Lettre à Pascal, notamment sur Mozart et sur le catholicisme. Mozart.jpg
(Image : Mozart (le divin).


L’article récent intitulé Fotineparigoler, a suscité jusqu’à ce jour deux commentaires. Le dernier en date émane de Pascal. Je m’apprêtais à le publier dans la rubrique adéquate assorti d’un commentaire personnel. Ce dernier a pris plus d’ampleur que je n’avais prévue, et j’ai décidé de publier l’ensemble comme un article à part entière.
Voiçi :


« Fascistes, gauchistes : même combat !!!Mitterand en est une preuve décédée.Permettez-moi, cher Edouard, de déceler du fascisme et du gauchisme dans le catholicisme.Le point commun? Penser pour les autres, et prétendre leur apprendre à penser. Jésus était un révolutionnaire, ni de gauche, ni de droite, mais d'amour.Ce qu'on a fait de ses "élucubrations" n'est pas glorieux, loin de là.Cela a permit à bon nombre de frustrés de régner sur les ignorantset d'en faire tout sauf du sel de la terre et de la lumière du monde. Mozart était chrétien, mais il ne doit rien de son génie à son christianisme. Son génie était à lui. Son sens prononcé de la provocation est en inadéquation avec la frustrante retenue des puristes de tout poil.Personne n'échappe à ces prisons cérébrales du prêt-à-penser, qui varie d'ailleurs selon les remous du Cac40 et autres fausses valeurs.L'Eternel dépasse tout cela, et l'écrase minute après minute.La liberté n'est pas un droit. C'est un parti, qu'on a pris ou pas.Je sais que vous l'avez, et que vous me comprenez.
Amicalement. »
Pascal




Pointe-à-Pitre le 07/08/07.

Monsieur Pascal,
Je publie votre commentaire, et je me permet de l’assortir, à mon tour de quelques remarques.

1. Le catholicisme a 2000 ans. Le fascisme et le « gauchisme » sont des idéologies politiques qui n’ont guère plus d’un siècle d’ancienneté. Donc, relativisons ! Il y a eu, il y a encore, certainement, des catholiques fascistes, ou gauchistes (pas eux seuls ; il y a même eu des juifs collaborateurs du nazisme pendant la guerre de 39-45 ! Les hommes sont fous).
L’ont-ils été parce que chrétiens, ou quoique chrétiens ? Je n’ai pas la certitude de vous connaître, mais j’ai des soupçons que nous nous sommes déjà rencontrés. Si mon intuition est bonne, j’ai confiance en votre honnêteté, et je ne doute pas de votre réponse.
Permettez moi de vous rappeler que le pape Pie XI, dans deux Encycliques de 1938, a condamné, et le nazisme (fascisme, en simplifiant un peu car les deux idéologies ne sont pas tout à fait identiques), et le communisme (gauchisme ; même remarque), et que le rédacteur principal de ces documents majeurs fut le cardinal Pacelli, futur pape sous le nom de Pie XII.
J’espère que vous n’allez pas leur reprocher d’avoir voulu penser à la place des autres.
Ce qui caractérise ces encycliques c’est de n’être pas de simples condamnations, mais des textes argumentés. Le pape, son équipe, s’efforcent de montrer à des êtres raisonnables, pourquoi adhérer à ces idéologies serait plus qu’une imprudence, une faute.
Allez-vous leur reprocher d’avoir « prétendu apprendre à penser » à leurs contemporains ?
Hélas ! que n’ont-ils été compris ! entendus !
On peut récuser le christianisme, le catholicisme. Oui, tout à fait ! Mais il faut que ce soit l’objet lui-même de la récusation, correctement saisi, qui soit fustigé, non sa caricature.  GH-Mendel.jpg (Image : GH Mendel,  1822-1884 : découvreur des lois de l'hérédité. Prêtre catholique)
Pour les catholiques, le pape est le père (el papa !), le maître (non au sens du propriétaire d’esclaves, mais au sens du « magister », du maître d’école qui enseigne). Or quel est le rôle d’un papa, d’un instituteur, sinon d’enseigner, d’apprendre à bien penser, d’indiquer le bon chemin, aux êtres encore immatures (et qui est jamais vraiment mûr ? et le fruit trop mûr ne tombe-t-il pas pour pourrir ?) ? Monsieur Pascal, pas d’injustice s’il vous plaît !

2. Jésus, dites-vous, n’était ni de droite, ni de gauche. Nous sommes d’autant plus d’accord, que les termes de droite et de gauche n’existent que depuis la Révolution française de 1789. J’ai consacré une petite étude, dans ce blog, à ces notions (cf. êtes-vous de droite ou de gauche ?), que je fais précéder d’une citation de la Vivandière dans le roman 1793, de Victor Hugo : « Moi, dit-elle, je sers à boire à tout le monde. On meurt sans distinction d’opinion ». Cette pensée me paraît très chrétienne même si le père Hugo n’est pas toujours une référence très sure en matière de christianisme !
Jésus, dites-vous est un révolutionnaire ! Peut-être, en un sens. Mais il faut toujours s’assurer du vrai sens des mots. Révolution est un mot qui a beaucoup servi à assassiner, légalement, rationnellement, tout au long de l’histoire et surtout depuis 1789 où il a pris son sens moderne.
Mais enfin Jésus peut-être dit révolutionnaire, au sens propre du mot « rotation complète d’un corps mobile autour de son axe », où ce qui était en haut se trouve en bas, et réciproquement. Alors là Jésus est révolutionnaire puisqu’il propose (il enseigne, Pascal ! horresco referrens !) de substituer l’amour à la haine, l’humilité à l’orgueil, la vérité au mensonge, etc.
OK ! Mais pourquoi alors lui attribuer des « élucubrations », c’est-à-dire des divagations ? Monsieur Pascal, vous êtes un distrait. Cela vous sera pardonné au nom du …..Maître, si toutefois vous vous amendez, très cher !
Mais si le natif de Bethléem est un élucubrateur, pourquoi s’étonner « qu’on » ait fait des choses « peu  glorieuses » de son message ?
« ON » ? Qui ? Ben voyons ! les « frustrés » (bandes de curés malhonnêtes !) et les ignorants sur lesquels ils prospèrent.
Monsieur Pascal, ce n’est pas très gentil, tout çà, ni très exact sur le plan historique.
Reprenons notre histoire. Evidemment, il y a les mauvais prêtres, les mauvais évêques, les mauvais papes. Ils sont la Providence des bouffeurs de curés, ceux qui font gras le Vendredi Saint. Alors même que partout dans le monde, dans les coins les plus reculés des brousses les plus épaisses, au cœur des léproseries, des prisons les plus « fachistes » ou les plus « gauchistes », des missionnaires, mâles et femelles, des abbé Pierre, des mères Thérésa, Emmanuelle, des docteurs Albert Scheitzer, etc, etc, se dévouent, souffrent pour soigner, guérir réconforter, au nom du Christ, puissamment aidé par l’institution Eglise, que des faussaires s’acharneront pourtant par rage haineuse (ou par ignorance, qui sait ?) à présenter comme une pieuvre avide d’argent et de puissance. Aaaahh ! ! ces campagnes de presse menées de façon torve sur « L’or du Vatican », les complots supposés de je ne sais quelles épouvantables sectes cathos (patronnée par le pape ! !), les jésuites hier, aujourd’hui L’Opus Dei !
Non, monsieur Pascal ! Pas toi, et pas çà !
Et puis sur « l’ignorance des fidèles », il faut quand même un peu, un tout petit peu « nuancer ».
Car enfin depuis la chute de l’empire romain jusqu’au XVIII ème siècle à peu près, c’est l’Eglise catholique qui sauve la culture (y compris la culture païenne) des fureurs barbares. Tout ce qu’il y a de philosophes, savants, artistes est chrétien et largement catholique.  Je ne citerai pas les noms pour ne pas transformer cet article en nomenclature. Ils ont sauvé la science, et ils ont sauvé l’Art. Je ne ferai qu’une exception pour le Grand, l’immense, le prodigieux, « l’effrayant génie » (dixit Descartes), j’ai nommé Pascal, l’autre, Blaise, le frustré (lol).
Pascal.jpg (Image Blaise Pascal, mathématicien, physicien, théologien, philosophe. Catholique!).

3. A propos de Mozart.

Comment, sans y consacrer un livre (que dis-je une bibliothèque !) ne pas évoquer les rapports étroits du fameux catholicisme (frustrant, enténébrant, enquiquinant, décérébrant, encalminant, ch…….t, castrateur, que sais-je ? etc..… !ETC !…..ET CETERA ! ! ! ! ! ! ! ! !AAAAhhh ! ! !), ses rapports donc avec l’art, tant ils sont, jusqu’à une date récente, consubstantiels. Je ne le ferai pas, du moins aujourd’hui, car il est temps, Pascal, que je vous lâche, et que moi-même j’aille déjeuner, et goûter d’abord, non de ce légendaire rhum Forte Ile, cette ambroisie qui, hélas, n’existe plus que dans la mémoire des vieux Guadeloupéens , mais d’un de ses succédanés qui, ma foi, se laissent boire.
Mais pas tout de suite, ah non ! Pas avant d’avoir réglé notre compte sur le divin Mozart sur lequel vous avez dit des choses pas très convenables, en tout cas qui heurtent ma sensibilité de frustré et/ou d’ignorant.
« Son génie était à lui ». D’accord ! Ce n’était pas celui de Bach ou de Fauré !
Mais pourquoi prétendre, sauf à enfourcher les vieilles haridelles efflanquées du plus misérable des anticléricalismes, « qu’il ne doit rien au christianisme » ? Là, l’admirateur en moi de la Grand messe en ut mineur, de la Messe dite du couronnement, de l’Ave Verum Corpus, en ré, de la Messe de Requiem en Ré mineur, s’agite sur son derrière, se révulse, se révolte.
Savez-vous, Pascal, que Mozart a composé 19 messes, 8 litanies et vêpres, 39 petites compositions sacrées, 17 sonates sacrées, sans parler d’œuvres plus modestes (si tant est qu’il y eut du secondaire dans l’oeuvre du divin Wolfgang !).
Il faut lire la très belle biographie « Mozart » d’Anette Kolb, publiée par le club des éditeurs.
Je ne peux résister au plaisir de quelques citations ( le punch attendra !). « Ce n’est pas sans une instinctive réserve que nous parlons aujourd’hui des sentiments religieux d’un homme, mais ceux de Mozart ne peuvent être passés sous silence. Il était, sans s’en rendre compte, car toute introspection lui demeurait étrangère, l’homme au-delà du temps par excellence, lequel est toujours un précurseur. (…..). Quant à son catholicisme, il était d’une qualité très particulière, et nous sommes obligés de prendre ici position contre Henri Ghéon qui présente Mozart comme un être naïvement pieux. Il n’était pas cet être là. Il prenait les choses cum grano salis , et non en bloc. Il allait droit à l’essentiel. Ici cessait sa simplicité. Ses meilleurs amis étaient deux prêtres, l’abbé Bullinger, amateur de musique, et le père Martini, grand savant musicien. Par ailleurs, il n’était pas sans scepticisme à l’égard du clergé.(….) ». Plus loin commentant le célèbre Ave Verum Corpus, madame Kolb écrit qu’ « ici Mozart, en sa dernière année, a enfin trouvé l’équilibre de son langage, et revient à cette vérité non pas infantile mais première qui consiste, devant tout acte de foi, à retrouver la fraîcheur, la spontanéité et la simplicité de la jeunesse(….). Mozart ici, retrouve le sens profond du texte de l’Ave Verum, celui d’une profession de foi, faite d’extase, d’humilité et d’une douleur qui ne trouve plus d’accent pour s’exprimer : « Salut, Corps véritable, né de la Vierge Marie, qui avez vraiment souffert, et avez été immolé sur la croix pour les hommes. Vous, dont le côté percé a versé de l’eau et du sang, soyez notre Viatique dans l’épreuve de la mort ! Amen » ».
Enfin, Anette Kolb cite Mozart lui-même , ces quelques lignes extraites de sa dernière lettre quelques heures avant sa mort, à son librettiste fidèle Lorenzo Da Ponte : « …. Je le sens à quelque chose qui me prouve que l’heure sonne. Je suis sur le point d’expirer. J’ai fini avant d’avoir joui de mon talent. La vie pourtant, était si belle, la carrière s’ouvrait sous des auspices tellement fortunés !…Nul ne mesure ses propres jours ; il faut se résigner : il en sera ce que voudra la Providence. Je termine c’est (Mozart parle de son Requiem) mon chant funèbre et je ne dois pas le laisser imparfait ».
Que dire de plus ? Peut-être ne rien dire et écouter : Car comme le conseille le vieux précepte hindou : « Si tu n’as rien de mieux à dire que le silence alors tais-toi ».
La réminiscence de ce vieux précepte m’indique clairement qu’il faut conclure.
Je le fais, monsieur Pascal, Pascal, Pascalou, Pascalou de mon cœur, en espérant que vous aurez bien vu que dans mon propos, même quand il pouvait paraître un peu rugueux, il n’y avait pas d’acrimonie, plutôt même le contraire. Je m’en voudrais d’avoir blessé quelqu’un dont le style, et la problématique ne me sont  pas tout à fait inconnus. Peut-être ceux d’un ancien élève.
Rien ne dit que nous ne poursuivrons cette conversation, passionné, mais non passionnelle, autour d’une bonne table, devant un couscous royal, et quelque flacon d’un bon vin du Liban. Je dis cela parce que l’ancien auquel je pense ne dédaignait pas la bonne chère (sans précision sur l’orthographe, car il y a 20 ans , « dérespecter » celle-ci n’était pas encore devenu la règle.
Bonne Journée, monsieur Pascal.

Edouard Boulogne.
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  • : 07/03/2007

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  • 25/04/1942
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  • Né à Pointe-à-Pitre en 1942, de famille blanche-créole, arrivée à Marie-Galante en 1658, de grands parents originaires l'un de la région parisienne, l'autre de Rouen en Normandie, j'ai bénéficié d'une formation juridique, et philosophique (

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