Pierre Pujo, à l’âge de 77 ans, est mort samedi, le 10 novembre, anniversaire, notamment de la mort du général de Gaulle, dont la politique fut souvent critiquée par lui, mais avec
lequel il partageait un même amour, sans failles, de la France, et aussi, toutes choses égales, un de ces caractères, qui se font rares aujourd’hui dans le domaine de la politique, et que l’on
désigne d’un mot en voie de déshérence et qui est la « grandeur ». Au cours, d’un voyage en Guadeloupe, en 1980 ou 81, à l’occasion d’un Congrès de l’Association Internationale des Journalistes de Langue Française, qui s’était tenu dans notre département
d'outre-mer à l’hôtel Méridien de St-François, il avait pris contact avec moi. C’est ce soir là que, d’ailleurs, je rencontrai pour une unique fois Roland René-Boisneuf, le frère de mon ami le
docteur Jean René-Boisneuf, dont parle élogieusement Lénis Blanche dans le dossier sur lui récemment publié. Dans les jours qui suivirent je lui fis visiter la Guadeloupe et connaître quelques amis. Je devais le revoir par la suite une quinzaine de fois, le plus souvent à Paris, dans son petit bureau du journal de l’Action Française, où dans quelque petit restaurant, tel Le Dauphin
qui jouxte la rue Croix-des-Petits-Champs. Ou encore, dans ce café, en 1985, face aux locaux de l’AF, où il avait rencontré, -et avec eux passionnément discuté-, une dizaine d’étudiants de cette France d’outre-mer, qu’il avait en
haute estime, et à laquelle il vouait une sorte d’amour, je le dis sans rien exagérer. Pierre Pujo était royaliste. Il était le fils de Maurice Pujo, l’un des chefs historiques du mouvement de l’Action Française avec Charles Maurras, dont il était le filleul. Et surtout, Pierre Pujo, qui interrompit une brillante carrière dans la banque pour poursuivre l’œuvre de ses maîtres, ne croyait pas que la royauté eut quelque chose de commun avec la
tyrannie, notamment de celles qui saccagèrent le 20è siècle : le nazisme et le communisme. Il était trop lucide pour croire à la possibilité d’une restauration de la monarchie en France, à court
ou moyen terme. Mais il tenait à ce que la tradition royale fut maintenue contre vents et marées, pour servir, le cas échéant quand viendraient des jours difficiles. C’était une conviction
discutable, peut-être, mais respectable, qui fut celle, aussi, de Charles de Gaulle. Quoiqu’il en soit, il travaillait avec ardeur, à la tâche qu’il s’était assignée, estimé de tous, y compris de ceux qui le combattaient, mais connaissaient l’âme qui était la sienne, pas
seulement celle d’un écrivain et militant politique, mais celle d’un homme bon, (tel est mon sentiment personnel intime à son égard) dont les passions et l’ardeur étaient tempérées par son
christianisme catholique, vraiment vécu. Ce soir là que j’évoquais plus haut, après la conférence avec les jeunes Guadeloupéens et Mahorais, il était tard, et nous nous séparions tous, amicalement. Je vis alors Pierre reprendre
le chemin de son bureau tout proche. Le travail l’attendait. La sortie d’un journal ne supporte pas les délais, même engendrés par d’autres activités et soucis estimables. Je pensai à Victor
Hugo, poète pas très à l’honneur, pourtant dans sa famille de pensée : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent (….) ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime » ! Notre dernière rencontre date d’avril 2006. J’étais à Paris, et je donnais, un soir, assez tard, une causerie sur la Guadeloupe aux membres de l’Association des écrivains catholiques de
langue française, près de Denfert-Rochereau. Malgré l’heure, et les travaux d’une longue journée, Pierre arriva, courbé, douloureux, mais souriant. Sa santé déclinait depuis quelque temps déjà. Il s’était fait accompagner d’un de
ses filleuls, jeune homme attentif et déférent. Il avait voulu, malgré les soucis, la douleur, m’honorer de son amitié, et par delà ma personne, ce que je pouvais représenter ce soir là pour les
personnes présentes : la France, la vieille France ultra marine. Je (nous) ne saurais l’oublier. Une chute dans le métro parisien il y a quelques mois devait accélérer le déclin, sans altérer l’activité journalistique, et amicale de ce « manant du roi ». Je me fonde sur notre foi commune pour lui adresser, par delà tous les espaces, le témoignage de mon estime, de mon amitié fidèle. Fidèle! un mot qui lui va si bien.
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Né à Pointe-à-Pitre en 1942, de famille blanche-créole, arrivée à Marie-Galante en 1658, de grands parents originaires l'un de la région parisienne, l'autre de Rouen en Normandie, j'ai bénéficié d'une formation juridique, et philosophique (
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