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Publié par Edouard Boulogne

Tribune : La lente plongée de la Martinique dans les pièges de l'outrance  et de la radicalisation ! Par Jean-Marie NOL.

Depuis quelques mois, la Martinique s'embrase en marge du mouvement des activistes nationalistes rouge-vert-noir dans une dérive antivax . Émeutes, pillages, incendies criminels d'un vaccinodrome et très récemment d'un centre de la poste avec la destruction de 25 véhicules , menaces envers les médecins, et pour couronner le tout,  injures et insultes à l'aéroport envers  les soignants de la réserve sanitaire venus de la France hexagonale pour aider à désengorger le CHUM : déjà quelques années que l'île est le théâtre d'une flambée de violences diverses. Pourquoi une telle inflation de violence ? Est il besoin de souligner à l'attention de certains esprits critiques que la Martinique est actuellement le seul territoire français d'outre-mer à connaître ce type de désagréments. Certains font valoir que la résurgence du débat sur la vaccination vise peut-être à faire oublier les effets sociaux de la crise économique engendrée par la COVID-19. L’explication demeure insuffisante. Cette disjonction entre « l'obligation vaccinale » et les questions sociales et économiques est cruciale pour comprendre le débat actuel en Martinique. Faut-il pour autant relativiser ces événements sous prétexte que ces faits sont commis par une poignée d'individus , que l’immense majorité de la population désapprouve, même si bien sûr elle demeure passive ?. Nous ne le pensons pas,  parce que les germes de la décomposition de la société Martiniquaise ne sont pas circonscrits à une petite minorité de la population. Le mal est beaucoup plus profond qu'on l'imagine et là réside le véritable piège,  parce que l'outrance est populaire. Si c'est le mouvement des activistes rouge-vert-noir qui a mis le feu aux poudres, le malaise est beaucoup plus profond avec les antivax , car c'est tout le contexte économique et social de la Martinique qui ne va pas aujourd'hui . Ce climat délétère en Martinique est l'expression d'un profond malaise identitaire, d'une quasi faillite économique et sociale généralisée et d'une démission des élus locaux doublée d'une impuissance de l'Etat à rétablir l'ordre et l'autorité.

En l'absence d'un véritable traitement politique de cette crise, ce n'est pas seulement l'économie martiniquaise qui risque de se retrouver à terre, mais sa société. Car à la lassitude et à la résignation de la population, s'accompagne depuis peu une forme de populisme, de culturalisme, de racialisme, d'ethnicisation des violences , d'un sentiment d’impunité des activistes , soutenue par certains médias officiels ou non, et discrètement par certains politiques martiniquais. La crise du coronavirus a conduit à un repli sur soi et à un réveil des cicatrices du passé colonial  . Populisme et nationalisme  sont aujourd'hui les deux facettes d'un même malaise identitaire martiniquais. 

 

C’est là une situation incompréhensible, car comment ne pas comprendre que la Martinique risque aujourd’hui de voir imploser sa société déjà bien fragilisée par le chômage et la précarité, et dont les antivax et les dits activistes rouge-vert-noir n’en sont qu’une expression ?... La crise identitaire en Martinique a des sources historiques, politiques et sociales spécifiques. Elle ne s'inscrit pas moins dans un contexte plus global que l'on peut résumer ainsi. A l'heure de la mondialisation, comment concilier l'exigence rationnelle de souveraineté politique et économique comme le veut Serge Letchimy le président de la CTM et le rejet émotionnel d'une citoyenneté française. Le paradoxe est que certains, par un mélange de ressentiment et d'aveuglement, se lancent dans la quête chimérique et anachronique d'une identité toujours plus étroite. Dans ces conditions, les discours de condamnation et en même temps d'apaisement des élus portent en germe leur propre échec, puisqu’ils prétendent faire disparaître des comportements déviants sur lesquels ils n’ont de prise qu’à la marge. Même si le préfet, certains élus , des intellectuels et des associations de médecins protestent contre l’outrance des activistes, il n'en demeure pas moins que  depuis une dizaine d’années, les lieux et les acteurs changent, mais la trame reste étonnamment semblable. Rien n’a donc été fait pour apaiser le climat social ?... La seule issue reste la surenchère sécuritaire , mais celle-ci expose aux critiques d’une population qui avec son atavisme peut sans difficulté mettre en regard les discours et les résultats. Aux traditionnelles complaintes contre les juges qui relâcheraient les activistes sitôt ceux-ci arrêtés pour ne pas alourdir le climat social, s’ajoutent désormais des expressions comme « puits sans fond » ou « travail de Sisyphe ». En effet le problème semble insoluble en l'absence d'une réforme du modèle économique et social de la Martinique. Alors la solution peut-elle être également  d'ordre politique ? Quid d'une réforme statutaire pour purger le malaise identitaire de la Martinique ?...  Mais aussi tentante que soit cette possibilité, il s'avère que malgré tout, les choses ne sont pas aussi si simple car la pandémie de Covid nous conduit à la décroissance de l'économie . Faut-il pour autant avoir peur de la décroissance, ce terme qui en période d’augmentation des inégalités suggère une réduction des transferts financiers, des aides et subventions ainsi que des  moyens de vivre alors que de nombreuses personnes peinent déjà  à boucler leurs fins de mois ? ....toujours est-il que la fin de la croissance pose un diagnostic dérangeant sur le plan d'une autonomie politique  : L’endettement record des collectivités locales et des entreprises pourrait faire dérailler le scénario. Entreprises, banques et autres institutions financières, collectivités locales … les sources de vulnérabilités sont nombreuses dans le paysage économique de la Martinique . Le risque majeur étant celui d’une déstabilisation des institutions qui se répandrait à l’ensemble du système. D'un point de vue économique et social , nous sommes parvenus à un tournant décisif de l'Histoire de la Martinique . Le dysfonctionnement de la société Martiniquaise , la montée des inégalités sociales, l'éloignement toujours plus grand entre les « élites » nationales ou européennes et le « peuple martiniquais », vont conduire à un repli identitaire sur soi-même qui se concentrera désormais sur le « plus grand dénominateur commun ». Aujourd'hui, nous devons faire face à une propagande diffuse qui épouse les failles de notre  société. Les théories conspirationnistes en sont le parfait exemple. Cette propagande s'immisce là où elle peut réussir en terme de radicalisation des esprits . Et là réside le véritable danger d’un futur chaos en cas de crise financière post Covid-19  ! 

 

 

Jean-Marie Nol économiste 

 

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castets 13/09/2021 06:26

Bonjour Monsieur Boulogne,
Belle tribune qui ne concerne pas hélas que les Antilles... Le visage politique actuel est lamentable, cette belle France semble à la dérive et Dieu n'y pourvoira pas c'est certain. En tous lieux, le reprise en main devra être musclée et malgré mon optimisme, il semble improbable que le bon sens paysan qui animait l'hexagone et ses satellites revienne rapidement .
Les Antilles devrait tourner le regard vers Haïti, exemple à ne pas suivre, pour la métropole, l'inertie est bien plus importante et ne préfigure pas des lendemain qui chantent.
Le coup de pied au cul salvateur qui remet dans l'axe devient vital, mais qui le mettra ?
La question reste posée et l'espoir s'amenuise à l'horizon prochain de la présidentielle et des intérêts divergents, la messe est presque dite, que les Hommes se lèvent en masse pour mieux voir l'avenir.
"Si tu ne peux porter le fer pour braver l'ennemi, donne ton sabre de guerre aux femmes qui t'indiqueront le chemin de l'honneur"
proverbe africain.
Bonne journée, Cdlt Cjj

HOUEL 12/09/2021 23:51

Le temps de la vérité.
La situation de nos îles devient inextricable car toute solution envisageable et toute évolution souhaitable repose sur des bases fondamentales qui doivent être définies au préalable.
Ces bases sont des problématiques qui sont des freins puissants qui font obstacle à toute vision claire du futur, qu’il soit sociétal, économique ou institutionnel.
Ces obstacles arrangent beaucoup de monde, à commencer par l’Etat et les mouvances séparatistes aidés en cela par la pandémie que nous vivons et la peur qu’elle accentue.
On peut se demander si l’Etat n’attend pas une situation insurrectionnelle pour nous proposer une solution néo-calédonienne visant à se débarrasser de ce qu’il considère comme un fardeau, image bien partagée par une partie grandissante de la Métropole.
Pas certain, en effet que l’accueil qui est fait aux généreux soignants qui viennent nous aider, soit valorisant.
De ce point de vue la mouvance nationaliste locale devient un allié objectif de l’Etat car c’est elle qui fabrique l’image renvoyée.
La population n’a aucun relai crédible localement pour lui expliquer les enjeux et les risques, le Préfet et autres ARS , suppôts honnis par beaucoup,n’étant que très peu soutenus par les élus.
Le repli identitaire est une solution commode , voire apaisante , quand elle est déconnectée de la réalité mais elle présente un danger non perçu par le plus grand nombre : La contrepartie finale de ce repli dont ne voit que le positif comporte à terme une rupture définitive dont la seule évocation est tabou.
La solution médiane d’une autonomie avec conservation des droits n’est plus de mise , la solution est binaire : Une citoyenneté martiniquaise ou Guadeloupéenne n’est pas compatible avec une citoyenneté française et il faudra un jour choisir.
Encore faudra-t-il que tous les aspects , positifs comme négatifs, soit présentés au peuple pour éclairer son choix .
Il faudra , par exemple, expliquer au peuple martiniquais ce que serait demain une nouvelle nation dans un univers économique très difficiles et les sacrifices nécessaires pour y parvenir.
Oui l’industrie touristique, par exemple, est viable dans nos belles îles, à condition de ne pas voir le touriste sous un éclairage racialisé ou wokisé , ce qui serait contre productif.
Le problème n’est pas seulement antillais tant les sociétés occidentales , dont nous partageons , en grande partie l’héritage, sont elles mêmes en proie à de gros problèmes et des fracturations.
Ce n’est pas de la Métropole que viendra la solution mais de nous mêmes.
Le temps est venu de dire ce que nous voulons et où nous voulons aller mais avec tous les choix sur la table.
Toutes les mesures bouche-trous conjoncturelles ne serviront à rien.
L’économie a horreur du désordre et a besoin d’une visibilité à long terme pour s’établir et se développer.
La politique de l’autruche est terminée et il est grand temps que chacun se détermine par rapport aux défis immenses qui nous attendent.

mireille HERRMANN 12/09/2021 17:53

quelle réforme statutaire , par exemple ?

HOUEL 13/09/2021 17:05

La seule réforme alternative à la citoyenneté française est l'indépendance et il est temps que les antillais choisissent l'une ou l'autre.

xam Cirederf 12/09/2021 14:07

Oui la Guadeloupe et la Martinique sont directement la "proie" de ces messieurs de la politique "promotion personnelle et sans partage". Comment en sortir? Mais lorsque tous ceux qui gravitent autour cesseront de se dire " maintenant cé mon tout" cela sans autre programme que "déchouquer pour régner"... Alors les commentateurs et autres observateurs ont de beuax jours encore devant eux!!!!