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Publié par Edouard Boulogne

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Les qualités du film de Paul Haggis sont incontestables.
Rien de primaire ni de simpliste. Rien d’accrocheur ni de spectaculaire,
A première vue, c’est seulement  le cheminement d’un  père à la recherche de son fils, soldat en Irak, disparu inexplicablement au cours d’une permission aux USA.
Avec les personnages des parents Hank et Joan Deerfield (Tommy Lee Jones et Susan Sarandon)  nous côtoyons  l’Amérique modeste et laborieuse des émigrés fondateurs encore toute pétrie de ses valeurs consubstantielles: fidélité, rectitude, obstination, endurance, religiosité.
Le personnage de la femme flic, Emily Sanders, (Charlize Theron) nous montre une femme très seule, au sein une police machiste, bornée, paresseuse, corrompue, sans compassion et blasée.
Au travers des personnages des officiers, on perçoit l’armée comme une locomotive, solide, et bien huilée mais lancée sans freins dans une chute incontrôlable.
Quant aux personnages des soldats-compagnons de campagne de Mike Deerfield (Jonathan Tucker), des boys aux yeux d’anges, ils nous livrent la vérité la plus insupportable qui puisse être sur « La Guerre » et comment ce monstre détruit tout et chacun.
Le film pourrait être un simple polar, il pourrait aussi être une critique acerbe de la politique extérieure américaine, mais il est beaucoup plus subtil et, par là même, touche le cœur de la cible.
Une des forces du film est de nous entraîner avec un homme d’honneur, qui croit en son pays et l’aime, dans une quête purement affective. Pour lui, les questions politiques n’existent pas.
 Il n’y a  donc jamais de polémique sur « cette inutile et injuste guerre en Irak » pas non plus de photos chocs, ni de scènes terriblement réalistes. C’est tellement plus intelligent de nous mener inexorablement, vers ce qui nous guette, par petites touches : la femme qui demande à Emily Sanders d’intervenir car, de retour d’Irak, son mari vient de noyer leur chien dans leur baignoire, ou encore, ce garçon névrosé, qui, dans un abattoir de poulets crève les yeux des volailles, pour s’amuser, comme ils le font tous…
On sent qu’on bascule là où Paul Haggis veut nous attendre : dans un univers où les hommes sont perdus, où ils tournent en aveugles, en se heurtant à leurs terreurs, renvoyés à leur culpabilité, un monde où ils sont abandonnés face à des actes innommables qu’ils ont été contraints d’accomplir et que sans la Grâce, ils ne pourront jamais se pardonner. 
Ces jeunes qui, avant le repas, disaient les prières main dans la main avec leur parents, ces jeunes qui étaient rassurés  par «  I love you, my son »
(à la façon un peu théâtrale des américains), ces jeunes qui vivaient dans des maisons proprettes, sans barrières entre voisins….rien ne les avait préparés aux sales besognes de La Guerre : écraser femmes et enfants car une voiture blindée ne doit pas s’arrêter, faire des prisonniers et les torturer, poser des auto collants de diables sur le front des morts ennemis. Non vraiment les boys ne peuvent pas survivre à tout ça.
On a  créé en eux une  agressivité telle,  qu’ils la retournent contre eux- mêmes et ceux qu’ils aiment, alors que tout autre sentiment est annihilé.
Ils ne savent plus ce qu’ils font. Et il faut leur pardonner. Les seuls qui ne méritent pas de merci sont ceux qui décident de la guerre.
 Les hommes qui sont contraints de faire La Guerre abandonnent, parfois, leur vie, mais ceux qui les y conduisent abandonnent, souvent, leur âme.

Tommy Lee Jones porte, ici, le métier d’acteur à des sommets.
Charlize Theron est plus que belle et sincère.

A voir et à réfléchir.

Marie Deval.




Dans la vallée d’Elah.
In the valley of Elah.
Pays : USA.
Genre : Drame
Durée : 2h00
Réalisateur : Paul Haggis
Avec : Tommy Lee Jones, Susan Sarandon, Charlize Theron,etc…
 
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