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Publié par Edouard Boulogne

CEUX QUI RESTENT.

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« Ceux qui restent »… alors que les Autres s’en vont…
« Ceux qui restent » alors que les Autres passent à une autre dimension…celle de la souffrance physique, celle de la relativisation, celle du lâcher prise..
La dimension où, « Ceux qui restent » ne peuvent pas les retenir, les garder et continuer leur vie comme avant…
« Ceux qui restent » ce sont Lorraine ( Emmanuelle Devos) dont l’ami est atteint d’un cancer du colon et Bertrand (Vincent Lindon) dont la femme est en phase terminale.
Ils se rencontrent dans un couloir de l’hôpital et se croisent chaque jour au moment de la visite qu’ils rendent à leurs conjoints. Rien que de très banal.
Le quotidien de Bertrand, c’ est une série de gestes qui se répètent, quasi mécaniques, cette répétitivité lui permettant « de tenir le coup ». Ce sont des gestes de courage, de simplicité, d’humanité la plus profonde, dans l’immense dénuement où il ère. Il assume. Il fait face à tout, avec le peu de moyen que sa tristesse et son amputation sentimentale lui laissent….Au moment d’ouvrir la porte de la chambre de sa femme, on le voit se rassembler et prendre un souffle…comme un sportif avant l’épreuve. Jamais cette porte ne s’ouvre pour nous, les spectateurs… Et d’ailleurs, pourquoi s’ouvrirait-elle ? Nous savons trop bien ce que nous y trouverions…. Qui d’entre nous n’a déjà poussé cette porte ? Qui d’entre nous ne s’est déjà senti si plein des sanglots qu’on n’a pas le droit de laisser nous submerger ?....
Anne Le Ny a pris le parti de nous laisser accomplir cette visite, en nous mêmes, et elle a ainsi, touché au plus vif et au plus juste.
Loraine est vive, brutale et maladroite dans sa complète sincérité et son regret de ne pouvoir « être à la hauteur », Bertrand lui répond qu’elle est tout simplement « comme elle peut, au moment qu’elle vit… » et il sait bien que c’est déjà un exploit que de pouvoir, modestement, se placer près d’un lit et de se taire en regardant l’Autre.
La relation d’amour qui se crée, comme à leur insu, entre Bertrand et Lorraine, est décousue mais intense et vitale pour l’un comme pour l’autre. Comme s’ il leur fallait communier dans leur désarroi et leur vertige devant la mort ou la dépendance, et se réunir pour conjurer leur impuissance à y trouver une réponse.
Le film est riche. Chacun y retrouvera des moments de sa propre vie, de sa douleur, de ses angoisses, mais aussi chacun sentira remonter en vagues profondes l’empathie et la tendresse qu’il a pu offrir aux Autres
On ne peut à proprement parler de « jeu » pour définir la prestation de Vincent Lindon et d’Emmanuelle Devos… Il s’agit plutôt d’intériorisation des personnages, tant ils sont parfaits, naturels et réalistes.
Le sujet pourrait être désespéré mais la sobriété, la pudeur et l’humour affleurant évitent tout raccourci trop facile.
Voici un très beau film à ne pas laisser passer.

Marie Deval.


Film : Français
Drame
Durée : 1h34
Réalisateur : Anne Le Ny
Avec Emmanuelle Devos, Vincent Lindon, Grégoire Oestermann
Anne le Ny, Christine Murillo, Yeelem Jappain
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