Pages

Publié par Edouard Boulogne

La chrestomathie du Scrutateur.
RaphaelEcoleAthenes.jpg

Cette chrestomathie (ou anthologie) s'enrichit progressivement. Ceux qui s'y intéressent peuvent donc périodiquement venir la consulter, pour prendre connaissance des mises à jour.


J :

Jansénisme :

(1974)  Jansénisme:

"Le Jansénisme, dans ce XVII' siècle secoué par la renaissance catholique consécutive à la Réforme, n'a rien d'un épiphénomène. Tout au contraire. Et les deux visages qui sont les siens nous apparaissent comme très significatifs :
1°)   Le visage historique du Jansénisme.
C'est celui que nous offre la doctrine théologique que Jansénius, évêque d'Ypres (1585-1636) exposa dans l'Augustinus (publié de façon posthume en 1640).
Il faut remonter loin dans l'histoire de la religion chrétienne pour en com-prendre le sens. Depuis le Ve siècle, saint Augustin était considéré comme le porte-parole de l'orthodoxie catholique et l'essentiel de sa doctrine était que, précisant les relations entre la liberté humaine et la grâce, elle rejetait les thèses païennes du pélaganisme qui admettaient que l'homme, par ses seuls pouvoirs naturels, pou-vait fort bien réaliser son salut. Ainsi l'Augustinisme soulignait-il la petitesse de l'homme devant Dieu et sa totale dépendance à l'égard du Souverain Créateur. Au XIIIe siècle, saint Thomas s'était efforcé d'assurer cette doctrine sur des bases rationnelles, ce qui ne la modifiait pas au fond. Mais, en 1588, le Père jésuite espagnol, Molina, entendit assouplir ces thèses. Obéissant aux préoccupations hu-manistes, sinon mondaines, de son Ordre, il en vint à atténuer considérablement la portée de la grâce pour exalter les possibilités propres de l'homme puisque, selon lui, la prédestination n'existe qu' « en prévision des mérites ». De surcroît, Molina, par l'idée de la « grâce suffisante », affirmait que, sans doute, l'homme pouvait accomplir le bien sans le secours de Dieu ; que ce secours, Dieu l'accorde bien à l'homme, mais que l'homme est libre d'en user ou de n'en pas user. Il était donc clair que Molina introduisait dans la théologie une dimension humaniste contre laquelle l'orthodoxie se rebella. Ce fut l’Augustinus — dans lequel, par une ironie du sort, certains ne manquèrent pas de voir une hérésie !
Jansénius, puis bientôt le Grand Arnauld (1612-1694), puis les solitaires de Port Royal, résumaient leur doctrine en quatre points essentiels :
a)  La grâce n'est pas accordée à tous les hommes ;
b)  Depuis le péché originel, la volonté de l'homme, par elle-même, n'est capable que du mal ; seuls, les justes savent respecter les commandements divins ;
c) Mais, pour entendre et, surtout pour accomplir ces commandements, la grâce efficace que Dieu accorde aux justes est nécessaire ; dans leurs actions, comme dans leurs prières, c'est elle qui, irrésistiblement, mais nécessairement, détermine leur vouloir ;
d) Enfin, cette grâce efficace, qui fait préférer la joie céleste aux plaisirs terrestres, est tributaire de la miséricorde divine.
La querelle, aussitôt, éclata entre les Jésuites, prenant parti pour Molina, et les Jansénistes pour qui, désormais, le Grand Arnauld prend la tête du combat. La Sorbonne et Rome prennent position en l'affaire, condamnent le Jansénisme et jet-tent l'anathème sur le livre de Jansénius.
Alors commence une seconde période du Jansénisme. Arnauld est contraint de s'exiler aux Pays-Bas où, à la fin du siècle, l'Oratorien Quesnel donna une nouvelle impulsion au Jansénisme au point que l'on a pu parler d'un « second jansénisme » dans lequel les aspects politiques de l'affaire se mêlent aux problèmes religieux. Louis XIV ayant vu dans le Jansénisme l'ennemi de l'absolutisme, demanda lui-même à la Papauté d'intervenir : ce fut la célèbre Bulle Unigenitus de 1713 dont le Cardinal Fleury, en 1730, fit une loi d'Etat. Officiellement, le Jansénisme connais-sait une défaite.

2°) Le visage philosophique du Jansénisme.
L'on sait que, en cette brûlante querelle, Pascal prit parti pour le Jansénisme. Ses Provinciales — les dix-huit « petites lettres » qui firent tant de bruit —, à elles seules, sont une profession de foi dirigée contre les Jésuites. Il ne saurait être question, ici, de « résumer »  un texte que le génie et la passion de Pascal ont si profondément marqué, un texte aussi qui déclencha tant de soubresauts parmi le public érudit du temps. Contentons-nous de dire que Pascal entend montrer que, loin de l'hérésie dont on l'accuse avec violence, le Jansénisme se situe au contraire dans la veine augustinienne la plus pure. Mais, surtout, par-delà la que-relle du dogme, c'est sur le terrain de la morale que Pascal entend se situer. A travers la polémique et l'ironie sombre dont il a le secret, c'est bien la morale des Jésuites qui est visée et atteinte : leur casuistique ne serait-elle pas l'instru-ment d'un moralité dégénérescente, un pacte signé tacitement avec les faiblesses de l'humanité ? et la direction d'intention ne serait-elle pas le masque de l'hypo-crisie et du pharisaïsme ? Les « impostures » et les « calomnies » des Jésuites, finalement, sont légion...
Il est donc bien clair que la querelle théologique se double d'une dispute dont le centre est la conception morale de l'homme et, aussi, de l'Eglise : d'un côté, le rigorisme janséniste, de l'autre, le laxisme jésuite. Même si Pascal — et cela est indiscutable — n'est pas un juge impartial, il a eu raison de situer le débat sur le terrain de la morale bien plus encore que sur le terrain des dogmes.
En fait, le problème est plus profond et plus complexe encore. Aujourd'hui, M.L. Cognet (Le Jansénisme, Paris, 1961) montre les aspects politiques que re-vêtit la querelle : « Ayant pour objectif, écrit-il, le triomphe du catholicisme en Europe, ce groupe (le jansénisme) devait fatalement s'opposer à l'absolutisme mo-narchique de Richelieu puis de Mazarin et de Louis XIV, ce qui explique l'anti-jansénisme des milieux officiels français ». De son côté, M.P. Chaunu (Jansénisme et frontière de catholicité, in Revue historique n° 228, 1962) souligne l'importance des rapports entre la pratique religieuse et la diffusion des thèses théologiques ins-pirées de l'orthodoxie augustinienne. Le problème est donc pour lui bien au-delà d'un simple débat sur les dogmes : il s'agit d'un problème éthique, d'un problème de civilisation et de culture".

Simone Goyard-Fabre.
(In « La philosophie des lumières en France », pp 43-44. Librairie C. Klincksieck).

****
Justice :
( 1969 ) Justice  : ( Petite synthèse sur l'idée de justice, dstinée à mieux lier et comprendre les textes qui viendont s'ajouter sur ce thème ) :

JUSTICE.

 Jus, juris : le droit, en latin).

Justice = application du droit. Donc accord entre la règle de droit et l’action individuelle. Exemple : le code de la route. La justice est dans le respect de ces lois.

Justice est aussi l’appareil d’évaluation de ce qui est évoqué ci-dessus (juges, magistrats divers, codes, etc).

Mais justice a un sens moral aussi. Ex : un homme juste, un « juste ».

Exempls de « justes célèbres » : St-Louis, le roi Salomon,. Ils sont des juges justes, dans la mesure où ils s’élèvent au dessus de la simple règle de droit. Cf Bergson pour qui le vrai juste, l ‘âme pénétrée d’un vrai sentiment (transcendant) de la justice s’élève au-dessus du droit positif, du lieu, du moment, de la lettre de la loi.

Le juste n’est pas seulement celui qui veille au respect des lois de la cité, mais celui qui cultive aussi la justice en lui-même. (Cf Platon : justice intérieure = l’harmonie des fonctions de l’âme.

I) Formes de la justice.

J = respect et défense des droits de l’homme. Elle veille à ce que chacun respecte l’autre dans le cadre du contrat tacite qui régit une société.

1.     La justice individuelle, légale ou sociale.

a)     Individuelle ( diff de individualiste).

Elle fait le juste, c-à-d vie personnelle unifiée en fonction d’un idéal social. Ce juste est un sage, idéal de la philosophie. (Sage domine ses passions, s’élève au sens de l’universel auquel il sait sacrifier son égoïsme, auquel il subordonne ses ambitions). Au dessus du juste est le saint, réglé par l’amour (Aimez vous les uns les autres ; aimez vos ennemis etc).

Ex : le Christ, le père Kolbe, etc.

b)    Légale.

Obéissance à la loi. Mais attention au légalisme. « Summum jus, summa injuria » c-à-d l’application la plus grande (littérale) de la loi, est la plus grande injustice.

Exemple (authentique : un commissaire d’aéroport, à une escale, laisse à terre deux bambins parce que la convoyeuse n’avait pas les papiers strictement en règle. Les 2 petits se sont perdus durant 3 jours dans une ville inconnue alors que leur mère les attendait dans un aéroport d’une ville étrangère.

c)     Sociale.

Organisation du bien commun. Crée des institutions qui aident à rétablir un équilibre juste, face aux inégalités naturelles. Sécurité sociale, assistances diverses (RMI, allocations diverses, etc). Attention aux effets pervers (ex : l’assistanat).

2) Justice commutative, distributive, rectificative.

a)     Commutative.

Suppose une égalité de principe entre les contractants dans le cadre des contrats et échanges. Ex l’Etat emprunte aux particuliers. Il rembourse au bout de 10 ans. Mais entre-temps le pouvoir d’achat a baissé de 50%. (injustice).

b)    Distributive.

Tient compte des proportions. Ex : les citoyens sont égaux devant l’impôt. Mais ceux qui gagnent plus payent plus.

c)     Rectificative.

La justice est susceptible d’appel et d’évolutions.

Ex : cours d’appel, de cassation, modification de la loi par les parlements. Mais parfois l’évolution peut être régressive, et les appels fautifs. La justice humaine n’est pas infaillible.

 

II) Justice et charité.

 

a)     Charité (caritas : amour, en latin).

Notion d’origine chrétienne. Inspirée par l’amour. Ex la parabole des ouvriers de dernière heure.

Charité est différente de la bienfaisance.

Ainsi St augustin écrivait : «  La charité est pure de toute arrière pensée ; si l’on donne à un pauvre, ce peut être par désir de l’humilier, de le dominer, ou de l’assujettir. Ce qu’il faut vouloir pour celui qu’on aime c’est qu’il soit notre égal ».

 

Conclusion :

 

Justice et charité ne doivent pas s’opposer mais se compléter.

( 2011 ) Justice ( Théorie de la justice ) :

 

« La Théorie de la justice comme équité prend donc son point de départ dans une certaine tradition politique et pose comme son idée fondamentale l'idée de la société comme système équitable de coopération dans le temps, entre une génération et une suivante. Celle idée organisatrice centrale est développée parallèlement à deux idées fondamentales, celle des citoyens (engagés dans la coopération) comme personnes libres et égales et celle de la société bien ordonnée comme société effectivement gouvernée par une conception politique de la justice. Nous supposons également que ces idées peuvent être organisées en une conception politique de la justice qui peut obtenir l'appui d'un consensus par recoupement. Un tel consensus est formé de toutes les doctrines raisonnables mais opposées, qu'elles soient morales philosophiques ou religieuses, qui ont des chances de persister à travers les générations et de gagner un nombre considérable d'adhérents dans un régime constitutionnel plus ou moins juste, un régime dans lequel le critère de la justice est cette conception politique elle-même »".

 

John Rawl.( Libéralisme politique ).

 

 

 

 

 



Commenter cet article

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog