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Publié par Edouard Boulogne

La Chrestomathie du Scrutateur (VII).
Blaise-Pascal.gif (Blaise Pascal).








Une chrestomathie est une anthologie, une collection de textes « utiles ». C’est ce que dit l’étymologie : du grec ancien « khrestos » : utile, et « manthanein » : apprendre.
J’étais encore un enfant ou presque, il y a plus de cinquante ans, (en 1956), un professeur me conseilla pour améliorer mon orthographe, de copier, chaque jour, quelques lignes d’un grand auteur, en faisant attention à ce que j’écrivais, tant pour le sens que pour l’orthographe.
Avec sérieux, j’entrepris ce qui m’apparut d’abord comme un ennuyeux pensum.
Chose étonnante, je pris goût à l’exercice et m’y adonnai peu à peu de bon cœur. Je compris alors le sens du fameux conseil de Pline « nulla dies sine linea » : « Pas un jour sans une ligne ».
Cet exercice, je ne l’ai jamais interrompu, de 1956, à ce jour de 2007.
J’ai griffonné, au fil de mes lectures, sur des cahiers d’écoliers, des milliers de pages, transcrivant pour moi-même des pensées de centaines d’écrivai
ns, poètes, philosophes, scientifiques, religieux, mystiques, etc .
Récemment, j’ai pensé à faire partager aux lecteurs du Scrutateur qui s’y intéresseraient, ce trésor patiemment accumulé.
J’ai choisi un ordre alphabétique.
Les pensées des grands, auxquelles je souscris souvent, mais pas toujours, seront transcrites peu à peu au fil des jours, des mois, des années qui viennent, si Dieu me prête vie.
Elle seront précédées d’un chiffre entre parenthèses (la date de transcription dans mes cahiers) et parfois suivies d’un commentaire plus ou moins substantiel.
Peut-être un jour l’ensemble sera-t-il l’objet d’une publication sous forme d’un livre.

Edouard Boulogne.

Dans les jours qui viennent d'autres textes viendront enrichir cette petite encyclopédie de citations, ou cette chrestomatie. Pour s'y reporter il suffira de cliquer parmi les rubriques (à gauche de l'article du jour) su
r : La Chrestomatie du Scrutateur, en tenant compte de l'ordre alphabétique. Mon insuffisante maîtrise de l’informatique fait que les premiers textes qui se présentent à la lecture sont ceux des dernières lettres de l’alphabet. Mais le lecteur n’aura aucune difficulté à remonter aux premières, et à trouver les mots qui leur conviennent, par exemple : « amour », « amitié ». (Edouard Boulogne).





S :



Sagesse :

(1967) "La sagesse consiste principalement à ne point trop croire à ses propres mouvements; et comme on ne doit point laisser les évènements f
açonner son caractère, aussi ne faut-il ppoint que le milieu extérieur sculpte à jamais notre face; et les beaux visages sont comme les preuves de cette puisance d'oublier et de s'oublier. Je doute qu'on puisse citer un beau visage où l'on ne lise cette absence de préjugé, ce pardon à toutes choses et à soi, cette jeunesse enfin toujours jeune, qui vient de ce qu'on ne joue aucun personnage. Et l'homme n'est point fait pour vivre d'après le dehors. L'expérience marque aussi ses rides et cela fait pitié; au lieu que la beauté a toujours quelque chose de naïf, signe certain de la puissance intérieure"

Alain.


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Saint : (1961) : "Les siècles les plus stériles, ceux qui n'avaient eu ni écrivains ni poêtes, ni artistes, avaient eu leurs saints. Ces siècles n'étaient pauvres qu'en apparence puisque, au sentiment des hommes d'alors,
les saints étaient les chefs-d'oeuvres de l'humanité. Comme Pascal, l'Eglise du moyen-âge mettait l'ordre de la charité bien au-dessus de l'ordre de l'intelligence; c'est pourquoi le moindre ermite, qui dans la solitude avait réussi à se vaincre lui-même, méritait à ses yeux d'être éternisé par l'art.
L'athlète avait été l'idéal de la Grèce antique, l'ascète devint l'idéal des temps nouveaux. Au moyen âge des hommes de notre race, quand ils ont été grands ont toujours été des ascètes; toujours ils ont méprisé le voluptueux orient, ses harems, ses parfums, la courbe enchantée de ses arabesques. Cette longue lutte de l'occident contre l'orient, c'est la lutte éternelle de l'esprit contre les sens. La plus haute expression du moyen-âge c'est le soldat qui se sacrifie, le moine qui prie, le saint qui foule aux pieds la nature. Le saint, voilà le vrai héros de cet âge; c'est lui qui par l'enthousiasme qu'il excitait, soulevait l'humanité, l'arrachait au limon.
Encore aujourd'hui, le peuple, qui sent instinctivement ce qu'il y a d'extraordinaire
dans la sainteté, conserve la mémoire des saints. Les paysans du Bourbonnais, qui ont oublié les noms des rois de France, connaissent encore saint Patrocle et saint Marien qui vivaient au temps de Grégoire de Tours. Et nous aussi, le nom d'un saint inconnu nous intéresse, nous émeut. L'ermitage, la cellule, le monastère habités par le saint conservent quelque chose de religieux, comme chez les anciens, ces lieux sacrés qu'avaient touché le feu du ciel".

André Malraux.


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Satan :



(2004) : Satan :


( Cet article est l'un des chapitres de mon livre "Libres paroles" paru aux éditions Guadeloupe 2000, en 2004).


« Le sceptique est le désespoir du diable. C’est que le sceptique, n’étant l’allié de personne, ne pourra aider ni au bien ni surtout au mal. Il ne coopère avec rien, même pas avec soi ».

CIORAN.


* Deux approches du diable.


En cette fin d’un 20è siècle de progrès, de lumières, de science, comme chacun sait ( ! ), est-il possible, encore, de croire au Diable. Satan ne serait-il pas plutôt le résidu d’un Moyen âge enténébré, religieux, obscurantiste en diable (si j’ose dire) comme nul esprit « moderne » ne devrait l’ignorer ?
C’est ce qu’affirme et s’efforce de démontrer dans son « Histoire générale du Diable » parrue récemment aux éditions Robert Laffont, Gérard Messadié. Quatre cent quatre-vingt dix pages, à vrai dire fort décevantes, tant Messadié réduit la problématique de son sujet à l’esprit d’une loge maçonnique de sous-préfecture quant au fond, et à l’humour discutable d’une « sœur Florence des petits pieds », du Canard Enchaîné, quant au style. On dirait d’un Charasse reconverti dans l’étude de l’histoire ; même verve hoquetante, même esprit empuanti de vapeurs noires. « Le Diable, écrit notre auteur dans son introduction, est même scandaleusement absent des grands moments de ces derniers siècles. On n’a jamais vu sa queue, ni ses cornes, lors de la Révolution française (sic), ne de celle d’octobre 1917. On ne l’a vu ni à Hiroschima, ni sur la lune, pas plus qu’on ne l’avait vu dans le laboratoire de Pasteur, ni dans le bunker de Hitler (resic). On l’eut attendu au Cambodge, quand y sévissait Pol Pot, et à Sarajevo, quand des femmes et des enfants se faisaient fusiller par des francs-tireurs de la même ville. On n’a vu là que l’expression des passions humaines. ».
Que le Diable puisse être pour quelque chose dans ce déchaînement de passions humaines, voici qui n’effleure pas monsieur Messadié. Jamais vit-on esprit plus enfoncé dans la matière, historien plus aveugle et sourd ? C’est dans sa conclusion que notre homme donne toute sa mesure. Le Diable qui n’existe pas, est encore invoqué, évoqué aujourd’hui. Par qui ? Pour quoi ? Quelle est sa fonction ? Je vous le donne en cent ! Je vous le donne en mille ? Par Jean-Paul 2, voyons, et par ses séides, et…. pour « brider la sexualité » ! Voilà pourquoi votre fille est muette ! Fermez le ban Lisez plutôt la prose de notre vénérable de sous préfecture : « chez les chrétiens, on le sait depuis Saint Paul, avorton comme il se définit lui-même, l’usage du système génital n’est autorisé que dans le cadre du mariage, et encore à la condition que ce soit em….bêtant (sic). Il faut bien qu’à la fin on le reconnaisse, le grand souci des Eglises a été de contrôler et codifier l’acte sexuel, et jusqu’aux positions licites. (… ). C’est donc pour cela qu’on maintient Satan en vie, (….) c’est l’épouvantail qui sert à brider la sexualité ».
Après ces pages de pesant et tout à fait classique anticléricalisme, résurgence du temps de Zola et du petit père Combe, il faut faire une cure de Frossard. De-Pierre-Boulle.jpg ( Pierre Boulle est un romancier français contemporain, auteur - entre autres - de l'immortel "Pont de la rivière Kwai, et de "un métier de seigneur"). Ce livre "A nous deux Satan", n'est qu'un roman, mais fort documenté, et je crois pouvoir en recommander la lecture à ceux qui s'intéressent au sujet de l'article ci-contre).
Le livre de poche vient de rééditer de cet auteur Les 36 preuves de l’existence du diable que je relis à l’occasion de cette petite étude, dans sa première édition de 1978.
Il s’agit d’un livre éblouissant et profond à la fois, où Frossard, loin du bazar fracassant et nauséabond où se complait trop souvent le « prince de ce monde », nous présente, sous la fiction de 36 lettres à lui adressées par le Diable, les preuves évidentes de l’action satanique dans le monde contemporain. Le malicieux Frossard réussit, l’exploit n’et par mince, à capter un temps la confiance du Malin, qui, un peu vantard, lui confie quelques uns de ses tours, de ses horribles farces et attrapes, avant de se découvrir trompé, dans une 36è lettre aigrie. Frossard nous rappelle Que ? tout déchu qu’il est, Satan est aussi Lucifer, l’ange de lumière capable, mieux qu’Ulysse, de mille et une diableries, plus subtiles les unes que les autres. Dans ses lettres, Lucifer nous apparaît avec, tour à tour, la subtilité perverse d’un maître Jacques Vergès, et la coquetterie un peu fofolle du serpent Kaa dans le « Livre de la jungle » de Walt Disney. Il révèle, par exemple, à Frossard son insidieuse et pénétrante action sur une partie importante de l’Eglise post conciliaire, sur nombre de nos révérends pères « modernes » et dans le vent. Jugez plutôt (11è lettre) : Je les félicite aussi de vous faire chanter tous les dimanches « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, » etc. Sous le coup de la révélation, les chrétiens des premiers temps eussent probablement inversé l’ordre des verbes, et célébré la mort pour proclamer la résurrection, tant il leur semblait que celle-ci fût l’annonce la plus intéressante qu’ils eussent à faire. Il faut dire qu’ils y croyaient encore. Vous préférez « proclamer » la mauvaise nouvelle, en vous contentant de « célébrer » la bonne : vous pensez bien que je n’y vois aucun inconvénient. Après « la mort de Dieu », celle de Jésus-Christ est une proclamation bien agréable à entendre. Lorsque vous aurez joint le Saint-Esprit au convoi, je m’estimerai comblé ».
Je ne peux résister au plaisir de transcrire encore la 24è preuve qui me requiert particulièrement en cette période de synode diocésain(cf l’article Foi et politique), où la politique interpelle si fort la foi des catholiques de Guadeloupe (à moins que ce ne soit ce qui en tient lieu à une fraction « marchante » de leur clergé) : « 24è preuve : vos évêques ont décrété naguère que la politique s’inscrivait désormais « parmi les fins dernières de l’humanité » (assemblée des évêques de France, à Lourdes, 1972, note de l’auteur). Inutile de vous dire combien j’ai apprécié la formule. J’avais eu bien du regret à me séparer, in extremis, de Charles Maurras qui, sur la fin de sa vie, m’avait indignement lâché pour faire sa soumission à l’Eglise catholique, apostolique, et romaine. J’ai vu avec plaisir l’institution qui l’avait jadis rejeté, reprendre à son compte le « politique d’abord » qui avait été le motif principal de sa condamnation. Car je pense que vous ne vous y trompez pas : c’est bien de « politique d’abord » qu’il s’agit ; car dans l’ordre de la pensée religieuse, les fins dernières sont au commencement ». 1
A regret, quittons Frossard –qu’il faut lire intégralement (Albin Michel, et le Livre de poche)- pour aborder la question du Diable sous une face non davantage sérieuse (sous son badinage apparent, Frossard est sérieux), mais à la fois plus analogique, plus traditionnelle et plus sombre.

*Le témoignage des exorcistes.

Auteur de plusieurs ouvrages, journaliste, spécialiste des questions religieuses, François Dunois-Cassette, qui collabore à Pèlerin Magazine, à Vermeil, et Femme Actuelle, a publié en 1993, chez Robert Laffont, une enquête bien documentée et fort intéressante sous le titre : Les prêtres exorcistes. Exorcistes.jpg
Satan existe-t-il ? Qu’en est-il des cas dits de possession diaboliques, ou, comme dans le film célèbre L’exorciste, Satan s’installe en quelqu’un, pour le faire souffrir et se l’approprier ? S’agit-il de superstitions, de phénomènes relevant de la psychiatrie, ou au contraire de tristes et sinistres réalités ?
L’accent mis sur le satanisme a beaucoup varié selon les époques. Après le Concile Vatican 2, pour des raisons nombreuses et complexes, qui ne sont pas toutes médiocres, sinon l’Eglise catholique, du moins une partie de son clergé – disons, au sens large, moderniste- avait mis ces questions sous le boisseau. L’Eglise semblait avoir abandonné celle de ses fonctions à laquelle rendait hommage, dans les années 30, un célèbre médecin psychiatre, athée pourtant, celle d’une utile « police du merveilleux ».
En 1993, pourtant (ou à cause de cela ?), magnétiseurs de toutes sortes, sorciers et marabouts pullulent, en même temps que se multiplient les phénomènes étranges, autrefois attribués au Diable. Et comme dans le fascinant film de Polanski, « Rosemary’ s Baby » sévissent les sectes sataniques.
Comme l’écrit Dunois-Cassette, « au siècle des ordinateurs et des psychiatres, le diable est plus populaire que jamais. Le Malin est de retour, c’est un fait. Nos sociétés modernes l’avaient mis à la porte, il est revenu par la fenêtre ». 40.000 voyants et sorciers exercent actuellement en France, 500 pratiqueraient la magie noire à Paris. Dix millions de Français consultent chaque année les mages et les voyants.
Du coup, l’Eglise catholique se penche à nouveau sur une question qu’elle avait peut-être trop légèrement considérée, pour éviter les sarcasmes d’une intelligentzia snob et superficielle, coupée des réalités.
Il y avait moins de 10 exorcistes en France en 1970, ils sont une centaine actuellement. L’exorciste est un prêtre nommé dans un diocèse par l’ordinaire du lieu (c’est-à-dire l’évêque), dit le Code du Droit canonique, qui précise (Canon 1272, alinea 2) : Cette permission ne sera accordée par l’ordinaire du lieu qu’à un prêtre pieux, éclairé, prudent, et de vie intègre ».
Il a pour charge de recevoir les possédés ou supposés tels, d’examiner leur cas, de discerner s’il s’agit bien de possédés de possédés du diable ou s’ils relèvent de la médecine classique et de la psychiatrie.Tonqu--dec.jpg
Le discernement, difficile, s’opère au moyen de critères précis, dégagés peu à peu de l’expérience. Dans un suggestif petit livre dont nous reparlerons plus loin, un spécialiste, le père Joseph de Tonquèdec, en 1938, en énumérait les principaux : Que l’exorciste sache quels signes distinguent le possédé des sujets que travaille la mélancolie ou quelque autre maladie. Les signes de la présence du démon sont les suivants : parler une langue inconnue, en employant plusieurs mots de cette langue, ou comprendre quelqu’un qui la parle, découvrir ce qui se passe à distance ou est caché ; déployer des forces disproportionnées à l’âge ou à l’état naturel du sujet, et autres choses du même genre. Et quand ces signes s’accumulent, ils font une preuve plus forte ».
L’exorcisme, c’est la prière, et l’exhortation faite au Malin, au nom de l’Eglise, de quitter et de libérer sa victime. On en trouvera des exemples détaillés dans le livre de monseigneur Christiani Présence de Satan dans le monde moderne (éditions France Empire) et, dans une moindre mesure, dans le livre de Dunois Cassette dont nous parlons présentement.
Ce livre rapporte les témoignages, sur leurs expériences dans la France contemporaine, de neuf exorcistes, dont on découvre qu’ils sont loin de procéder aux mêmes analyses du phénomène. En simplifiant forcément, je distinguerai parmi eux deux courants, l’un « traditionnels », l’autre plus « moderniste ».
Les modernistes ont tendance à minimiser, voire à évacuer le « diabolisme », et à médicaliser, à « psychiatriser » le vécu pathétique de leurs patients. « Quand une personne ne se sent plus maître chez elle, ni de ses pensées, déclare par exemple le père G, ni de son comportement, elle se pense habitée par quelqu’un d’autre, par un démon qui agit à sa place, manipule ses gestes, ses paroles. Les progrès de la médecine nous ont aidé à comprendre le phénomène, à démystifier l’inexplicable et le diable par la même occasion ».
Frappent dans les propos du père G (pp : 231 à 239) une réelle générosité, une sensibilité extrême, peut être même, m’a t-il semblé une dangereuse fragilité affective. Il est aumônier d’hôpital psychiatrique, et il multiple les anecdotes : « Au cours d’une célébration, je parlais de la trinité. De l’amour de Dieu, présent dans nos cœurs… Une malade, au premier rang, les cheveux sur le visage, la démarche raide, s’approche de l’autel. Je lui tend la main. Elle me sourit, vient contre moi et pose la tête au creux de mon épaule. Et j’ai continué ainsi mon homélie, j’ai continué à parler de l’amour de Dieu, de l’amour des frères, avec cette femme, la tête posée contre ma joue, vêtue d’un méchant peignoir, le visage abîmé, défiguré par la maladie ».
Image touchante et belle dont on aurait tort de sourire, mais qui , confrontée au reste du témoignage du père G, me laisse le sentiment qu’il n’est pas taillé pour ce ministère là. Et qu’il confond aussi la maladie mentale et la possession, influencé qu’il est par certains médecins de son entourage et certaines modes intellectuelles.
« Le reproche, dit-il, que je fais à l’Eglise, c’est ce doute, cette méfiance qu’elle entretient à l’égard des sciences humaines ». Or ce reproche est en grande partie injustifié. Je possède un petit ouvrage édité dès 1938 (éditeur Beauschesne), par le père Joseph de Tonquèdec, éminent jésuite, exorciste du diocèse de Paris, et aumônier durant 20 ans de l’hôpital psychiatrique de Sainte Anne, ouvrage intitulé : Les maladies nerveuses ou mentales et les manifestations diaboliques, . Dans sa préface, l’auteur écrit : « En lisant la description qui précède, tout médecin psychiatre ou neurologue, toute personne tant soit peu au courant de la pathologie mentale pensera naturellement à des phénomènes morbides, à ce que l’on observe journellement dans les psychoses ou dans les névroses ? Entre le tableau de la possession et certains tableaux cliniques, les ressemblances sont frappantes. (…)Il importe aussi bien à la théologie, qu’à la médecine de ne pas confondre les deux aspects du phénomène. Ce serait une erreur de croire que l’Eglise ne s’en préoccupe pas et range aveuglément dans la catégorie des possessions ce qui est susceptible d’une explication médicale ».
Les 240 pages de l’ouvrage constituent un remarquable petit traité de psychopathologie à l’usage du clergé et des chrétiens cultivés. Il est dommage que le père G semble ignorer de tels travaux. Comme trop de prêtres « dans le vent », pour se faire accepter de gens qui les vomissent, ils dénigrent leur famille spirituelle et vouent un culte à des théories des sciences humaines qu’ils ignorent le plus souvent, et dont ils verraient bien dans le cas contraire que leurs principes trop souvent excluent a priori toute spiritualité.
Pour ne parler que de psychologie, à quel courant se réfère le père G. pour comprendre les phénomènes de possession dont il est censé être un spécialiste ? Au courant behavioriste et expérimentaliste ? Mais cette tendance réduit le comportement au couple stimulus-réponse et la psychologie est une simple réflexologie.
A la psychanalyse freudienne ? A cet égard un ouvrage de Peter Gay, professeur à Yale, qui vient d’être édité aux presses universitaires de France Un juif sans Dieu – Freud et la naissance de la psychanalyse pourrait l’éclairer. On peut lire dans la présentation de ce livre : « en un temps où une tendance à la religiosité – avec son corollaire, le fanatisme- se manifeste en divers points du globe et n’épargne point le mouvement psychanalytique, l’essai de Peter Gay apparaît nécessaire : c’est en tant qu’athée que Freud a pu développer la psychanalyse ; c’est à partir de cette position qu’il a écartée comme vaine toute tentative d trouver un point commun entre foi et incroyance ; c’est enfin parce qu’il était juif athée qu’il a pu faire ses découvertes ».
Dans son enquête, François Dunois Cassette rencontre d’autres prêtres exorcistes aux points de vue bien différents, dont beaucoup travaillent d’ailleurs avec des psychiatres ou des psychologues, et en équipe, mais sans perdre leur liberté de mouvement. Ce sera pour le lecteur l’occasion de découvrir des faits extraordinaires et effrayants que je ne peux qu’évoquer ici, telle cette maison de M. F. Claude « qui a brûlé de l’intérieur, sans flammes. Rien qu’un énorme dégagement de chaleur. Sans raison. La maison s’est consumée, ou plus exactement elle a fondu ». Phénomène attesté, parmi beaucoup d’autres, et comparable aux phénomènes paranormaux montrés dans le célèbre film « L’exorciste ». On pourra les découvrir en lisant l’ouvrage. Pour ma part, je préfère insister sur les succès, ( guérisons, délivrances) des exorcismes dans les cas de possessions avérés, et sur ces propos qui reviennent chez tous ces prêtres, par delà leurs divergences, comme un leitmotiv : « La première tâche du prêtre exorciste est de libérer les gens de la peur » (père C, page 159), ou encore « l’action du démon est habituellement liés au péché. Cependant, il existe d’autres causes particulièrement pernicieuses, favorisant l’infestation : les pratiques occultes, les dépendances aliénantes (drogue, alcool) , les dépravations sexuelles, la divination, l’ésotérisme, un certain athéisme militant et sectaire, les pactes sataniques, ainsi que la magie noire et la sorcellerie ». (Idem, page 143).
Le point de vue qui m’a paru le plus équilibré, le plus proche de ce que personnellement je crois ou espère, est celui du père Leneuf, exorciste du diocèse de Dijon. Pour lui, la religion n’est pas la magie. L’écoute est, sans doute, le besoin le plus urgent de notre temps. Faut-il personnaliser le démon ? Question difficile, impossible à résoudre en quelques pages, et peut-être à résoudre tout simplement. L’important est de rappeler que Jésus est le plus fort. Le démon est le plus souvent dans la banalité de la haine, de la jalousie, de la médiocrité quotidiennes. L’exorcisme pour les cas extrêmes, mais surtout exalter le désir de se battre pour développer le courage, l’espérance, la confiance, les vertus évangéliques, dans la prière notamment.
« On ne peut faire totalement abstraction des forces obscures qui travaillent le monde et l’homme. C’est très mystérieux, mais ces forces sont présentes. Certains veulent personnaliser le démon. C’est plus facile pour en parler, mais cela gène. Je préfère parler de forces. (….). Je ne crois en l’existence du diable que parce que sa présence est attestée dans l’Evangile. Jésus l’a rencontré… Quant à savoir s’il exerce aujourd’hui une présence quantifiable, mesurable, je ne sais pas. En fait, je n’exclus rien ».
Ce point de vue d’un homme de terrain me paraît judicieux et sain..

Edouard Boulogne.

  ( Si l'on en croit l'exorciste monseigneur Jean Christiani, dans son livre "Présence de Satan dans le monde moderne", chaque fois que triomphent la haine, l'envie, la jalousie, chaque fois que le sang coule à flots, que le meurtre s'institue comme la banalité d'un moyen politique ordinaire, Satan est là. Force est de reconnaître alors qu'il est bien présent partout, et sous les formes les plus subtiles, les plus paradoxales. Et, l'écrivant, je m'exprime en toute lucidité, l'esprit libre de toute représentation terre à terre, ou infantile, une prière, pourtant au bord des lèvres.
La photographie ci-contre a été prise en avril 2006 lors d'une visite au Mémorial des morts de Verdun, sur les lieux même de la terrible bataille qui dura toute l'année 1916 et fit des centaines de milliers de morts, autant de blessés, du corps et de l'âme. En ce lieu aujourd'hui si calme, où flannent les touristes, des millions de tout jeunes gens, Français et Allemands, s'affrontèrent sans merci, dans la boue puante des tranchées, dans le sang, dans les larmes, dans la puanteur des cadavres des copains en décomposition, dans le vrombrissement des mouches. Oui, Satan était là!).

Pour approfondir.

* Gérard Messadié : Histoire générale du diable. (Robert Lafont).

* André Frossard : Les 36 preuves de l’existence du diable. (Albin Michel et Le livre de poche).

* François Dunois Cassette : Les prêtres exorcistes. (Robert Laffont).

* Joseph de Tonquèdec : Les manifestations nerveuses ou mentales et les manifestations diaboliques. (Beauschène).

* Monseigneur Cristiani : Présence de Satan dans le monde moderne. (Editions France Empire).


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Silence :


Silence : (1972) : "...il faut bien le dire, puisque c'est vrai, c'est au niveau du silence que se joue l'histoire réelle d'un peuple et non au niveau de ce que racontent les politiciens, les historiens et les journalistes. Par delà les évènements militaires et diplomatiques, et au-delà des forces politiques et des facteurs économiques qui bouleversent la cité et transforment le monde, l'histoire réelle qu'aucun historien ne pourra écrire et qu'aucun journaliste n'arrivera à saisir, c'est celle qui est composée de l'entrecroisement des multiples destinées singulières. L'histoire comme réalité vécue, c'est cet innombrable silence des destinées personnelles aussi profondes que quiéscentes, aussi réelles qu'ignorées, et qui restent toutes uniques même quand elles paraissent concourir à quelque aventure commune. De sorte que l'historien, surtout depeuis que l'histoire a cessé d'être évènementielle, ne saisit jamais qu'une réalité seconde, et le journaliste moins encore, un épiphénomène, parce que la réalité première, celle qui se trouve au niveau le plus concret de l'être, est faite de cette multitude d'intimités personnelles où le même évènement se répercute différemment en chacun, et devient pour chacune, un avènement singulier. La véritable existence historique est celle qui se déroule en marge des fracas de l'histoire, dans le silence des vies personnelles et solitaires. Et la force d'un peuple réside dans cette substance silencieuse que composent ceux qui poursuivent leur tâche loin des bruits du siècle et du tapage ou du matraquage des mass-médias. Il va sans dire que, par fidélité à eux-mêmes, les vrais silencieux évitent l'exploitation bruyante qui pourrait être faite de leur silence. C'est dans cet esprit qu'il faut lire ce mot de Péguy (....) "les hommes qui se taisent, les seuls qui importent, les silencieux, les tacites, les seuls qui comptent et compteront"."

Joseph Rassam.


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(1963) Silence (et spiritualité) : *La fuite hors du monde, vers le cloître, était alors motivée (à l'époque de St-Benoit et des invasions barbares) par la décadence de la société, la dépression morale et culturelle d'un monde qui n'offrait plus à l'esprit de possibilités de conscience, de développement, de conversation.......)Aujourd'hui, ce n'est pas le manque de vie sociale en commun qui pousse à ce même refuge, mais son exubérance. L'excitation, le vacarme, la fébrilité, l'extériorité menacent l'homme au dedans; il lui manque le silence, avec la parole intérieure originelle, il lui manque la prière, il lui manque la paix, il se manque à lui-même.

Paul VI.


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Sot :

(1972) : Sot : "La vie du sot est aride, inquiète, tournée tout entière vers l'avenir"

Sénèque.

Style :


(1972) : Style (haine du) : "Leur haine du style, c'est la haine de l'homme qu'ils refusent d'être".

François Mauriac.


(1965) : Style : "Le style affirme l'homme, non pas seulement le style de parler ou d'écrire, mais le style de vivre en général. La personne se dénonce elle-même dans chacune de ses attitudes : on soigne ses vêtements comme on soigne sa parole; on peut soigner chacun de ses instants, ou bien les abandonner à un laisser-aller qui atteste le défaut de discipline personnelle, comme un manque de tonus et ensemble de tenue".

Georges Gusdorf.





Superstition : (1968) "La superstition sera toujours en raison inverse de la vigueur de l'esprit et de la culture intellectuelle"
Renan.


Superstition : (1975) "C'est une grande erreur de croire que la superstition est exclusivement religieuse. Il y a des temps où elle devient laïque. Si la science règne un jour seule, les hommes crédules n'auront plus que des crédulités scientifiques".
Anatole France.

Superstition : (1977) "En un temps de superstition scientifique, on se sert de la science pour dissimuler l'inexplicable".
Karl Jaspers.


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