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Publié par Edouard Boulogne

La visite de la fanfare


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Les premières images laissent planer un doute quant à la direction que prendra le film… du Tati, avec le ballon jaune, du Schoendoerffer avec la tension de l’attente, du Scola avec les uniformes bleu ciel…..
Et puis, tout doucement, les personnages balayent nos interrogations, le vide du désert s’emplit de la subtilité  des visages, des mots rares et timides, des gestes esquissés et  sobres… en un mot comme en cent, nous voila partis pour une histoire improbable et friable qui, à chaque instant, frôle la tragédie ou  la farce.
Eran Kolirin, tel un funambule génial tient fermement son balancier et glisse avec  délicatesse, à pas de velours, vers un lieu  qui se situe au dessus… oui, au dessus de ce que nous craignons tous : le mépris, la méchanceté, l’indifférence, la cruauté…
Tendrement, il nous guide, apaisant silencieusement toutes nos peurs et nos réticences, vers ce no man’s land sinistre, issu de  la stupidité de l’histoire, où des hommes et des femmes qui doivent se mésentendre, se mécomprendre, se mésaimer vont, avec pudeur et simplicité, se voir, se regarder et se considérer.
L’histoire, elle est minimaliste : une fanfare de la gendarmerie égyptienne, toute de bleu et d’or vêtue, se rend en Israël pour l’inauguration d’un centre culturel arabe. On ne saura jamais pourquoi personne ne les attend à l’aéroport. Perdus et inconfortables en pays « ennemi » ils vont prendre un bus qui les jettera dans une ville fantôme en plein désert. Plus de bus avant le lendemain et pas d’hôtel dans cette implantation israélienne sans âme. Une jeune femme Dina (Ronit Alkabetz) qui tient le bar délabré, refuge de deux hommes tristes, trouvera le moyen de les faire loger chez les uns et les autres et prendra chez elle le général, Tewfiq, (Sasson Gabai) et le jeune et gentil Khaled (Uri Gavriel).
La soirée et la nuit nous porteront, avec nos musiciens, de maisons en restaurant et de dancing en chambres… Chacun trouvera avec qui parler, avec qui chanter, avec qui partager sa vie passée et ratée, avec qui raviver ses espoirs et avec qui égrener ses notes de musique…
Quelques scènes merveilleuses : la leçon de drague dans le dancing, la conversation entre Tewfik et Dina, le diner des musiciens chez le couple faché…
Nuit de funambule et de magicien, nuit sur le fil de la tendresse et de l’effleurement des cœurs, nuit d’humour  et de joie aussi, où chacun apprend de l’autre ce qu’est la compassion et la communion humaine.
Vous l’avez compris, ce film est une merveille de poésie, de finesse, une délicate peinture des êtres, mais aussi une analyse critique intelligente.
Il nous  dit que tout est possible sur cette terre… et la voix de Tewfiq dans la chanson finale nous donne à aimer le soleil de la paix et c’est si bon ! 

Marie Deval.


La Visite de la fanfare
Titre original : Bikur-Ha-Tizmoret
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h25
Pays : Israël France
Réalisateur : Eran Kolirin
Avec : Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Uri Gavriel, Imad Jabarin, Ahuva Keren, Rubi Moskovitz etc…

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