Actes de résistance : La lettre de Tony Bloncourt.

Publié le par Edouard Boulogne

Actes de résistance : La lettre de Tony Bloncourt. 
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Le nom de la famille Bloncourt est très connu en Guadeloupe. Un  peu avant la seconde guerre mondiale Elie Bloncourt, (grand blessé de la guerre 14/18) et sa famille s’étaient installés en Haïti avec, notamment leur fils Tony. L’oncle de ce dernier, Elie,  aveugle de guerre, ancien député socialiste de l’Aisne s’illustrera en fondant en 1941, la première revue socialiste clandestine Socialisme et Liberté.
En 1939, le jeune Tony fait ses études à Paris. Son trop jeune âge, et l’effondrement totale et rapide de l’armée française, ne lui permettent pas de prendre part aux combats de mai-juin. Mais aussitôt, il fait parti des jeunes qui se révoltent  contre l’occupation, et très activement, à un moment où le PCF est un parti collaborateur (voir notre article d’hier sur Guy Môquet). Après juin 1941, (rupture du pacte germano-soviétique) le jeune Bloncourt fera parti des mouvements de résistance qui conduiront à son arrestation, puis à sa condamnation à mort et à son exécution le 9 mars 1942. Comme Guy Môquet et comme tant d’autres dans le même cas tragique, il écrira à ses parents la lettre émouvante qu’on peut lire ci-dessous.
Je tire ces renseignements de l’article d’André-Jean Vidal dans France-Antilles de ce jour, lui même inspiré d’un article de Dunières Talis publié récemment dans le journal guadeloupéen Les nouvelles Etincelles.
André-Jean Vidal pose la question : « le 9 mars 2008, lira-t-on aux lycéens de Guadeloupe la lettre de Tony Bloncourt à ses parents ? ».
Pourquoi pas en effet ?
En ce qui me concerne, si je n’avais pas pris ma retraite de professeur de philosophie en juillet dernier, je l’aurais lue, de ma propre initiative, n’étant pas de l’avis de ceux pour qui un pays n’a point besoin de héros.

Edouard Boulogne.

La lettre :

« Papa sois fort, Maman, je te supplie d'être courageuse »
Vous saurez la terrible nouvelle déjà, quand vous recevrez ma lettre. Je meurs avec courage, je ne tremble pas devant la mort. Ce que j'ai fait, je ne regrette pas si cela a pu servir mon pays et la liberté. Je regrette profondément de quitter la vie, parce que je me sentais capable d'être utile. Toute ma volonté a été tendue pour assurer un monde meilleur. [.,.] J'ai la certitude que le monde de demain sera meilleur; plus juste, que les humbles et les petits auront le droit de vivre plus dignement, plus humainement. [...] Je suis sûr que vous me comprenez, papa et maman chéris, que vous ne me blâmez pas. Soyez forts et courageux. [...] Je pense à vous de toute ma puissance, jusqu'au bout, je vous regarderai. Je pleure ma jeunesse, je ne pleure pas mes actes. Je regrette aussi mes chères études, j'aurais voulu consacrer ma vie à la science. Que Coucoute continue à bien travailler, qu'il se dise que la plus belle chose qu'un homme, c’ est d’être utile à quelque chose. Que sa vie ne soit pas égoïste, qu'il la donne à ses semblables quelle que soit leur race, quelles que soient leurs opinions. S'il a la vocation des sciences, qu'il continue l'œuvre que j'ai commencé d'entreprendre ; qu'il s'intéresse à la physique et aux immortelles théories d'Einstein, dont il comprendra plus tard l'immense portée philosophique.(...) Maman chérie je t'aime comme jamais je ne t'ai aimée. Je sens maintenant tout le prix de l'œuvre que tu as entrepris à Haïti. Continue d'éduquer ces pauvres petits Haïtiens. Donner de l'instruction à ses semblables est la plus noble tâche ! Papa chéri, toi qui es un homme et un homme fort, console Maman. Maman Dédé chérie, tu as la même place en mon cœur que Maman. Tous vivez en paix et pensez  bien à moi. Je vous embrasse tous bien fort comme je vous aime. Tout ce que j'ai comme puissance d'amour en moi passe en vous. Papa soit fort, Maman, je te supplie d'être courageuse. Maman Dédé, toi aussi. Mon vieux Coucoute et won vieux Gérald, je vous embrasse bien fort. Il faut aussi, embrasser maman Tata bien fort. Pensez à moi. Adieu !

Votre petit Tony

Publié dans Histoire

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Bloncourt Gérald 09/07/2009

Vous avez fait une erreur en disant Elie Bloncourt s'était installé en Haïti. Il s'agit de mon père, en effet grand bléssé de la geurre 14/18, mis qui s'appelait Yves. Merci de rectifier . Amicalement.

jpm974 25/10/2009


Bonjour. La lettre est vraiment touchante. Où pourrait-on avoir l'intégralité de la lettre ? merci d'avance.