La pape Benoit XVI vient de prendre un « Motu propio » (un décret) autorisant à dire la messe selon le rite qui fut celui de l’Eglise catholique, de St Pie V (XVI ème
siècle) qui l’institua, jusqu’en 1970. Juste après le concile Vatican II, l’apparition de ce que certains appelaient la « nouvelle messe » (pour la refuser, ou au contraire
pour la considérer comme seule valable, à l’exclusion radicale de l’ancien rite, devenu à leurs yeux, hérétique, et porteur de tous les échecs de ce qui restait de la chrétienté au 20è siècle)
déclencha, dans l’ambiance de l’époque , une sorte de guerre religieuse, qu’un philosophe aussi éminent, et à l’esprit aussi ouvert que Jacques Maritain, déplora avec force et talent dans un
livre capital : « Le paysan de la Garonne ». (qui vient d’être réédité).
Deux clans s’affrontèrent avec vigueur et sans beaucoup de charité. Ceux qui semblèrent s’imposer, les « progressistes », réussirent avec l’aide de tous ceux que l’Eglise
comptait de réels, implacables (mais cachés, et habiles) adversaires firent tout pour marginaliser et exclure les « traditionalistes » qui bien que victimes incontestables d’une impitoyable
intolérance, ne brillèrent pas toujours non plus par l’intelligence, ni par la charité. La querelle de la messe n’était qu’un aspect (mais important pour les croyants)d’un dissentiment plus vaste sur le sens de l’existence et sur l’organisation politique de
celle-ci. Une partie du clergé, par exemple, même dans le haut clergé, était partisane d’un accord avec les régimes communistes dont la victoire, pour certains myopes, paraissait inévitable dans
les années 1960. De même que l’Eglise après l’effondrement de l’empire romain avait assimilé et converti les barbares, de même devait-on faire avec les communistes, croyaient ces gens-là.
Ainsi se déguisaient l’opportunisme, l’esprit collaborationniste et fémelin, de ceux qui prétendaient lire les "signes des temps" avec les yeux de Dieu. Sous prétexte d’adaptation aux temps modernes ces « moutons de panurge » (l’expression est de Jacques Maritain), entreprirent de larguer 20 siècles de chrétienté. Toutes
théologies, antérieures à celle du père Chenu ou du père Congar furent déclarées caduques, la messe, cœur de la vie ecclésiale fut l’objet d’initiatives parfois scandaleuses, et presque toujours
affadissantes.
Des réformes qui s’imposaient, furent empêchées au profit d’un christianisme qui se voulait "révolutionnaire".
En face, les « traditionalistes » s’efforçaient de résister. Force est de constater, qu’ils le firent souvent maladroitement, par une crispation sur des formes anciennes
qui ne méritaient pas toujours d’être, en bloc, conservées. Et sur le plan politique et social fallait-il parce que les « progressistes » s’acoquinaient avec le marxisme totalitaire, et les pires
modes intellectuelles et morales, bénir des régimes autoritaires comme celui des militaires argentins de ces années là, comme le fit, maladroitement monseigneur Marcel Lefebvre dans un
célèbre discours, prononcé à Lille en 1976 ?
Depuis cette époque, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le communisme appartient au cimetière des utopies sanglantes, et criminelles. Le « progressisme chrétien » a vieilli. Il a contribué à vider les églises, par son inconsistance spirituelle et théologique. Comme l’écrivait l’autre jour dans un très bel article du journal Valeurs Actuelles, l’écrivain Michel de Jaeghere, les statistiques révèlent qu’il n’y a plus en France que
51% de gens qui se disent catholiques, contre plus de 80 % il y a 40 ans. Parmi ces catholiques, seuls 8% se disent pratiquants. Nombre d’entre eux disent ne pas croire en Dieu, en l’immortalité
de l’âme, en la résurrection de Christ, etc. Etranges chrétiens vraiment. Et Michel de Jaeghere d’apostropher tel évêque français qui fit dix fois ces derniers mois le voyage à Rome pour
dissuader le pape d’autoriser la célébration de la messe dite de St Pie V, par les prêtres, et pour les fidèles qui le désireraient. N’y a t-il pas plus urgent, pourtant, pour un évêque français
face à l’ampleur, et au drame de la crise, que de se crisper contre une mesure de libéralité, et de réconciliation avec des frères injustement rejetés ? D’autant plus qu’ il ne s’agit pas pour Benoît XVI, insistons-y bien, de retourner à la messe en latin, de restituer le rite ancien en abolissant le
rite dit de Paul VI. Il s’agit de la part du St-Père d’un acte de libéralisme généreux, qui répare une injustice, et permet que soit à nouveau respecté et
honoré un rite qui fut celui de l’Eglise pendant quatre siècles, et qui fut pour la plupart des évêques et des prêtres la messe de leur ordination et de leur
jeunesse. Pour des esprits sincèrement chrétiens, conscients de ce qu’attend, parfois inconsciemment de l’Eglise un monde en grandes difficultés, il ne devrait pas y avoir de refus
devant la volonté d’apaisement du pape. En français ou en latin (partiellement, car dès avant 1960, de larges parties de la messe, hormis le canon, étaient dites en langues vernaculaires), la
messe élément central de la vie spirituelle du chrétien catholique, vise à créer la vitalité spirituelle nécessaire au combat pour le salut du monde, pour l’amélioration de la vie de chacun, pas
seulement sur le plan économique et social mais aussi sur le plan des rapports interpersonnels, ou la justice et la charité l’emporteraient sur toute autre considération. Les premières réactions laissent craindre que tous n’en soient pas convaincus. Un prêtre, en métropole, sur RFO, hier soir, traitait d’ « énergumènes », les chrétiens que
Benoît XVI souhaite pleinement réintégrer dans la communauté ecclésiale. Quel manque de charité, quel esprit de moine ligueur, chez ce pauvre homme , si éloigné de l’esprit de l’Evangile dont il
se réclame pourtant ! La majorité des chrétiens souhaitent enfin sortir des querelles surannées, que regrettent ces gens âgés parce qu’elles furent celles de leur « jeunesse
». Il faut espérer que leur pitoyable nostalgie sera emportée par le souffle de l’Esprit, et qu’une absurde guerre des messes nous sera épargnée.
Edouard Boulogne.
PS : Je reproduis ci-dessous le texte intégral du Motu proprio de Benoît XVI, et le texte de la lettre accompagnatrice, destinée aux évêques. Ces textes permettront de
se faire une idée exacte des intentions réelles du pape, telles qu’elles ne ressortent pas des commentaires des « grands » medias attachés davantage au spectaculaire, qu’au vrai et à
attiser les passions.
►Texte du Motu Proprio "Summorum pontificum cura" :
LETTRE APOSTOLIQUE
EN FORME DE MOTU PROPRIO
Du Souverain Pontife
BENOÎT XVI
Sur l’usage de la Liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970
Les Souverains Pontifes ont toujours veillé jusqu’à nos jours à
ce que l’Église du Christ offre à la divine Majesté un culte digne, « à la louange et à la gloire de son nom » et « pour le bien de toute sa sainte Église ».
Depuis des temps immémoriaux et aussi à l’avenir, le principe à
observer est que « chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement quant à la doctrine de la foi et aux signes sacramentels, mais aussi quant aux usages
reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue, qui sont à observer non seulement pour éviter des erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, parce que la lex orandi de
l’Église correspond à sa lex credendi ».
Parmi les Pontifes qui ont eu ce soin se distingue le nom de
saint Grégoire le Grand qui fut attentif à transmettre aux nouveaux peuples de l’Europe tant la foi catholique que les trésors du culte et de la culture accumulés par les Romains au cours des
siècles précédents. Il ordonna de déterminer et de conserver la forme de la liturgie sacrée, aussi bien du Sacrifice de la Messe que de l’Office divin, telle qu’elle était célébrée à Rome. Il
encouragea vivement les moines et les moniales qui, vivant sous la Règle de saint Benoît, firent partout resplendir par leur vie, en même temps que l’annonce de l’Évangile, cette très salutaire
manière de vivre de la Règle, « à ne rien mettre au-dessus de l’œuvre de Dieu » (chap. 43). Ainsi, la liturgie selon les coutumes de Rome féconda non seulement la foi et la piété mais aussi la
culture de nombreux peuples. C’est un fait en tout cas que la liturgie latine de l’Église sous ses diverses formes, au cours des siècles de l’ère chrétienne, a été un stimulant pour la vie
spirituelle d’innombrables saints et qu’elle a affermi beaucoup de peuples par la religion et fécondé leur piété.
Au cours des siècles, beaucoup d’autres Pontifes romains se
sont particulièrement employés à ce que la liturgie accomplisse plus efficacement cette tâche ; parmi eux se distingue saint Pie V, qui, avec un grand zèle pastoral, suivant l’exhortation du
Concile de Trente, renouvela tout le culte de l’Église, fit éditer des livres liturgiques corrigés et « réformés selon la volonté des Pères », et les donna à l’Église latine pour son
usage.
Parmi les livres liturgiques du Rite romain, la première place
revient évidemment au Missel romain, qui se répandit dans la ville de Rome puis, les siècles suivants, prit peu à peu des formes qui ont des similitudes avec la forme en vigueur dans les
générations récentes.
C’est le même objectif qu’ont poursuivi les Pontifes romains au
cours des siècles suivants en assurant la mise à jour des rites et des livres liturgiques ou en les précisant, et ensuite, depuis le début de ce siècle, en entreprenant une réforme plus générale
» Ainsi firent mes prédécesseurs Clément VIII, Urbain VIII, saint Pie X, Benoît XV et le bienheureux Jean XXIII.
Plus récemment, le Concile Vatican II exprima le désir que
l’observance et le respect dus au culte divin soient de nouveau réformés et adaptés aux nécessités de notre temps. Poussé par ce désir, mon prédécesseur le Souverain Pontife Paul VI approuva en
1970 des livres liturgiques restaurés et partiellement rénovés de l’Église latine ; ceux-ci, traduits partout dans le monde en de nombreuses langues modernes, ont été accueillis avec plaisir par
les Évêques comme par les prêtres et les fidèles. Jean-Paul II reconnut la troisième édition type du Missel romain. Ainsi, les Pontifes romains se sont employés à ce que « cet édifice liturgique,
pour ainsi dire, […] apparaisse de nouveau dans la splendeur de sa dignité et de son harmonie ».
Dans certaines régions, toutefois, de nombreux fidèles se sont
attachés et continuent à être attachés avec un tel amour et une telle passion aux formes liturgiques précédentes, qui avaient profondément imprégné leur culture et leur esprit, que le Souverain
Pontife Jean-Paul II, poussé par la sollicitude pastorale pour ces fidèles, accorda en 1984, par un indult spécial Quattuor abhinc annos de la Congrégation pour le Culte divin, la faculté
d’utiliser le Missel romain publié en 1962 par Jean XXIII ; puis de nouveau en 1988, par la lettre apostolique Ecclesia Dei en forme de motu proprio, Jean-Paul II exhorta les Évêques à utiliser
largement et généreusement cette faculté en faveur de tous les fidèles qui en feraient la demande.
Les prières instantes de ces fidèles ayant déjà été longuement
pesées par mon prédécesseur Jean-Paul II, ayant moi-même entendu les Pères Cardinaux au consistoire qui s’est tenu le 23 mars 2006, tout bien considéré, après avoir invoqué l’Esprit Saint et
l’aide de Dieu, par la présente Lettre apostolique je décide ce qui suit :
Art. 1. Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la « lex orandi » de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par S. Pie V
et réédité par le B. Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même « lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux
expressions de la « lex orandi » de l’Église n’induisent aucune division de la « lex credendi » de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain.
Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant
l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église. Mais les conditions établies par les
documents précédents Quattuor abhinc annos et Ecclesia Dei pour l’usage de ce Missel sont remplacées par ce qui suit :
Art. 2. Aux Messes célébrées sans peuple, tout prêtre catholique de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux, peut utiliser le Missel romain publié en 1962 par le
bienheureux Pape Jean XXIII ou le Missel romain promulgué en 1970 par le Souverain Pontife Paul VI, et cela quel que soit le jour, sauf le Triduum sacré. Pour célébrer ainsi selon l’un ou l’autre
Missel, le prêtre n’a besoin d’aucune autorisation, ni du Siège apostolique ni de son Ordinaire.
Art. 3. Si des communautés d’Instituts de vie consacrée et de Sociétés de vie apostolique de droit pontifical ou de droit diocésain désirent, pour la célébration
conventuelle ou « communautaire », célébrer dans leurs oratoires propres la Messe selon l’édition du Missel romain promulgué en 1962, cela leur est permis. Si une communauté particulière ou tout
l’Institut ou Société veut avoir de telles célébrations souvent ou habituellement ou de façon permanente, cette façon de faire doit être déterminée par les Supérieurs majeurs selon les règles du
droit et les lois et statuts particuliers.
Art. 4. Aux célébrations de la Messe dont il est question ci-dessus à l’art. 2 peuvent être admis, en observant les règles du droit, des fidèles qui le demandent
spontanément.
Art. 5, § 1. Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de
célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962. Il appréciera lui-même ce qui convient pour le bien de ces fidèles en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous
le gouvernement de l’Évêque selon les normes du canon 392, en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Église.
§ 2. La célébration selon le Missel du bienheureux Jean XXIII peut avoir lieu les jours ordinaires ; mais les dimanches et les jours de fêtes, une Messe sous cette forme
peut aussi être célébrée.
§ 3. Le curé peut aussi autoriser aux fidèles ou au prêtre qui le demandent, la célébration sous cette forme extraordinaire dans des cas particuliers comme des mariages,
des obsèques ou des célébrations occasionnelles, par exemple des pèlerinages.
§ 4. Les prêtres utilisant le Missel du bienheureux Jean XXIII doivent être idoines et non empêchés par le droit.
§ 5. Dans les églises qui ne sont ni paroissiales ni conventuelles, il appartient au Recteur de l’église d’autoriser ce qui est indiqué ci-dessus.
Art. 6. Dans les Messes selon le Missel du B. Jean XXIII célébrées avec le peuple, les lectures peuvent aussi être proclamées en langue vernaculaire, utilisant des éditions
reconnues par le Siège apostolique.
Art. 7. Si un groupe de fidèles laïcs dont il est question à l’article 5 § 1 n’obtient pas du curé ce qu’ils lui ont demandé, ils en informeront l’Évêque diocésain.
L’Évêque est instamment prié d’exaucer leur désir. S’il ne peut pas pourvoir à cette forme de célébration, il en sera référé à la Commission pontificale Ecclesia Dei.
Art. 8. L’Évêque qui souhaite pourvoir à une telle demande de fidèles laïcs, mais qui, pour différentes raisons, en est empêché, peut en référer à la Commission pontificale
Ecclesia Dei, qui lui fournira conseil et aide.
Art. 9, § 1. De même, le curé, tout bien considéré, peut concéder l’utilisation du rituel ancien pour l’administration des sacrements du Baptême, du Mariage, de la
Pénitence et de l’Onction des Malades, s’il juge que le bien des âmes le réclame.
§ 2. Aux Ordinaires est accordée la faculté de célébrer le sacrement de la Confirmation en utilisant le Pontifical romain ancien, s’il juge que le bien des âmes le
réclame.
§ 3. Tout clerc dans les ordres sacrés a le droit d’utiliser aussi le Bréviaire romain promulgué par le bienheureux Pape Jean XXIII en 1962.
Art. 10. S’il le juge opportun, l’Ordinaire du lieu a le droit d’ériger une paroisse personnelle au titre du canon 518, pour les célébrations selon la forme ancienne du
rite romain, ou de nommer soit un recteur soit un chapelain, en observant les règles du droit.
Art. 11. La Commission pontificale Ecclesia Dei, érigée par le Pape Jean-Paul II en 1988, continue à exercer sa mission.
Cette commission aura la forme, la charge et les normes que le Pontife romain lui-même voudra lui attribuer.
Art. 12. Cette commission, outre les facultés dont elle jouit déjà, exercera l’autorité du Saint-Siège, veillant à l’observance et à l’application de ces
dispositions.
Tout ce que j’ai établi par la présente Lettre apostolique en forme de Motu proprio, j’ordonne que cela ait une valeur pleine et stable, et soit observé à compter du 14
septembre de cette année, nonobstant toutes choses contraires.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 7 juillet de l’an du Seigneur 2007, en la troisième année de mon pontificat.
BENEDICTUS Pp. XVI
Voici la lettre d''accompagnement du Motu Proprio destinée à solliciter la compréhension et la bienveillance des évêques :
Chers frères dans l’Episcopat,
C’est avec beaucoup de confiance et d’espérance que je remets entre vos mains de Pasteurs le texte d’une nouvelle Lettre Apostolique « Motu Proprio data », sur l’usage de
la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970. Ce document est le fruit de longues réflexions, de multiples consultations, et de la prière.
Des nouvelles et des jugements formulés sans information suffisante, ont suscité beaucoup de confusion. On trouve des réactions très diverses les unes des autres, qui vont
de l’acceptation joyeuse à une dure opposition, à propos d’un projet dont le contenu n’était, en réalité, pas connu.
Deux craintes s’opposaient plus directement à ce document, et je voudrais les examiner d’un peu plus près dans cette lettre.
En premier lieu il y a la crainte d’amenuiser ainsi l’Autorité du Concile Vatican II, et de voir mettre en doute une de ses décisions essentielles – la réforme
liturgique.
Cette crainte n’est pas fondée. A ce propos, il faut dire avant tout que le Missel, publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II, est et demeure
évidemment la Forme normale – la Forma ordinaria – de la liturgie Eucharistique. La dernière version du Missale Romanum, antérieure au Concile, qui a été publiée sous l’autorité du Pape Jean
XXIII en 1962 et qui a été utilisée durant le Concile, pourra en revanche être utilisée comme Forma extraordinaria de la Célébration liturgique. Il n’est pas convenable de parler de ces deux
versions du Missel Romain comme s’il s’agissait de « deux Rites ». Il s’agit plutôt d’un double usage de l’unique et même Rite.
Quant à l’usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la Liturgie de la Messe, je voudrais attirer l’attention sur le fait que ce Missel n’a jamais été
juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé. Lors de l’introduction du nouveau Missel, il n’a pas semblé nécessaire de publier des normes propres
concernant la possibilité d’utiliser le Missel antérieur. On a probablement supposé que cela ne concernerait que quelques cas particuliers, que l’on résoudrait localement, au cas par cas. Mais,
par la suite, il s’est vite avéré que beaucoup de personnes restaient fortement attachées à cet usage du Rite romain, qui leur était devenu familier depuis l’enfance. Ceci s’est produit avant
tout dans les pays où le mouvement liturgique avait donné à de nombreuses de personnes une remarquable formation liturgique, ainsi qu’une familiarité profonde et intime avec la Forme antérieure
de la Célébration liturgique. Nous savons tous qu’au sein du mouvement conduit par l’Archevêque Mgr Lefebvre, la fidélité au Missel ancien est devenue un signe distinctif extérieur ; mais les
raisons de la fracture qui naissait sur ce point étaient à rechercher plus en profondeur. Beaucoup de personnes qui acceptaient clairement le caractère contraignant du Concile Vatican II, et qui
étaient fidèles au Pape et aux Evêques, désiraient cependant retrouver également la forme de la sainte Liturgie qui leur était chère ; cela s’est produit avant tout parce qu’en de nombreux
endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de
créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses
attentes et ses confusions. Et j’ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de
l’Eglise.
C’est pour ce motif que le Pape Jean-Paul II s’est vu dans l’obligation de donner, avec le Motu Proprio « Ecclesia Dei » du 2 juillet 1988, un cadre normatif pour l’usage
du Missel de 1962; ce cadre ne contenait cependant pas de prescriptions détaillées, mais faisait appel de manière plus générale à la générosité des Evêques envers les « justes aspirations » des
fidèles qui réclamaient cet usage du Rite romain. A cette époque, le Pape voulait ainsi aider surtout la Fraternité Saint Pie X à retrouver la pleine unité avec le successeur de Pierre, en
cherchant à guérir une blessure perçue de façon toujours plus douloureuse. Cette réconciliation n’a malheureusement pas encore réussi; cependant, une série de communautés a profité avec gratitude
des possibilités offertes par ce Motu Proprio. Par contre, en dehors de ces groupes, pour lesquels manquaient des normes juridiques précises, la question de l’usage du Missel de 1962 est restée
difficile, avant tout parce que les Evêques craignaient, dans ces situations, que l’on mette en doute l’autorité du Concile. Aussitôt après le Concile Vatican II, on pouvait supposer que la
demande de l’usage du Missel de 1962 aurait été limitée à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui, mais entretemps il est apparu clairement que des personnes jeunes découvraient
également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement. C’est
ainsi qu’est né le besoin d’un règlement juridique plus clair, que l’on ne pouvait pas prévoir à l’époque du Motu Proprio de 1988; ces Normes entendent également délivrer les Evêques de la
nécessité de réévaluer sans cesse la façon de répondre aux diverses situations.
En second lieu, au cours des discussions sur ce Motu Proprio attendu, a été exprimée la crainte qu’une plus large possibilité d’utiliser le Missel de 1962 puisse porter à
des désordres, voire à des fractures dans les communautés paroissiales. Cette crainte ne me paraît pas non plus réellement fondée. L’usage de l’ancien Missel présuppose un minimum de formation
liturgique et un accès à la langue latine; ni l’un ni l’autre ne sont tellement fréquents. De ces éléments préalables concrets découle clairement le fait que le nouveau Missel restera
certainement la Forme ordinaire du Rite Romain, non seulement en raison des normes juridiques, mais aussi à cause de la situation réelle dans lesquelles se trouvent les communautés de
fidèles.
Il est vrai que les exagérations ne manquent pas, ni parfois des aspects sociaux indûment liés à l’attitude de certains fidèles liés à l’ancienne tradition liturgique
latine. Votre charité et votre prudence pastorale serviront de stimulant et de guide pour perfectionner les choses. D’ailleurs, les deux Formes d’usage du Rite Romain peuvent s’enrichir
réciproquement: dans l’ancien Missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces. La Commission « Ecclesia Dei », en lien avec les diverses
entités dédiées à l’usus antiquior, étudiera quelles sont les possibilités pratiques. Dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que
cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les
communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions; c’est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la
profondeur théologique de ce Missel.
J’en arrive ainsi à la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser par ce Motu Proprio celui de 1988. Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein
de l’Eglise. En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à
naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Eglise ont eu leur part de
culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent
réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau. Il me vient à l’esprit une phrase de la seconde épître aux Corinthiens, où Saint Paul écrit: «
Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens; notre cœur s''est grand ouvert. Vous n''êtes pas à l''étroit chez nous; c''est dans vos cœurs que vous êtes à l''étroit. Payez-nous donc de
retour ; … ouvrez tout grand votre cœur, vous aussi ! » (2Co 6,11-13). Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce
thème. Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place.
Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui
était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous,
de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place. Evidemment, pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés
qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la
reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté.
Pour conclure, chers Confrères, il me tient à cœur de souligner que ces nouvelles normes ne diminuent aucunement votre autorité et votre responsabilité, ni sur la liturgie,
ni sur la pastorale de vos fidèles. Chaque Evêque est en effet le « modérateur » de la liturgie dans son propre diocèse (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 22 : « Sacrae liturgiae moderatio ab
Ecclesiae auctoritate unice pendet : quae quidem est apud Apostolicam Sedem et, ad normam iuris, apud Episcopum »).
Rien n’est donc retiré à l’autorité de l’Evêque dont le rôle demeurera de toute façon celui de veiller à ce que tout se passe dans la paix et la sérénité. Si quelque
problème devait surgir et que le curé ne puisse pas le résoudre, l’Ordinaire local pourra toujours intervenir, en pleine harmonie cependant avec ce qu’établissent les nouvelles normes du Motu
Proprio.
Je vous invite en outre, chers Confrères, à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de vos expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu Proprio.
Si de sérieuses difficultés étaient vraiment apparues, on pourrait alors chercher des voies pour y porter remède.
Chers Frères, c’est en esprit de reconnaissance et de confiance que je confie à votre cœur de Pasteurs ces pages et les normes du Motu Proprio. Souvenons-nous toujours des
paroles de l’Apôtre Paul, adressées aux prêtres d’Ephèse : « Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l''Esprit-Saint vous a établis gardiens, pour paître l''Eglise de Dieu,
qu''il s''est acquise par le sang de son propre Fils » (Ac 20,28).
Je confie à la puissante intercession de Marie, Mère de l’Eglise, ces nouvelles normes, et j’accorde de tout mon cœur ma Bénédiction Apostolique à vous, chers Confrères,
aux curés de vos diocèses, et à tous les prêtres vos collaborateurs ainsi qu’à tous vos fidèles.
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Il y a quelques jours le maire d'une petite commune du nord de la France a été condamné à une peine de prison avec sursis, et à une amende, pour avoir gifflé un
adolescent ( un...
Si vous ne comprenez pas tout du premier coup, ( nous avons tous besoin d'un petit recyclage ), écrivez à à M. Lurel, ou à M. Jack Gillot, ( ou aux
deux pour comparer les...
( François Bayrou, à la sortie d'une messe, à Pointe-à-Pitre, il y a quelques années ).
Sans trop croire à sa probabilité, Luc Ferry sur son blog, énonce et...
J'étais hier soir au WWTC pour écouter Claude Guéant. Oh, certes, ce n'était pas le Théâtre Français. Mais l'on pouvait entendre une musique, où
malgré certaines dissonances...
Dans le tombereau d'inepties proférées par des barbares incultes, ou des politiciens foncièrement malhonnêtes, il y a cette assimilation de
la civilisation d'origine...
Né à Pointe-à-Pitre en 1942, de famille blanche-créole, arrivée à Marie-Galante en 1658, de grands parents originaires l'un de la région parisienne, l'autre de Rouen en Normandie, j'ai bénéficié d'une formation juridique, et philosophique (
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