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Publié par Edouard Boulogne

    Laogai : La Chine étend sa nuit sur le Thibet.


Laogai.jpeg




(En 1997, je tenais un Journal. Cette année-là existait encore à la télévision, une émission littéraire, celle de Bernard Pivot, Bouillon de culture, qui n’a hélas ! pas été remplacée. Le texte qui suit fut rédigé dans la foulée d’une émission qui, on le verra est toujours d’une actualité brûlante, à l’heure où, c’est Alain Juppé qui le dit, la diplomatie européenne, y compris celle de la France, ne consiste qu’à recommander à la Chine de « tuer avec retenue ». L’un des invités de Pivot, ce jour là, était Alain Peyrefitte, dont j’admirais , et admire toujours, le talent, et la culture, mais le courage politique nettement moins.).



            Journal : le D.5/01/97.


 
A-Peyrefitte.jpeg (Alain Peyrefitte).





 Quel spectacle ce dimanche, dans l'émission "Bouillon de culture". Alain Peyrefitte, auteur d'un nouveau livre à succès "La Chine s'est réveillée". Carré dans son fauteuil, les yeux mi-clos comme à son habitude, les minces lèvres de sa large bouche animées d'un tic bizarre, poudré, costumé du meilleur faiseur, sûr de lui, vraiment "assis", il était là, Alain Peyrefitte, normalien, agrégé, énarque, ancien secrétaire de l'U.D.R, ancien ministre, académicien français, grand bourgeois désinvolte et négligent, mais demi solde de la politique depuis 1981,et n'en finissant pas de chercher par tous les moyens, et partout, dans l'écriture, en Chine, par la Chine et par l'écriture, à se désennuyer. Il fallait l'entendre expliquer à ses interlocuteurs que la Chine était entrée dans l'ère radieuse du capitalisme, une ère de progrès et de liberté...à venir! Il l'avait déjà dit, contre toute évidence il y a trente ans, au temps de Mao (cf." Quand la Chine s'éveillera").Il le répétait chez Pivot, aujourd'hui; à qui? Hélas! à M.WU,quinquagénaire Chinois qui venait de vivre, si l'on peut dire, dix-neuf ans de sa vie au bagne, pour raisons politiques, parmi vingt millions de ses compatriotes, dans la Chine de M.Peyrefitte,et qui était venu sur le plateau de France 2 pour tenter de faire savoir ce qu'est un "laogaï", l'équivalent des "lagers" (nazis) et des "goulags" (soviétiques), camps de concentrations décrits à l'instar du "7ème cercle" de l'Enfer du Dante, respectivement par Primo Lévi ("Si c'est un homme", coll Press  pocket) et Soljenitsyne ("L'archipel du Goulag", éditions du Seuil).

    Le face à face de l'académicien et du bagnard était sur le point de devenir insoutenable quand il fut interrompu par une invitée de Pivot, sinologue distinguée qui servait d'interprète à Wu. "La chance de M.Peyrefitte, dit-elle suavement, c'est qu'il a rencontré les dirigeants Chinois. Ma malchance à moi, c'est d'avoir rencontré le peuple chinois. D'où la divergence de nos visions". Superbe litote qui laissa l'académicien tout coi, quasi sonné, K.O debout.
    Peyrefitte eut pu reconnaître la vérité. Que la Chine est pour lui, par exemple, depuis trente ans une mine inépuisable en droits d'auteur, et qu'il ne peut se permettre de s'en voir fermer les frontières en mécontentant les mandarins pékinois. Que sur un plan plus général, la France ne peut se payer le luxe, au nom des grands principes et des grands sentiments, d'abandonner le juteux marché chinois de un milliard et demi de consommateurs aux Allemands, aux Américains, aux Britanniques, que ce marché vaut bien, sinon une messe, en ces temps de déchristianisation, du moins quelques coups d'encensoirs sur l'autel du réalisme politique, en l'honneur de Deng, de ses pompes et de ses oeuvres. Il a préféré le rôle de Tartuffe.

Edouard Boulogne.


Pour approfondir.

  • Harry WU : Laogaï : le Goulag chinois (éditions Dagorno).
  • Dries Van Coillie : J’ai subi le lavage de cerveau (Desclée de Brouwer).
  • Jean Pasqualini : Prisonnier de Mao (Gallimard).
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