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Publié par Edouard Boulogne


Fanny et Monia, deux femmes courageuses

( Le Scrutateur a reçu de l’Association « Riposte Laïque » l’article suivant, signé d’un certain Cyrano, un pseudo qui aurait tout aussi bien pu être celui d’un des collaborateurs de ce blog. Peu importe que Riposte Laïque ait, sur d’autres questions des positions qui ne coïncident pas nécessairement avec les nôtres. Pourquoi serait-on toujours d’accord, sur tout ?
Aujourd’hui en tout cas nos vues convergent. EB).



vendredi 21 septembre 2007

Depuis le premier numéro de notre journal, nous soutenons sans aucune réserve Fanny Truchelut, propriétaire d’un gîte, dans les Vosges, qui a vu sa vie basculer le jour où elle a demandé à deux femmes de retirer leur voile dans les parties communes de son établissement.

Vous lirez, dans ce numéro, une interview de Monia Haddaoui, réalisée par Brigitte Bré Bayle. Mère d’une jeune fille de 23 ans, Ghofrane, assassinée à coups de pierres, son témoignage, trois années après ce drame, est bouleversant, mais aussi édifiant.

Certes, il y a une grande différence entre un crime particulièrement sordide, réalisé par des mineurs contre une jeune femme, et un fait divers qui, s’il a bouleversé la vie de Fanny Truchelut, n’a rien à voir par sa gravité avec la souffrance de Monia.

Pourtant, on ne peut éviter certains parallèles troublants entre l’histoire de ces deux femmes.

D’abord, ni l’une ni l’autre n’étaient militantes avant d’être confrontées à leur situation.

Monia vient de Tunisie, a travaillé très jeune, et a dû élever six enfants.

Fanny est une vraie fille du peuple, élevée dans des conditions très difficiles, qui a très vite compris la réalité de la vie, et son côté parfois impitoyable. Elle a eu quatre enfants. C’est une rurale, très attachée à la terre et à sa région.

Toutes deux sont des mères, très vigilantes à la bonne éducation et à la réussite de leurs enfants. Toutes deux ont appris les difficultés de la vie, notamment quand on se retrouve momentanément seule pour élever ses gamins.

Leur existence leur a donné un solide sens des réalités. Elles savent appeler un chat un chat, sans prendre de précautions oratoires, ni se trémousser sur leur siège en réfléchissant avant de parler pour ne pas froisser le « politiquement correct » obligatoire.

Ghofrane a été assassinée à coups de pierres. Sa mère, Monia, n’a sans doute pas fait de grandes études, mais elle utilise le mot qui décrit cette situation : « lapidation ».

Horreur dans un certain landernau, que Anne Zelensky appelait « gaucho-libertaire-féministe », dans Riposte Laïque 3 ! « Elle ne se rend pas compte, elle est certes aveuglée par la douleur, mais elle ne peut utiliser un tel terme, c’est grave, elle va stigmatiser une religion déjà suffisamment attaquée par tous les racistes ! ».

Celles et ceux qui reprendront le terme « lapidation » dans leurs écrits seront, eux aussi, mis en garde, certes amicalement, par des proches qui leur diront de faire attention à l’utilisation de tels mots.

Surtout ne pas mal parler de la religion des pauvres, même quand, en son nom, on lapide les femmes en Iran, et qu’on peut donc s’interroger sur ce parallèle troublant. Ghofrane a été assassinée de manière tout aussi barbare, en France, cela n’a-t-il vraiment aucun rapport ? Cela aurait-il eu lieu il y a trente ans, avant que l’ayatollah Khomeiny ne transforme l’Iran en dictature islamiste ?

Face à un tel drame, Monia acceptera tous les soutiens, n’ayant pas envie de choisir entre « alliés progressistes », forcément de gauche, et « alliés réactionnaires », forcément de droite. Pragmatique, elle voulait simplement que justice soit faite à sa fille, et que le terme « lapidation » soit reconnu.

Le monde militant s’est alors divisé en deux, ceux qui lui tournaient le dos, et ceux qui continuaient à la soutenir.

En ce jour du mois d’août 2006, Fanny Truchelut ne s’attend pas à ce qui va lui tomber sur la tête. Elle a inscrit cinq personnes, qui ont beaucoup insisté, par Internet, pour un séjour de quatre journées, dans son gîte.

Elle voit arriver deux femmes voilées. Pour Fanny, qui, aux yeux d’une élite militante, est sans doute un être extrêmement frustre, les choses sont simples : le voile, c’est la soumission et l’oppression de la femme. Elle a déjà du mal avec cela dans la rue, alors chez elle, pas question !

Elle ne tourne pas autour du pot, et fait savoir à ses clientes que, dans les lieux communs, il leur faudra, par respect pour les autres locataires, retirer leur voile.

Là encore, nous sommes confrontés à deux types de réaction. Nous faisons partie de ceux qui disent d’abord qu’elle a fait preuve, individuellement, d’un grand courage, en refusant, spontanément, intuitivement, seule face à cinq personnes, qu’un tel symbole puisse s’imposer à tous les gens d’un gîte de montagne venus se reposer et se détendre.

Mais c’est loin d’être l’avis de tout le monde. Elle est traitée de raciste dans un journal local, et la section locale du Mrap, égale à elle-même, dépose plainte contre elle.

Le ciel lui tombe sur la tête, elle se retrouve seule, tout le monde est aux abonnés absents pour la défendre, sauf Villiers.

Dès le jour de la parution de l’article, le président du MPF l’appelle, et lui propose son meilleur avocat, gratuitement.

Fanny n’est absolument pas dans la conception des combats de Villiers, c’est une personne attachée aux combats émancipateurs féministes des années 1970. Sa liberté de femme, elle l’a gagnée en tournant le dos au discours de l’ordre moral professé par Villiers et les siens.

Mais elle accepte une aide qui, dans un contexte de grande solitude, paraît lui tomber du ciel. C’est cela ou rien !

C’est là que le décalage est béant, entre les gens de la rue, et ce landernau militant coupé des réalités. La grande majorité des « gens normaux » est derrière Fanny, il suffit de raconter cette anecdote à votre voisin, d’en parler dans une réunion amicale, c’est l’indignation générale quand les amis apprennent qu’elle risque la prison et une forte amende.

Rien de tout cela dans le landernau militant classique !

Fanny a violé la loi, disent-ils, elle a d’autre part pris Varaut comme avocat, c’est une double faute qu’on ne peut soutenir, tant pis pour elle !

Ces deux femmes n’ont pu compter d’abord que sur elles-mêmes pour se défendre. Elles sont, face à l’adversité, des modèles de courage et de détermination.

Monia, avec sa famille, ses enfants, a organisé des marches pour rompre la loi du silence, et imposer le terme « lapidation ». Elle a eu la chance de trouver, grâce à son énergie, des relais locaux.

Fanny, dans les Vosges, est seule. Ce mardi, elle distribuait un tract sur le marché d’Epinal, pour informer la population de son futur procès, et de ses enjeux.

Riposte Laïque, depuis son lancement, a mis ses réseaux au service de Fanny. Nous lui faisons suivre tous les textes qui nous parviennent, la mettons en contact avec des amis.

Nous essayons de tout faire pour que ce procès ne soit pas une caricature opposant Villiers aux islamistes, mais soit le procès du droit des femmes contre l’oppression des femmes.

Nous voulons sortir Fanny de cette solitude, et qu’elle puisse constituer autour d’elle un réseau aussi efficace que celui que Monia a su se construire. Elle nous a envoyé, en plein bouclage, ce vendredi soir, un courrier que nous portons à votre connaissance.

Si vous souhaitez l’aider, écrivez-nous, nous lui ferons suivre.

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