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Publié par Edouard Boulogne


Ici l'OMBRE!


De-Gaulle.jpeg



(Paradis, le 12 février 20028).

Monsieur,

Je pourrais vous écrire Mon cher Nicolas, vu que les 117 ans que j'ai aujourd'hui (selon les mesures d’une temporalité à laquelle j’échappe désormais de toute part)  m'y autoriseraient, et que je pourrais  en ne scandalisant personne vous considérer comme un galopin.

Mais, et bien que la vue que j'ai maintenant des choses humaines,  de là où je suis,  me conduise à bien relativiser, ce style, compte tenu de l'éducation qui fut la mienne, et de la stature que m'a forgée l'Histoire,  m'apparaît bien incongru, et, -comment vous dire, à vous qui, bien que vous vous en défendiez, avez subi l'influence du détestable "mai 68"-, fort déplacé.

C'est pourquoi, mon jeune ami, compte tenu de la fonction que vous exercez, je vous donnerai du Monsieur le Président.

Monsieur le président,


Vous êtes le chef de l'Etat français. Vous avez cette chance et cet honneur.
Cette chance, malgré les apparences.
Car, et j'ai été payé pour le savoir, nos compatriotes ne sont pas personnes faciles. Il n’y a pas de gens plus versatiles, tour à tour, volontaires et velléitaires, intelligents et légers, courageux jusqu’à la témérité, et capons, Hélas ! Hélas !Hélas !
Ces gens là, (je parle de nous, cher président) illustrent fort bien ce que l’illustre Sénèque disait de toute foule : « piétiner un homme à terre, semble être un  goût inné aux mortels ».
Le Maréchal Pétain, dont vous savez tout le mal que j’en ai dit, par politique, (dure exigence que celle de la politique), mais qui n’en était pas moins quelqu’un de remarquable (je l’ai dit aussi, bien après la libération mais l’écho de ma voix ne fut, alors,  guère répercuté) connut l’amertume de l’ingratitude, quand après avoir été acclamé, place de l’Hôtel de ville, à Paris en février 44, il fut conspué avant d’être condamné, quelques mois plus tard, au cours d’un procès en sorcellerie, et voué aux gémonies et aux rigueurs de l’île d’Yeu.

Et vous savez la conduite de Grenoble que me réservèrent à plusieurs reprises « nos chers compatriotes ! », au mépris des services rendus.
Face aux foules, aux médias, aux lobbies, il faut se pourvoir d’une bonne dose de patience et de mépris, tout en en distribuant parcimonieusement à chacun, à cause du grand nombre de nécessiteux.
N’oubliez pas l’humour, très cher, ni l’ironie.

Ces vertus vous réservent parfois de sombres joies.
Je savourai, plus particulièrement celle d’un certain 30 mai 1968, quand le peuple se fut ressaisi face aux trublions que vous savez, et quand on vint me dire que parmi le million de Français qui déferlaient sur les Champs Elysées, il y avait clamant comme les autres « de Gaulle n’est pas seul », un certain Jean-Louis Tixier-Vignancour!

Mais s'il n'y avait eu que moi!!!


Je vous écris cela, président, bien que le passage à vide politique que vous traversez, soit, somme toute, pour ceux qui ont rencontré l’histoire, un tout petit chouïa ridicule.
Il ne faut rien exagérer n’est-ce pas ! Et votre François Hollande, ce pitre ! qu’est-ce que c’est, vraiment, à côté de mon Winston Churchill, qui fut pour moi une croix, et combien davantage?

Donc, jeune homme, pas d’état d’âme, devant un vulgaire coup de tabac ; sinon, il ne fallait pas postuler pour présider la République gauloise.

Si je vous adresse cette épître, c’est parce que je vous aime bien malgré nos dissemblances, éclatantes, Yvonne me le répétait encore hier soir. En janvier 2007, j’avais aimé que vous ayez eu de la France une vision plus panoramique que celle des nains qui m’ont succédé,  que vous l’ayez fait remonter à Clovis, puis à St-Louis, Louis XIV, et ensuite à moi.

C’était bien vu.

Aujourd’hui, cher enfant, devant la disgrâce populaire, vous pouvez vous rassurer en jugeant que les foules sont changeantes. Et vous aurez raison.

Vous aurez raison davantage encore en faisant comme me l’enseigna, jadis, ma mère, et les pères jésuites, un bon petit examen de conscience.

Car enfin, écoutez votre aîné, Nicolas !  votre parcours n’est point si parfait, que vous semblez le croire en votre candide vanité. Que signifie, en France, devant ce peuple qui exige du sérieux dans son souverain, ces cabrioles au royaume de Mickey ?  Ces pantomines dans les étranges lucarnes ? Ces pantalonnades devant des employés de fabriques, qui médusés la première fois vous "dérespecteront" (j'aime ce néologisme créole que j'ai lu dans Le Scrutateur, que vous devriez  connaître) la prochaine ?

Et ce spectacle permanent offert aux lectrices de Gala, et de Mariane ?

Mon cher président, nous en discutions, tout à l’heure, au cours d’une bonne partie de belote, Messmer, Pompidou, Barre et moi : « ce petit a bien des qualités, du courage, de la malice, de l’énergie. Mais quel manque du sens de la fonction » ! (une table de bridge est d’ores et déjà préparée pour l’arrivée parmi nous de Giscard, inéluctable, malgré ses efforts et son entrée, assez loufoque, sous la coupole, avec les immortels. Couve de Murville l’attend déjà impatiemment) .

Guitton, qui passait par là, suggère qu’on vous enferme une semaine où deux, à Brégançon, ou mieux à Colombey, et qu’on vous fasse lire, et méditer, sinon toute mon œuvre (mais pourquoi pas ?) du moins cette page de mon « Fil de l’épée » où je parle de ce qui vous manque, il faut l’avouer, mon cher, comme à ceux de votre génération.

Voici ce texte : « Réserve, grandeur, ces conditions du prestige imposent à ceux qui veulent les remplir un effort qui rebute le plus grand nombre. Cette contrainte incessante, ce risque constamment couru éprouve la personnalité jusqu’aux fibres les plus secrètes. Il en résulte, pour qui s’y astreint, un état de lutte intime, plus ou moins aigu suivant son tempérament, mais qui ne laisse pas, à tout moment de lui blesser l’âme comme le cilice à chaque pas déchire le pénitent. On touche là le motif de retraites mal expliquées : des hommes à qui tout réussit et que l’on acclame rejettent le fardeau. En outre, à se tenir en dehors des autres, le chef se prive de ce que l’abandon, la familiarité, l’amitié même ont de douceurs. Il se voue à ce sentiment de solitude qui est , selon Faguet, « la misère des hommes supérieurs ». L’état de satisfaction, de paix latente, de joie calculée, qu’on est convenu d’appeler le bonheur, est exclusif de la domination. Il faut prendre parti et le choix est cruel. De là ce je ne sais quoi de mélancolique dont se trouve imprégné tout ce qui est auguste : les gens aussi bien que les choses. Devant un antique et noble monument : « c’est triste ! » disait quelqu’un à Bonaparte, et celui-ci : « oui, c’est triste, comme la grandeur ! ».

Prenez-en de la graine, cher Président, incorporez-vous cette discipline, dure mais nécessaire à l’accomplissement des grandes choses. Voici ce que je vous souhaite pour la France, et ces « cochons de Français » comme disent nos cousins du Québec !

Votre dévoué

Charles de Gaulle.
PCC : Marc Décap.



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