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Publié par Edouard Boulogne

 L'enlèvement de la petite Mia révèle l'une des facettes éminemment dangereuses des réseaux sociaux.
 L'enlèvement de la petite Mia révèle l'une des facettes éminemment dangereuses des réseaux sociaux.

 

L'enlèvement de la petite Mia n'est pas seulement rocambolesque. il révèle aussi la fragilité des consommateurs de réseaux sociaux dans le monde ultra technicisé qu'est devenu nôtre monde « moderne ». (LS).

 

 

Enlèvement de Mia : l'invraisemblable expédition des ravisseurs de la petite fille


 

(https://www.lefigaro.fr/faits-divers/enlevement-de-mia-l-invraisemblable-expedition-des-ravisseurs-de-la-petite-fille-20210418?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=[20210418_NL_ALERTESINFOS]&een=c14975335b8bc0537b55cb39d83f3170&seen=6&m_i=xugH8OwN6_8aAOzC%2BT35dPdLXSOMzKaoa4kMyPX3ivuGFx5CJxIyc96cANVg4Fb2tpjsczkjg7798drdqL2QNqrUTKuUxQacxI


 

RÉCIT - Le procureur de Nancy a expliqué que le rapt de la fillette a été conçu comme une véritable expédition «militaire». Cinq suspects ont été mis en examen dimanche soir.

Épopée certes illégale, mais d'un certain panache, ou banal et lamentable rapt d'enfant ? Équipe professionnelle, ou pieds nickelés en mal de sensations ? Gageons que chacun aura une opinion sur le fait divers qui secoue la France depuis quelques jours. Ce dimanche 18 avril, le procureur de la République de Nancy François Perain a livré un récit extensif de l'enlèvement de la petite Mia, préparé et mené dans le secret par six hommes, dont cinq sont aujourd'hui mis en examen pour «enlèvement en bande organisée d'une mineure de 15 ans» et «association de malfaiteurs». Quatre d'entre eux ont été placés en détention. L'enfant de 8 ans a été retrouvée aujourd'hui en bonne santé, dans un squat en Suisse, et sa mère interpellée sur place. En France, cinq personnes ont été placées en garde à vue dans ce dossier rocambolesque.

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Tout commence sur les réseaux sociaux, où Lola Montemaggi rencontre un certain «Bouga», âgé de 42 ans, et à qui elle explique le problème qu'elle rencontre avec sa fille Mia, 8 ans, placée par les services sociaux chez sa grand-mère. La mère de la petite fille a développé depuis plusieurs mois des convictions antisystème, persuadée de l'illégitimité de l'incursion de l'administration française dans ses problèmes familiaux. Plus largement, c'est la vie en société que la jeune femme rejette. Comme l'avait indiqué le parquet d'Épinal en milieu de semaine, elle ne se présentait plus à ses convocations judiciaires depuis décembre, et avait annoncé qu'elle comptait partir vivre «sous les radars de la société». Des opinions partagées par Bouga, qui décide alors de monter une équipe pour aider Lola et lui rendre son enfant.

Cinq autres personnes entrent alors dans le jeu, désignées par le procureur Perain par les pseudonymes qu'ils utilisaient : «Jeannot», né en 1960, sans profession, «Pitchoune», né en 1963 et intermittent du spectacle, «le Corbeau», né en 1997 et qui reçoit une allocation d'adulte handicapé, et enfin «Bruno», né en 1961 et directeur technique. Un autre individu, impliqué dans l'enlèvement et connu sous le nom de «Basile», est aussi évoqué, sans plus de détails personnels. Selon le parquet, tous sont «des citoyens qui n'ont jamais fait parler d'eux, plutôt bien insérés socialement» et inconnus de la justice. Ils partagent une «communauté d'idées contre l'État» en général et s'opposent par exemple à la «dictature sanitaire» mise en place depuis l'arrivée du Covid-19. Les forces de l'ordre ont à ce titre retrouvé chez Pitchoune de faux certificats médicaux pour se soustraire à toute éventuelle campagne de vaccination obligatoire. Concernant les politiques sociales, ils considèrent que la protection de l'enfance enlève injustement aux parents leur progéniture.

Interrogé sur d'éventuelles convictions d'«extrême droite», François Perain a dit penser que «c'est beaucoup plus compliqué» : «je ne pense pas qu'il s'agisse de survivalistes ou de personnes d'extrême droite, c'est une communauté d'idées avec des points communs, sur des idées dures, telles que discours anti étatique. Au-delà de ça, il faudrait se livrer à des interprétations, ce que je ne ferai pas», a-t-il expliqué.

Nuits de camping sauvage

Si le procureur souligne qu'à ce moment des faits, «leurs convictions ne sont pas répréhensibles», ils entrent dans le domaine de la loi pénale lorsqu'ils organisent l'opération d'enlèvement de la petite Mia afin de la réunir à sa mère. Le projet est alors baptisé «opération Lima», et de l'aveu même du procureur, conçu comme une opération «militaire». Le scénario est établi : il s'agit de former une équipe qui se présentera à la grand-mère de Mia en se faisant passer pour des fonctionnaires des services sociaux, afin d'obtenir d'emmener l'enfant sous prétexte d'une convocation. La deuxième phase consiste à réunir Mia et sa mère, afin de les faire passer en Suisse.

Une fausse convocation sur le modèle du papier à en-tête de l'administration est alors fabriquée, et un script détaillé de l'intervention au domicile de la grand-mère est rédigé. Un budget de 3000 euros est rassemblé pour assurer les frais, l'aspect financier n'ayant pas été détaillé par le procureur à ce stade. Bouga, qui ne participera pas physiquement, achète notamment des talkies-walkies, des téléphones portables, et d'autres membres se procurent des équipements de bivouac.

L'opération est lancée le dimanche 11 avril. À bord de deux fourgons, un Volkswagen Transporter et un Citroën C15, Jeannot, Pitchoune et le Corbeau, qui habitent tous trois en Île-de-France, partent vers les Vosges. Sur le trajet, ils récupèrent Basile, et passent ensemble une première nuit en camping sauvage dans une forêt vosgienne. Ils sont rejoints par Bruno, à bord de son break Mercedes de fonction. Ils passent une seconde nuit sur place et en profitent pour maquiller le Volkswagen Transporter avec des insignes de la marque Renault. Le 13 avril, ils rencontrent Lola sur un parking à proximité des Poulières (Vosges), puis passent à l'action. Avec le van maquillé, trois des participants se présentent au domicile de la grand-mère, jouant le rôle de faux éducateurs qui vont devoir la persuader de leur confier l'enfant en vue d'un entretien - légal - avec sa mère.

À lire aussi :Enlèvement de la petite Mia : le grand-père félicite sa fille et y voit «un geste d'amour»

Jeannot, resté sur le parking, se tient prêt à répondre au téléphone et se faire passer pour un secrétaire de la protection de la jeunesse, si nécessaire. Devant les nombreuses preuves et le discours des ravisseurs, Mia est remise sans difficulté. Elle est alors immédiatement emmenée vers le parking où se trouvent Jeannot et sa mère. L'équipe part en direction de Saint-Dié-des-Vosges, à l'exception de Jeannot, dont la mission s'arrête là, qui démaquille son Volkswagen Transporter et repart vers la région parisienne. Les autres vont alors assister la mère pour qu'elle puisse passer la frontière franco-suisse. Bruno quitte également le groupe ; les trois hommes restants accompagnent à pied Lola et Mia jusqu'en Suisse.

Sur place, un nouvel individu surnommé «Roméo», né en 1980, Français résidant en Suisse, emmène la mère et l'enfant à bord de sa Porsche Cayenne, et les dépose à Estavayé-le-Lac, où elles passent une première nuit fugitive à l'hôtel. Une dernière complice entre alors dans l'aventure : une femme, qualifiée de «sympathisante», les héberge le lendemain, le 14 avril, à Neufchâtel, qu'elles ont rejointe en taxi. Le troisième jour de leur cavale, elles sont enfin amenées au squat de Sainte-Croix, toujours dans le canton de Vaud. Si Roméo a été interpellé samedi par les autorités suisses, la logeuse est toujours en liberté, même si son interpellation est à l'heure actuelle «envisageable» selon le procureur Perain.

Les ravisseurs, s'ils ont tenté de faire preuve de professionnalisme, n'auront donc malgré tout pas réussi à tromper les enquêteurs français et suisses. Au prix d'un «travail de fourmi», ceux-ci ont pu rapidement remonter la filière et procéder aux arrestations, jusqu'à l'heureux dénouement de ce dimanche. Concernant les complices interpellés en France, le procureur a détaillé qu'une information judiciaire est ouverte à leur encontre pour «enlèvement en bande organisée sur mineur de moins de 15 ans», et que leur placement en détention a été demandé. Le prochain travail de l'enquête, comme l'ont aussi souligné les colonels de gendarmerie présents à la conférence de presse, concerne désormais le fonctionnement de la mouvance, les motivations de chacun, et les éventuelles autres complicités, notamment financières.


 


 


 

 

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