Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

ed.boulogne_25_04_02._salle_des_profs.-1.jpgLe disciple d'Albert.

  [ Hier, 23 juin 2007, au restaurant « Le palais de Forte Île » une belle assistance (de professeurs, ses collègues, d’anciens élèves de toutes générations, et d’amis) s’était réunie pour dire son amitié à Edouard Boulogne qui prend sa retraite après quarante années de services rendus au lycée de Massabielle à Pointe-à-Pitre. A cette occasion, Raymond Joyeux qui l’y avait précédé de peu l’accueillait au CDRQNDP, c’est-à-dire au « Club des Retraités Qui Ne Désarment Pas ». E. Boulogne me suggère, un peu confus, de publier sur le Blog, le texte de Joyeux. Je ne peux pas lui refuser ça. Surtout que le texte du poète doublement insulaire, est remarquable, comme tout ce qu’il commet, même s’il est trop généreux (pardon Edouard !), l’amitié prenant le pas (peut-être à tort) sur toutes les réserves parfaitement imaginables, et surtout s’il manque à la simple lecture, la voix, le ton du cher Raymond, sa gouaille, son ironie tempérée, appréciée de tous et chaleureusement applaudie. J’ai parlé du « ton », c’était l’ami, mais aussi le chansonnier. On eût cru, par instant entendre un Pierre-Jean Vaillard, un Bouvard, teintés d’un Jean Rigaud.
Rien d’étonnant le cher Raymond, (pas d’erreur sur le prénom, « horresco referrens » !) s’apprêtant, dit-on, tel un Thiérry Henri, d’Arsenal au Barca, à se transférer, lui, du théâtre de Massabielle, à celui, parisien, des Deux ânes, rebaptisé dès lors « Théâtre des trois ânes ».
Mais lisez plutôt !
Le Scrutateur.]


MAGNI ALBERTI SANCTI DISCIPULUS.

(Le disciple du Grand Albert).

Un énigmatique, très ancien et fallacieux sophisme arabe
affirme et prétend que
Ce n'est pas l'homme qui philosophe c'est la poule qui philosophe.
Au cours de notre modeste intervention
nous nous efforcerons de démontrer le contraire de cette prétendue
maxime
car plus sérieusement, chers amis,

Si la Philosophie, de toute son histoire
n'avait fait aucun progrès depuis les présocratiques
il n'y aurait, dit Cioran, aucune raison de s'en plaindre.

Mais il y en a beaucoup aujourd'hui pour nous de nous émouvoir.
De nous émouvoir du départ de Massabielle
de celui qui fut, pendant plus de quarante ans,
l'un de ses plus sûrs, de ses plus solides piliers.

J'ai nommé notre cher, notre très érudit et très vénérable


Edouard Boulogne.

À travers le fatras des concepts,
notre vie s'agite toujours dans les éléments
dont les disciples de Démocrite constituaient le monde :
La terre, l'eau, le feu et l'air.

La présence, l'enseignement et l'aura d'Edouard dans notre
établissement
au cours de ce presque demi-siècle forment à nos yeux,
n'en déplaise à Michel Houellebecq, la synthèse parfaite
de ces fameuses particules élémentaires
dont il incarne l'essence et les vertus :

Edouard fut en effet la terre de Massabielle,
c'est-à-dire le socle sur lequel se bâtissent
pensée, réflexion, appréhension et compréhension
de l'homme et du monde.
Humus fertile d'où se sont élevées les milliers de jeunes pousses qu'il a patiemment nourries de sa science et de son immense culture.

Edouard fut l'eau de notre établissement.
Celle qui alimente la vie et purifie.
Celle qui désaltère de la soif ardente de la connaissance
apaise la fièvre du savoir et de la vérité.

Edouard en fut le feu qui se propage en nos cœurs.
         Brûle nos idées reçues.
Calcine les racines de la mauvaise foi et de l'ignorance,
mais guide aussi le pèlerin égaré à l'éclat de son phare.

Edouard fut enfin l'air, toujours renouvelé de notre institution.
L'air qui s'élève en légèreté vers les cimes lointaines
de la rencontre du divin, siège métaphysique mais bien réel de la spiritualité et de la foi.
indispensable oxygène de notre humaine condition.

S'il fallait très maladroitement parodier le grand Baudelaire
c'est à coup sûr, évoquant Edouard, à son célèbre poème les Phares
qu'il faudrait ajouter une strophe.

Situant notre ami entre Rembrandt et Michel-Ange,
implorant le pardon post-mortem du génial poète
et celui du non moins génial intéressé en quatre alexandrins approximatifs,
 nous pourrions dire ceci :

Edouard, d'Albert le Grand le disciple émérite
Docte initiateur des stellaires clartés
Propagateur zélé d'indispensables rites
Qu'extrayant de sa pipe, il exhale en fumées...

Au-delà de cette petite récréation pseudo poétique,
 nous ne saurions jamais assez te remercier, Edouard,
du travail inestimable que tu as accompli à Massabielle.
 De ce que tu y as patiemment semé et souvent récolté
pendant ces longues et exaltantes années de professorat.

Le souvenir impérissable de ton sérieux, de ta bonne humeur, de ton humour,
de ton inimitable bonhomie naturelle
habitera longtemps les cœurs et les esprits
sans doute de l'ensemble de tes collègues passés et présents
mais plus certainement encore le cœur et l'esprit
des dizaines et des dizaines de jeunes Guadeloupéens et
Guadeloupéennes que tu as formés, aimés, instruits.

Sans aller jusqu'à t'ériger une statue de Commandeur
ce dont souffrirait à coup sûr ta trop grande modestie,
en leur nom à toutes et à tous, en mon nom personnel, permets-moi de
te souhaiter plus simplement, Edouard, une très heureuse,
très fructueuse et nonobstant l'adage liminaire, une très philosophique
retraite.
Tu l'auras, plus qu'aucun d'entre nous, amplement méritée.

Raymond Joyeux - 23 juin 2007

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Pascal Nesty 25/06/2007 12:55

Enfin tu es libre, professeur :)Je devais être au palais de Forte Ile mais n'ai pas reçu l'invitation.Je met çà sur le compte de la "poste bancale" et ses limites.Je suis content que vous vous soyez amusés et j'avoue que je préfère déjeuner en tête à tête avec toi, autour d'un couscous :)Longue vie!Pascal

Arawak 25/06/2007 09:58

Merci à Raymond Joyeux pour ce texte grâce auquel je suis heureux de prendre avec vous un petit morceau de cette émotion partagée. Une nouvelle vie s'ouvre donc à ce cher Edouard dont le bon pied (de ceux qui marchent) et le bon oeil (toujours pétillant de l'esprit qui l'anime) nous promettent de longues années d'échanges et d'amitié.Pensées ultramarines du continent.Patrick Nesty