effleurer et non de décrypter sied bien à ce moment incertain et passager qu’est une heure d’été ou la
départ d’un être aimé…..
Marie Deval.
L’Heure d’été Film : Français Réalisateur : Olivier Assayas Sortie : 5 mars 2008 Genre : comédie dramatique Durée : 1h40 Avec : Edith Scob, Juliette Binoche, Charles Berling, Dominique Reymond, Jérémie Régnier, Valérie Bonneton…
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