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Publié par Edouard Boulogne

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 IL NE FAUT PAS  REFORMER L’ETAT

 

Les journaux font une large part au rapport officiel qui dénonce le poids de la technocratie. Il fait suite à un audit du conseil d'État et de l'Inspection des finances qui montre que rien ne marche dans le travail gouvernemental et, ceci,  depuis longtemps.

 

Nous ne sommes pas étonnés et nos lecteurs habituels ne seront pas non plus  surpris. Voici quelques-unes des pratiques que l'on appelle pudiquement des « dysfonctionnements » mais qui sont le signe d'un désordre fondamental, pour ne pas employer un terme plus militaire ! Les auteurs se sont penchés sur la coordination du travail interministériel et le jugement est implacable : « Le travail de coordination connaît un emballement pathologique propre à la France ». Il y a trop de réunions interministérielles, trop de conseillers, trop de décisions prises sans l’avis des ministres et le gouvernement ne parvient plus à travailler. Le phénomène s'est augmenté de l'année en année.

 

L'inflation du nombre de conseillers dans les cabinets ministériels est torrentiel. Les effectifs ont augmenté dramatiquement depuis 1958. On comptait à l'époque 100 conseillers au total et, fin 2006,  il y en avait 652 sous le gouvernement Villepin ; mais il fallait ajouter les conseillers officieux c'est-à-dire 15 à 25 % de plus selon les ministères et le gouvernement Villepin aurait employé finalement jusqu'à 750 conseillers.  Le nouveau pouvoir en vigueur essaie de limiter le nombre de conseillers et affiche officiellement 537 conseillers, mais, d'ores et déjà, des dérogations ont été obtenues.

 

La conséquence est que le gouvernement n'est plus en mesure de superviser quoi que ce soit, malgré une augmentation exponentielle des réunions interministérielles qui sont passées d'un millier par an au milieu des années 90 à plus de 1600 en  2006.

 

Le rapport, pour illustrer le propos  évoque  le chèque-transport. Cette trouvaille, paraît-il géniale, devait compenser la hausse  du prix des carburants pour les Français qui n'ont pas d'autre solution que de prendre leur voiture pour aller au travail. Dominique de Villepin avait évoqué le projet fin 2005 et c’est  simplement au cours de l'été 2006 qu'il a été remis en selle pour entrer en vigueur à partir de janvier 2007 : certains journaux  saluent naïvement ce délai comme un succès. La décision avait été lancée sans aucune concertation interministérielle et aucune étude d'impact n'avait été réalisée. Aussitôt organisé après de multiples réunions interministérielles, le nouveau bijou resté pratiquement lettre morte !

 

Le rapport énonce la maladie mais ne formule pas le véritable diagnostic. Le Conseil d'État et l'Inspection des finances sont largement complices de la catastrophe car leurs membres se nourrissent fastueusement à la « rivière argentée » des deniers publics et c'est pour cela que, tout en décrivant avec précision cette catastrophe, ils ne dénoncent pas  ses véritables causes.

 

Celles-ci se trouvent dans l'obésité croissante  de l'État, avec en toile de fond l'idéologie socialiste qui répand l'effet de ruine dans tous le corps social.

 

L'État prétend s'occuper de toute la vie nationale dans tous les détails au lieu de laisser le marché jouer librement et il s’invente ainsi une foule de tâches et d'objectifs dans lesquels il est pas possible de mettre de l'ordre et qui sont souvent contradictoires.

 

Tous les autres signes de la décadence de la France en découlent : inflation des ministères, celle des conseillers  et des « machins » inutiles, parlottes innombrables sans effet et sans intérêt, efforts perdus de coordinations impossibles, gaspillage inimaginable de temps et d’efforts.

 

Dans un pays libre personne n’aurait l’idée d’infliger aux populations une horreur  « bourreaucratique » comme le chèque-transport, faisant suite au chèque-déjeuner ou au chèque-vacances ! Chacun gérerait les évolutions du prix des carburants dans le cadre du marché. Et l’exemple vaut pour la majeure partie des actions étatiques qui devraient donc être supprimées à grande vitessse, comme  il est  parfaitement possible.

 

Jean-Louis Borloo est à lui seul un exemple emblématique. Il est à la tête d’un « super ministère » de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durable. Cet énonce de dix mots montre à lui seul l’ étendue de la nuissance du ministère ; pour parachever la nuissance il emploie 34 conseillers ( !)

 

Il ne faut pas réformer l’Etat. L’existence depuis des décennies d’un ministère consacré à la réforme est l’aveu de l’impossibilité de la tâche. Raffarin avait  annoncé 230 mesures pour réformer l’Etat ce qui  devait générer 500 millions d’euros d’économies. La chasse aux  tailles-crayons était ouverte, avec Francis Mer comme  « Grand Veneur » qui pour organiser la chasse avait réuni une commission de plusieurs dizaines de personnes.

 


Mais voici encore plus drôle. Sachant sans doute quelque part dans sa  tête  que la réforme de l’Etat était impossible, le ministre en charge, Jean-Paul Delevoye, avait inséré le 14 juillet (cela ne s’invente pas)  une annonce dans le J.O. pour un marché public, avec l’objet suivant : « La réalisation de prestations de conseil en stratégie auprès de hauts responsables en charge de la définition et de la mise en œuvre de la réforme de l’Etat. » S’il y eut des réponses, les consultants titulaires du marché ont du se régaler.

 

Il ne faut pas réformer l’Etat et il ne faut pas simplement « diminuer » les dépenses : la simple diminution laisse subsister la racine des dépenses. La vraie rupture implique de supprimer des tâches complètes : plus de bureaux, plus de circulaires, plus de contentieux, plus de parlottes, plus de fonctionnaires, un « plan de dégagement des cadres » respectant leurs intérêts légitimes.

 

Pour faire admettre le premier paquet, il faut commencer par  les tâches les plus insipides, les plus inutiles et rendre au public aussitôt les impôts correspondants.

 

Nous tenons la liste de ces tâches à la disposition du nouveau pouvoir.

 


Michel de Poncins

 

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                     micheldeponcins@easyconnect.fr

 

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