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Publié par Edouard Boulogne

La balade d’un orgue !

(Je reproduis ici, avec l’autorisation de l’auteur, l’article de Jean-Claude Halley sur son blog Guadeloupe-Attitude, le 17 septembre dernier.
J’ai eu à connaître de ce dont il parsp-sp-3.1190049278.jpgle, et j’en garantis l’authenticité. L’article est suivi du bref échange que nous avons eu à ce sujet, toujours sur Guadeloupe-Attitude. Edouard Boulogne).


17 septembre 2007
La balade d’un orgue !


Avant de vous raconter cette anecdote, je veux rendre un hommage s’agissant de l’un des fleurons de notre patrimoine Pointois. Je veux parler de la Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre. C’est bien le moment ! Ne sommes nous pas en pleines journées du patrimoine.

Un hommage :

Hommage mérité à deux personnes qui se sont beaucoup investies pour la sauvegarde de la Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre. Il s’agit de Monsieur Fernand PENTIER d’une part et son fils Raymond PENTIER tous les deux membres fondateurs et anciens Présidents de l’ASEP, Association de Sauvegarde de l’Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul.

Et en les associant tous les deux dans cet hommage, je m’en voudrais d’oublier tous les autres membres, hommes et femmes, qui se seront eux aussi mobilisés pour la sauvegarde de ce magnifique vaisseau.

Quelques vérités :

Face à toutes ces bonnes volontés, une municipalité propriétaire des lieux et incapable de passer outre des grands principes d’un autre âge, pour simplement essayer de comprendre que des paroissiens puissent souhaiter pouvoir se recueillir dans un lieu digne et sécurisé.

Une municipalité « péponnesque » !

Je renvoie à un autre moment ces quelques vérités qui ne sont pas toutes bonnes à dire et encore moins à écrire …

Un Orgue qui voyage !

Et voici maintenant cette anecdote qui donne son titre à ma chronique.La scène que je décris s’est déroulée un dimanche matin dans une autre Cathédrale : celle de Fort de France dédiée au Roi Saint-Louis.

Une petite délégation de paroissiens de Pointe-à-Pitre avaient fait le déplacement en Martinique ; sorte de récompense après une année de travail pour leur église.

Léonce Leonidas membre de l’Association et Foyalais d’origine a fort bien organisé ce voyage de découverte et de recueillement. Il a entre autre prévenu le Curé de la paroisse Saint-Louis de notre venue. Plusieurs rangées de bancs nous sont réservées et nous assistons à la messe de 10 heures dans une cathédrale pleine à craquer.

A la fin de la cérémonie l’officiant, avant de donner sa bénédiction, se place devant la délégation des Guadeloupéens et leur adresse quelques mots de bienvenue… Il évoque alors la tradition bimillénaire des visites de communautés chrétiennes de l’une à l’autre et de la nécessaire prise de parole ; il propose au chef de notre délégation de dire quelques mots à
la communauté Foyalaise.

En ma qualité de Président, je m’avance dans ce magnifique chœur et me trouve debout à côté du Curé qui redit quelques mots de chaude amitié pour en arrivée à cette requête : « Monsieur le Président ! Avant de vous laisser la parole permettez moi de solliciter qu’à votre retour en Guadeloupe vous interrogiez le Révérend Père Yves Gillot pour savoir si il a encore par devers lui les deux angelots qui viennent de part et d’autre de notre orgue ».

Nous nous retournons et faisons face à ce bel instrument ! Je suis dans un état second ! Je revois soudain l’image de la divine cantatrice Christiane EDA-PIERRE interprétant un air d’une messe de Mozart retransmise en directe sur l’A2 ! Derrière elle je me souviens… il y avait cet Orgue ! J’entends même cette musique qui me fait très mal. Et je comprends soudain que cet orgue n’est autre que celui de Saint-Pierre et Saint-Paul… Je promets d’un signe d’acquiescement de la tête de transmettre cette requête au Père GILLOT…  saisi par l’émotion je peux à peine parler.

Alors je me souviens d’avoir promené mon regard tout autour de moi, puis sur l’assistance qui semblait s’impatienter de mon silence… et enfin j’ai pu dire quelques phrases : aujourd’hui je serais bien incapable de retranscrire mot pour mot cet exposé fait à brule pourpoint : mais ces paroles disaient quelque chose comme :

Merci de cet accueil aussi chaleureux ! Compliments pour ce que nous avons vu chez vous ! Votre cathédrale est si belle ! Elle mérite le déplacement ! Merci pour cette belle messe de ce matin ! Nos prières se sont jointes si facilement aux vôtres ! me retournant vers le chœur mon regard s’arrête un instant sur l’orgue puis s’échappe rapidement en haut vers la magnifique série de vitraux qui retracent et la vie de Saint-Louis et celle de la Cathédrale détruite par un incendie et reconstruite grâce entre autre à une pétition nationale. Et je raconte ce que je vois ! A ma façon !

Mais au fond de moi d’autres paroles voulaient dire mon émotion, ma colère. Voici ce que j’aurais voulu exprimer ce dimanche matin là à Fort de France !

    * Bien heureux les Foyalais d’avoir su conserver ainsi cette cathédrale Saint-Louis… La notre est dans un tel état de délabrement…
    * Heureux vous êtes de pouvoir encore admirer votre chaire, la notre sert de bar dans un appartement de Miami…
    * Heureux vous êtes de pouvoir vous agenouiller à votre table de communion… la notre sert de clôture à un parc à cochon dans les hauteurs de Goyave…
    * Heureux vous êtes d’avoir eut un Maire qui se soit bougé pour cette Cathédrale… le notre s’y intéresse tellement peu ! 

De retour en Guadeloupe et à l’occasion, j’interrogeai donc le Père Yves GILLOT : Il me répondit en commençant par un « Mon cher ! » grave et solennel…

Il me raconta comment un Facteur d’orgue après le passage de je ne sais plus quel cyclone vint en Guadeloupe et su convaincre tout le monde que l’orgue de Pointe-à-Pitre devait être mis au rebus et remplacé par un autre instrument plus moderne.

Il me raconta comment il a vu ces deux angelots émergeant de cet amas de vieilles choses dans ce camion et comment il décida tout simplement de les garder.

Il me raconta comment ces orgues furent remis en état, à son insu, et revendu à la Martinique sans les deux angelots qu’il me montra alors en me disant qu’il n’envisageait pas de les restituer.

Il me raconta encore et encore la grande misère de Saint-Pierre et Saint-Paul : les Cyclones, les relations pour le moins délicates avec une municipalité propriétaire indifférent de l’immeuble classé monument historique.

Il me raconta comment un autre Curé, maintenant défroqué, appliqua à la lettre VATICAN II et vida l’église de tous ses ornements :

    * A la poubelle les jolis plâtres du chemin de croix,
    * à la poubelle la chair,
    * à la poubelle la table de communion en fer forgé,
    * à la poubelle la grande plaque de marbre commémorant le sacre de cette église en Cathédrale.

Et il me raconta aussi comment l’Autel de Saint-Pierre et Saint-Paul fut sauvé de la destruction. Ce même curé, appelons le « le défroqué », toujours dans l’esprit de Vatican II décida de casser l’autel en marbre qui trône dans le chœur ! La commande est passée à un entrepreneur de la place qui envoie sur place deux ouvriers faire le sal boulot ! Vers 10 heures du matin le Curé apercevant les deux ouvriers assis sur les marches coté OUEST ; il appelle Monsieur PETRELLUZZI l’entrepreneur, membre d’une grande famille créole originaire d’Italie ! Celui-ci quitte un autre chantier et vient voir ses deux employés. L’un d’entre eux lui tend une pioche en lui disant : « Patron ! On veut bien faire ce boulot mais il faut que ce soit vous qui donniez le premier coup de pioche ».

C’est couché dans son lit de douleur que cet ouvrier un jour entendant de nouveau les cloches de l’église fit venir le Père Gillot et lui raconta comment ce patron fut tout de suite conscient de la bêtise qu’il allait commettre : il traversa le parvis de l’église se rendit au presbytère et dit au curé qu’il abandonnait ce travail. Ainsi l’Autel fut sauvé !

Ami lecteur ! Pourrais-tu imaginer un moment que Notre Dame de Paris soit ainsi saccagée au nom de VATICAN II.

Ainsi donc le désastre Saint-Pierre et Saint-Paul n’est pas le simple fait de la municipalité de Pointe-à-Pitre. Il s’agit d’une faillite collective.

Ce n’est pas pour rien que tous les Présidents de l’Asep ont été des Non Pointois !

On a envie  de Chanter sur l’air des lampions !Mais où sont les Pointois !

Et l’écho répond : Si les Gaulois sont dans la plaine ! Les Pointois eux sont dans la lune !

Peut-être en redescendront-ils aux prochaines élections municipales pour s’occuper de cette magnifique Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul qui mérite autrement mieux que son sort actuel.
JC Halley.


Echange :



17 septembre 2007 Publié Actualité, Humeur | Lien permanent
Commentaires

   1.

      Bravo mon cher Jean-Claude, pour cet article auquel il n’y a rien à redire.
      Je connaissais aussi ce magnifique épisode du “non possumus” des deux ouvriers, deux hommes du peuple, qui ont, seuls, montré le vrai courage chrétien à cette époque douloureuse, où des curés iconoclastes, et pour certains autres des lâches, ont pris le concile Vatican II comme alibi de leurs ivresses et humeurs d’ilotes enfiévrés.
      J’étais alors étudiant à Paris, et c’est mon ami Luigy Colat-Jolivière qui m’informa de tout. Il fut le seul d’ailleurs à protester dans France Antilles.
      Après quoi il fut l’objet d’une longue opprobre de la part desdits clercs. En toute fraternité bien entendu.
      Avec ta permission je reproduirai dans les jours qui viennent ton salutaire article sur mon propre blog Le Scrutateur.
      Amicalement
      Edouard.
      Rédigé par: Edouard Boulogne | le 17 septembre 2007 à 20:49 | Gérer
   2.

  Réponse de JC Halley :
    Plaisir d’entendre parler de Luigy Colat-Jolivière qui nous aura enchanté de longues années par ses chroniques pertinentes et somptueuses.
      Je me souviens que lorsque pour la première fois j’arrivai à Radio Massabielle, il y avait dans le couloir (le local était minuscule sous le clocher) deux énormes boites en carton, que le Père Michel m’invita à ouvrir. C’était la discothèque de Luigy qu’il avait offert à la Radio avant de s’en aller. J’ai été enchanté de fouiller dans cette très riche collection. J’ai surtout profiter ainsi d’une aide inestimable pour mes commentaires dans Mille Musiques pour Vivre ; car ces disques vinyles étaient tous accompagnées de beaux livrets. A se poser la question de savoir si ces 33 tours n’avait pas été choisi pour la qualité d’abord des textes et images d’accompagnement. Nos collectionneurs de CD ou autres amateurs de MP3 d’aujourd’hui ne connaissent pas cet émotion d’écouter et de découvrir en même temps. Grace à Luigy j’étais devenu Doctus Cum Libro.
      Merci mon Cher Edouard… Et pendant que j’écris cette chronique j’acoute Una Furtiva Lacrima de Donizzeti sur Radio Classique. Cette larme d’émotion est versée en souvenir du Chevalier de Karukère.
      Toute mon amitié et mon autorisation d’utiliser comme tu le souhaites cet article en sachant que je n’ai pas le talent de Luigy.
      Jean-Claude
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Pierre GIROUD 03/06/2011 18:23



J'ai été organiste de Saint Louis de Fort de France entre 1990 et 1993.


Vous évoquez sur votr blog le concert donné par Christiane EDA PIERRE à la Cathédrale Saint Louis. Je peux vous dire que pour moi cela reste un formidable souvenir que ce concert donné dans une
Cathédrale pleine à craquer, télédiffusé sur A2, et avec un orgue qui a l'époque avait été complètement rénové.C'est d'ailleurs moi qui tenait les orgues pour ces deux soirs de concerts


L'histoire des Angelots dont vous faites état dans votre blog est tout à fait véridique... Et à l'époque, j'avais essayé de les récupérer... sans idée de lèser la Guadeloupe...


C'est le même facteur d'orgues, la maison LAVAL THIVOLLE de La MOTHE DE GALAURE dans la Drome qui avait construit cet orgue à Fort de France, mais en fait, seuls le buffet (la boiserie) venait de
Pointe à Pitre. Les tuyaux et les sommiers, la partie principale de l'instrument était effectivement inutilisable. C'est donc un intrument neuf, voulu par le Père HURE, alors mâitre de Chapelle
de la Cathédrale de Fort de France, qui a été construit dans les années 1980.


C'est ce même facteur qui a aussi construit l'orgue actuel de la Cathédrale de Pointe à Pitre, orgue que je n'ai jamais joué !


Si cela doit vous rassurer, le sort de l'instrument de Fort de France est aujourd'hui peu enviable ! Délaissé par le Curé actuel de la Cathédrale, l'instrument que j'avais laissé en parfait état
en 1993 est aintenant une ruine, délabrée... et une grande restauration s'impose rapidement pour sauver la partie musicale de l'instrument.


Bref, le temps se charge de venger les Guadeloupéens.


Bien amicalement.


Pierre GIROUD



sebastien fohrer manufacture d orgues de guadeloupe 24/12/2008 15:32

commentaire et ajout de precision:Cet article est tout à fait réaliste, en qualité de professionnel diplomé en facture d orgue et incontestablement expert en la matière je peux confirmer que le buffet avant provient bien de l orgue aristide cavaillé coll 1856 qui était place sur la tribune a la cathedrale de pointe a pitre. L orgue a été completement transformé par le facteur d orgue laval thivolle, il a reutilisé un orgue d occasion provenant du sud de la france et la reintégré en partie dans l orgues de la cathédrale saint louis de fort de france.L instrument a été mal adapté , des charpentes trop faibles et trop basse apporte a l orgue une sonorité très modeste. A la cathedrale st pierre et st paul de pointe a pitre il a réalisé un orgue en partie neuf (beaucoup de tuyaux sont anciens et oxydé car de mediocre qualités) l instrument a une esthetique néoclassique et le buffet sans interet(contreplaqué), le rêve pour les pointois serait de reconstruire un orgue en copie de celui qui était avant pour que la consience populaire soit retrouvé. Et encore des felicitations a mr georges louise qui sans ses interventions perpetuels l orgue serait deja dans des caisses car inadapté et trop fragile pour le climat tropical.Pour les personnes interressées par la facture d orgue mes ateliers sont ouverts à tous les guadeloupéeens l orgue de l eglise notre dame du mt carmel est en grande restauration jusqu a fin fevrier 2009.sébastian fohrerfacteur d orgues diplomé