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Publié par Edouard Boulogne

La triste fin du baccalauréat ? Napoléon aux oubliettes ! Par un professeur de lettres.
La triste fin du baccalauréat ? Napoléon aux oubliettes ! Par un professeur de lettres.
La triste fin du baccalauréat ? Napoléon aux oubliettes ! Par un professeur de lettres.

C'est par la tête que le poisson pourrit, affirme un vieux proverbe. Le pourrissement est organisé en occident, et particulièrement en France, depuis des décennies. En France dès 1945 et la loi Langevin-Vallon qui fut portée par les communistes et la gauche, pour investir l'éducation nationale, considérée comme le milieu idéal pour une entreprise d'assèchement des intelligences et des âmes. Certes le combat fut rude, sinon au niveau des « politiques », du moins à droite (ce bord là considérait que ce qu'il importait de maîtriser c'était les finances, pas la culture). Le premier basculement vraiment sensible fut en mai 68 mais au cœur même de l'institution par le corps professoral avant qu'il ne fut rongé de mille manières et remplacé par les hommes idoines de la déconstruction du système napoléonien.

Depuis lors les choses ont été très vite. La catastrophe est palpable. Le statut actuel du baccalauréat indique que nous sommes dans la phase terminale.

Cet article deMarie-Victoire Velut, professeur de lettres et examinatrice au bac, éclaire une évidence que les gens lucides ont perçu depuis longtemps.

Le Scrutateur.

 

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Baccalauréat : le dernier coup de hache…

Marie-victoire Velut, professeur de Lettres, est examinatrice de l'épreuve orale de français. Elle raconte l'effondrement du niveau des élèves et le laxisme de l'Éducation nationale, qui préfère accorder le bac à tout le monde plutôt que d'en faire une vraie épreuve sélective.

Par Marie-Victoire Velut

 

(https://www.valeursactuelles.com/societe/baccalaureat-le-dernier-coup-de-hache/

 

La situation que nous vivons nous impose de réagir avec virulence. Nous, professeurs qui avons choisi d’enseigner parce que nous croyons encore en la beauté et en la nécessité de la transmission, ne pouvons passer sous silence plus longtemps ce qui heurte profondément notre conception de l’enseignement. Il est impossible que nous restions impassibles non seulement face à la désorganisation paroxystique des épreuves 2021 du bac, mais aussi et surtout, face à la vacuité de ce qui est nouvellement exigé des candidats.

Baccalauréat à deux vitesses : Philippe de Villiers porte plainte contre Castex, Véran et Blanquer pour mise en danger de la vie d’autrui

Il est tout d’abord nécessaire de revenir sur la nature des modifications qui ont été apportées à l’oral du bac de français. Là où l’ancienne formule se caractérisait par l’élaboration par l’élève d’un commentaire composé répondant à une problématique imposée par l’examinateur, la version 2021 ne laisse plus l’examinateur poser cette question primordiale, ce qui conduit le candidat à réciter une explication apprise par cœur dans le meilleur des cas ou à tourner à vide s’il oublie de poser lui-même l’interrogation à laquelle il doit répondre… Par ailleurs, aucun entretien ne suit plus cette analyse et l’examinateur est donc prié de ravaler bien sagement toutes ses demandes et de garder bouclée sa muselière. Comprenez qu’il serait vraiment déplacé de sa part d’oser revenir sur l’étude de l’élève en l’interrogeant sur des points précis qui auraient été oubliés ou traités de manière discutable ! La seconde partie de l’épreuve est tout aussi surprenante car les élèves choisissent désormais eux-mêmes ce sur quoi ils vont être évalués et doivent présenter une œuvre qu’ils ont préparée avant que l’examinateur ne passe à un “entretien”. Il est alors fréquent que les candidats récitent des présentations identiques qui ne manifestent que rarement une appropriation réelle des œuvres lues. Le seul élément intéressant de la nouvelle épreuve, celui qui permet de saisir le niveau du candidat, se trouve être la question de grammaire. Son traitement par l’élève est toujours un grand moment de vérité, le correcteur se rend bien souvent compte en effet que celui qui a débité son explication linéaire sans écueil et d’une traite, ignore en réalité la différence entre une préposition et une proposition, confond nature et fonction et a même franchement déjà du mal à relever les verbes conjugués d’une phrase ! Moment crucial donc, pour cerner le véritable niveau du candidat. Mais la question est évaluée sur un barème si léger — deux points seulement — qu’elle ne peut, de toute manière, suffire à modifier significativement la note globale mise à l’élève, ce qui est désolant.
 

Le savoir est désormais considéré comme le bibelot exotique d’un passé bourgeois

Tout semble être fait de telle manière que les examinateurs ne puissent plus sanctionner le niveau réel des candidats qui leur font face. A cet égard, les consignes reçues dans les différents centres d’examen sont particulièrement révélatrices de la déconstruction de cette épreuve en confondant bienveillance et laxisme. Il nous a ainsi été expliqué que l’entretien suivant la présentation d’une œuvre par le candidat ne « constituait en aucun cas un contrôle de connaissance », contrairement à l’ancienne formule du bac. N’hésitant pas à faire preuve d’un dirigisme intégral infantilisant, la plupart des professeurs coordonnateurs vont jusqu’à expliquer aux examinateurs comment noter en leur précisant par exemple qu’« il ne faut plus interroger les élèves sur la vie des auteurs ou encore sur le courant littéraire auquel ils appartiennent » mais leur proposer plutôt d’« imaginer un titre ou une fin alternative à l’œuvre présentée ». Ah ! Couvrez donc ces connaissances que nous ne saurions voir ! Par de pareils objets, les âmes sont blessées ! Il est vrai que toute trace de culture devient si discriminante qu’il vaut mieux empêcher ceux qui en ont de la manifester plutôt que de devoir pénaliser ceux qui n’en ont pas et en tirer les conséquences nécessaires concernant l’enseignement prodigué.

[Ferrand] La Covid enterre le baccalauréat

Quelle vaste supercherie que de faire croire aux élèves qu’ils méritent un bac que l’on a décidé au préalable de leur donner !

 

Le savoir est désormais considéré comme le bibelot exotique d’un passé bourgeois, selon les vœux du sociologue Bourdieu. Les coordonnateurs des centres ont réponse à tout. L’élève a fait une lecture anachronique du texte analysé ? Mais au fond, n’y a-t-il pas du Marlène Schiappa chez Madame de La Fayette ? Il a oublié de donner la problématique ? Vous conviendrez que ce n’est qu’un artifice ! Il a présenté en entretien d’une œuvre qu’il n’a pas lue ? Mais il a fait l’effort réel d’apprendre un résumé, n’est-ce pas ? Comment ne pas s’indigner de cette manière de procéder ? Quelle vaste supercherie que de faire croire aux élèves qu’ils méritent un bac que l’on a décidé au préalable de leur donner ! Et quel mépris des enseignants peut-on avoir pour oser leur demander de tout accepter ! Le bac est orchestré avec soin pour qu’aucun élève n’échoue et les “commissions d’harmonisation” supposées garantir un traitement juste entre tous les candidats n’ont plus en réalité qu’un seul mode de fonctionnement : le gonflage artificiel des notes. Elles sont l’œil de Moscou qui scrute et valide le travail de chacun. Chaque enseignant doit donner sa moyenne au terme de chaque journée d’oraux qu’il a fait passer et la comparer avec celle des autres examinateurs. Si la moyenne de l’un n’est pas suffisamment élevée, celui-ci doit remonter rapidement ses notes les plus basses pour atteindre la norme. Ainsi, l’enseignant qui se veut exigeant dans sa notation se retrouve à devoir justifier devant les autres de toute mauvaise note mise et il est systématiquement poussé à monter celle-ci. Beaucoup de collègues, voyant cela, ont pris systématiquement le parti de corriger le bac en surnotant d’emblée de 3-4 points par rapport à la normale les élèves qu’ils font passer. C’est le prix de la tranquillité mais aussi, pourtant, l’aveu d’un terrible renoncement. Les examinateurs acceptent d’une manière ou d’une autre l’expression libre de la médiocrité et cela se fait au détriment de la jeunesse.

Ces élèves qui vont avoir leur bac mais ne l’auront pas mérité, partiront-ils dans la vie avec toutes les chances de leur côté ?

Tous ces élèves qui vont avoir leur bac mais qui confondent nature et fonction grammaticales, ceux qui parlent avec assurance en analyse logique de « proposition principale subordonnée de coordination », ceux-là même qui pensent que « Balzac n’apporte rien aux lecteurs d’aujourd’hui », ceux qui ne font aucune liaison lorsqu’ils lisent un texte et butent sur tous les mots de plus de deux syllabes, ceux qui pensent que les musées rémunèrent les artistes et qui croient que « Léonard de Vinci vit toujours », ceux qui définissent le classicisme comme un « mouvement de gens luttant pour la paix », ceux qui disent que Madame de Montespan « donnait des cours à Louis XIV car elle était sa maîtresse », ceux qui au Grand oral choisissent des sujets ineptes comme « Peut-on cambrioler un casino ? » ou qui exposent aux examinateurs leur idée révolutionnaire dans le domaine de la mode : la création d’un pantalon en trois parties zippées que l’on pourrait changer à notre guise parce que « c’est grave cool, madame », ces élèves qui vont avoir leur bac mais ne l’auront pas mérité, partiront-ils dans la vie avec toutes les chances de leur côté ? Est-ce les aider que de le leur avoir offert sans qu’ils n’aient travaillé? Quel goût pour la liberté peuvent-ils nourrir, eux qui sont dans l’ignorance ? Quel amour pour l’art peuvent-ils faire grandir, eux qui ne parlent que de « street art » et n’ont jamais pris l’habitude d’entrer dans les musées ? Quel sens de la vérité peuvent-ils cultiver, eux qui ne s’appuient que sur TikTok et Instagram ? Enfin, quel attachement à leur pays pourront-ils jamais manifester, eux qui ne liront jamais le passé qu’à l’aune de leurs revendications d’aujourd’hui ?

Il est indubitable qu’il aurait mieux valu un bac respectueux des élèves et respectueux des enseignants plutôt qu’un artefact d’examen dénué de tout intérêt et organisé en dépit du bon sens. On ne peut faire grandir la jeunesse que par l’exigence que l’on nourrit à son égard, là est la véritable bienveillance. Le passage au contrôle continu qui est amorcé n’est pas une solution mais concrétise de manière logique la suppression d’un examen qu’on a fragilisé depuis des années déjà et qui est tombé à terre cette année sous les coups répétés. Le dernier ministre en a été le fossoyeur. Pourtant, il n’aurait pas été impossible de redonner aux programmes scolaires de l’épaisseur et de redonner de la crédibilité à cet examen. Mais il aurait fallu pour cela accepter de reconnaître avec humilité l’affaissement du niveau des élèves provoqué par les réformes successives et avoir le courage de refaire de la transmission du savoir le cœur de l’enseignement. Il aurait fallu redécouvrir l’évidence. Si nous voulons que la jeunesse prenne au sérieux l’épreuve du bac, il faut qu’on la prenne elle-même au sérieux et qu’on lui insuffle l’envie de se dépasser par des programmes et des examens dignes de son engagement, par des contraintes dignes d’efforts.

 

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Ch.Etzol 09/07/2021 15:01

Le ministre satisfait de sa réforme, dans un message de fin d'année aux enseignants (extrait) :
évoque le nouveau "baccalauréat" :

"Je souhaite vous faire part avec précision des changements envisagés pour le baccalauréat général et technologique à compter de la session 2022, tant ils sont importants pour le lycée mais aussi pour l’ensemble du système scolaire. Les projets de textes réglementaires intégrant ces ajustements ont été discutés en Conseil supérieur de l’éducation le jeudi 8 juillet.

J’ai examiné les propositions débattues lors de cette réunion et, après analyse, décidé les ajustements suivants.
Tous visent à donner une nouvelle vitalité et un sens puissant au baccalauréat : mieux préparer les élèves aux attentes de l’enseignement supérieur en associant de manière cohérente et efficace les deux modalités d’évaluation que sont le contrôle terminal et le contrôle continu tout en préservant l’équilibre en vigueur (40 coefficients pour le contrôle continu, 60 coefficients pour le contrôle terminal) et en renforçant l’esprit du nouveau baccalauréat, qui incite chaque élève à s’impliquer toute l’année dans ses apprentissages et préserve la dimension nationale et emblématique de l’examen.
Nous avons pris la décision de SUPPRIMER les évaluations communes, et ce d’abord par retour d’expérience : j’ai écouté ce que beaucoup ont dit sur le fait que la programmation de ces temps d’évaluation pesait trop lourdement sur la vie des établissements, l’organisation des enseignements et la progression des apprentissages. À leur place, un contrôle continu, réfléchi et organisé au sein de l’équipe, accompagné par les corps d’inspection, s’articulera plus souplement et plus efficacement avec la conduite des enseignements.
Nous en convenons tous, ce contrôle continu, à la fois pris en compte dans le cadre de la procédure Parcoursup et au baccalauréat, doit voir sa validité et son objectivité assurées : j’y vois là l’occasion inédite d’une réflexion collective sur les pratiques d’évaluation au lycée. L’institution s’engagera pour vous aider dans cette réflexion, par la production de ressources, par des formations dédiées, … Des temps banalisés en établissement seront spécifiquement consacrés à l’organisation et aux modalités de ce contrôle continu. Nous établirons ainsi ensemble un cadre national d’évaluation complet, garant d’une qualité reconnue, partagée et incontestable. Ce cadre ne sera pas une contrainte mais une protection, notamment à l’égard des pressions que beaucoup d’entre vous ont signalées de la part d’élèves et de leurs familles : vous pourrez vous y rapporter comme à une base sûre pour expliquer et justifier votre évaluation. Je ne doute pas par ailleurs que cette réflexion générale sur l’évaluation rejaillira sur d’autres domaines et permettra d’enrichir et d’approfondir la didactique et la pédagogie des disciplines.
J’ai également souhaité distinguer, dans ces modalités ajustées d’évaluation, l’enseignement moral et civique qui contribue tout particulièrement à l’acquisition des valeurs de la République et de la laïcité. Des efforts très importants seront du reste engagés à la rentrée scolaire prochaine, afin que nous tous puissions davantage porter cet enjeu absolument fondamental pour notre École : l’acquisition et le partage par tous les élèves des valeurs qui fondent notre projet républicain.
Enfin, dernier de ces ajustements, j’ai décidé de reconsidérer la place des enseignements optionnels dans la formation des élèves. Ils représentent en effet pour eux autant de chances d’enrichir leur parcours de formation, d’approfondir des apprentissages qui répondent à leurs goûts et à leur envie d’apprendre. C’est pourquoi leur évaluation sera renforcée au sein du baccalauréat, avec des coefficients supplémentaires qui reconnaîtront l’implication de l’élève dans le cadre du contrôle continu du cycle terminal ou de la classe terminale, ainsi que je l’ai proposé le jeudi 8 juillet au Conseil supérieur de l’éducation.
Ces dernières évolutions sont le fruit d’un engagement que j’avais pris : celui d’écouter les acteurs de terrain au cours des premières années de cette profonde réforme, afin d’ajuster chaque point dans le sens de la revalorisation du baccalauréat. J’ai procédé de même avec le lycée professionnel, grâce au travail de suivi du comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle.
Ainsi adapté, le nouveau baccalauréat général et technologique gagnera en lisibilité, en simplicité et en robustesse. Il reconnaîtra davantage l’implication des élèves dans leurs apprentissages, que ce soit par un contrôle continu consolidé ou par la plus grande considération des enseignements optionnels qu’ils auront suivis. Il vous permettra de travailler sereinement avec vos classes et de vous engager dans une réflexion et une dynamique d’équipe nécessaires pour assurer le partage des pratiques d’évaluation. Exigeant et attentif à la progression de chacun, le baccalauréat pourra ainsi davantage et mieux encore préparer vos élèves aux exigences de l’enseignement supérieur. Il consacrera les efforts que nous fournissons tous pour les aider à construire leur projet d’avenir.

Chacun doit garder à l’esprit le sens de la réforme engagée : plus de liberté de choix, plus d’approfondissement, une meilleure préparation à ce qui suivra le baccalauréat général, technologique et professionnel dans la vie de l’élève. Le Grand oral a en quelque sorte cristallisé ces caractéristiques et l’on peut se réjouir de sa tenue malgré toutes les difficultés de la période écoulée." [...]
Jean-Michel BLANQUER

xam Cirederf 07/07/2021 18:21

Voilà un article qui devrait être lu (???) par la journaliste qui a interviewé la Rectrice hier soir à Gpe 1ére. Mais nos journalistes sont encore peu enclins à s'informer avant de parler à tort et à travers.