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Publié par Edouard Boulogne

ne-touchez-pas----la.jpg« Ne touchez pas la hache »


Cette nouvelle  d’Honoré de Balzac est la deuxième de la trilogie des Treize, elle même partie intégrante de La  Comédie Humaine.
Le film débute, à Majorque où le Général de Montriveau, au cours d’une campagne militaire, retrouve Madame de Langeais, cloitrée sous le nom de Mère Thérèse, et parvient à l’approcher après cinq années de vaines recherches….
Puis, l’intrigue nous renvoie, cinq années plus tôt, sous la Restauration, dans la société aristocratique, nantie et percluse  de conventions du boulevard Saint Germain
La Duchesse de Langeais, (Jeanne Balibar) belle et seule, coquette et gâtée, charmeuse et comédienne, décide que le héros du jour, le général  Armand de Montriveau (Guillaume Depardieu)  doit déposer ses armes et son cœur entre ses mains. Pour la satisfaire, il sera contraint de  capituler et de soupirer de la manière la plus courtoise et la plus flatteuse du monde….
Or,  Montriveau  est un des chefs  des « Treize », une société secrète d’hommes «  assez forts pour se mettre au dessus de toutes les lois, assez hardis pour tout entreprendre, et assez heureux pour avoir presque toujours réussi dans leurs desseins », et de plus «  c’est une créature de Bonaparte ».  Tout nous  laisse deviner, chez Armand, cette double appartenance : l’humeur sombre et mystérieuse, l’attitude  souvent méprisante, le peu  d’intérêt  affiché quant aux conventions de la société et jusqu’à sa façon impatiente et brusque de courtiser une femme…C’est un homme de pouvoir et s’il  tombe, en effet, dans les rets d’Antoinette de Langeais, il  exige d’elle  un amour  partagé et des preuves tangibles autant que  charnelles.
Antoinette pousse le jeu tellement loin, sous des prétextes de bienséance puis des raisons religieuses, que le général, touché à l’extrême  de sa passion, lui prédit un malheur imminent en citant le mot du gardien  de la hache ayant tranché la tête du roi Charles Ier d’Angleterre
 «  Ne touchez pas à la hache »…or il semblerait bien, qu’aux yeux de l’amant exaspéré… elle n’y ait touchée !
Avec l’aide de ses amis des Treize, Montriveau fait enlever Antoinette et la menace de la marquer sur le front, au fer rouge. Antoinette laisse alors éclater sa passion et se soumet avec délectation, à la volonté de son amant qui, lui, soudainement, renonce. Il renonce au jeu, à l’attente, à cette femme désormais soumise, comme le ferait  un cheval qui s’ébroue après une course folle et n’aspire qu’au repos….
 « L’amour crée dans la femme une femme nouvelle : celle de la veille n’existe plus le lendemain » ( Balzac, Les Marana.).
 La Duchesse de Langeais ne sera plus jamais ce qu’elle a été et devient pour toujours  «  la créature » de Montriveau. Elle bascule dans une passion totale qui va l’exalter, l’obséder,  la mener, sans plus aucun repère, jusqu’à l’Absolu.
Jacques Rivette, à son habitude, jette un regard synthétique et magistral sur la société du temps, nous en montre les compromissions et les faux semblants mais aussi le panache, et la démesure.
On sera émerveillé par l’atmosphère de l’époque qu’a su rendre avec finesse, goût et précision l’équipe du film : décors d’hôtels particuliers d’origine, lumières, meubles, bruitage, costumes…. Le tout est très exigeant et semble, pourtant, couler de source.
Le scénario ainsi que les dialogues sont  respectueux du texte d’origine et en restituent le phrasé, le rythme et jusqu’au non dit.
Pour ce qui est des acteurs, Madame Jeanne Balibar est une très grande dame cueillie   à contrepied par la maladie mortelle de l’amour sans merci. Elle a de ces façons qui vous font rêver de galanterie et de badinage, elle a de ces désespoirs qui vous font craindre  l’enfer, elle a de ces fermetés qui vous font croire à l’Eternité…
Des rôles  de « conseillers » sont merveilleusement tenus par Bulle Ogier et Michel Piccoli dont on a grand plaisir à retrouver le savoir-jouer.
Monsieur Guillaume Depardieu campe un général d’Empire ténébreux, brut et maladroit à souhait. Décidément les femmes ont des penchants inexplicables autant qu’inexcusables….et c’est souvent là leur grandeur….

Marie Deval.


Genre: Drame
Durée: 2h17
Pays: Italie, France
 
Réalisé par:
Jacques Rivette

Avec:
Jeanne Balibar, Guillaume Depardieu, Bulle Ogier, Michel Piccoli, Marc Barbé, Thomas Durand, Nicolas Bouchaud, Mathias Jung, Julie Judd, Victoria Zinny, ...

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