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Publié par Edouard Boulogne

1) Kishore Nahbubani.
1) Kishore Nahbubani.
1) Kishore Nahbubani.

1) Kishore Nahbubani.

Ma journée d'hier a été perturbée par divers facteurs dont je n'ai pas à parler ici. D'où l'absence de publication d'articles, ce qui est très rare. Dans l'abondante correspondance reçue, que je vais devoir dépouiller, il y a, - expédié par un ami, que je remercie, - cet article sur l'avenir de la Chine, publié sous forme d'interview dans l'hebdo Le Point. Je n'ai pas le temps de le commenter, et laisse au lecteur l'entière liberté de le faire pour son compte. Je relève cependant dans le texte de l'article cette phrase : « Mon travail consiste à être un analyste neutre, rationnel et objectif. Je ne formule pas un souhait mais une prédiction ». J'ai trouvé l'article passionant. Toutefois, je ne crois pas à l'affirmation de « neutralité » et d'« objectivité » dont se réclame M. Nahbubani. La lecture attentive de l'ensemble de l'interview (dont je ne livre ici que de larges extraits) m'inspire ce scepticisme. De même pour l'aspect prédictif dont se prévaut l'auteur. On se souvient que Napoléon 1er, lorsqu'enfin il eut un fils de sa seconde épouse, - la princesse autrienne, - se serait écrié selon Victor Hugo : « l'avenir, l'avenir est à moi ». On sait ce qu'il en fut. Nul ne sait l'avenir. On ne peut, à cet égard que formuler .... des souhaits.

(Le Scrutateur).

Dans un livre dérangeant, le grand penseur singapourien Kishore Mahbubani analyse comment Pékin pourrait bien remporter la nouvelle guerre froide. Entretien.

Propos recueillis par Jérémy André (à Hongkong)

Publié le 18/03/2021 à 09h00 - Modifié le 18/03/2021 à 10h06

Trente ans après la disparition de l'Union soviétique, sommes7nous entrés dans l'ère d'une nouvelle guerre froide, qui opposerait cette fois-ci des États-Unis surpuissants mais déclinants a une Chine amnitieuse et totalitaire ? Donald Trump s'est effacé mais son successeur, Joe Biden, a repris, quasiment mot pour mot mais l'agressivité en moins, le discours de son prédécesseur sur la nécessite de contenir la superpuissance asiatique. Le diplomate singapourien Kishore Mahbubani, universitaire de renom, ancien ambassadeur de son pays aux Nations unies, théorise depuis longtemps les conséquences de l'essor de l'Asie, qu'il a prédit avec justesse, et du déclin relatif de l'Occident. Dans son nouveau livre, Le jour où la Chine va gagner, dont nous publions les bonnes feuilles, il juge vaines et dangereuses les tentatives américaines d'entraver l'émergence de la Chine comme nouveau numéro un mondial. Il souligne que l'Europe a un rôle clé à jouer pour empêcher la rivalité des deux géants de devenir une confrontation dévastatrice. Une ode au multilatéralisme qui détonne dans le monde de la « realpolitik » qui est le nôtre. Peut-être nous offre-t-il la solution d'une nouvelle coexistence.
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Eclaireur. Kishore Mahbubani, 72 ans, théorise depuis trente ans l’essor de la Chine et ses

conséquences sur le monde.
Le Point : N'est-il pas prématuré d’affirmer que la Chine a déjà gagné ?

Kishore Mahbubani : Il est en effet trop tôt pour dire qui l'emportera, de la Chine ou des États-Unis. Mais il n'est pas trop tôt pour affirmer que la Chine peut gagner. Pour les Américains, habitués à toujours triompher, l'idée qu'ils puissent perdre est inconcevable ! Pourtant, il est évident qu'un pays comme les États-Unis, qui n'a pas 250 ans, peut être vaincu par une civilisation qui a 4 000 ans.

Vous-même, souhaitez-vous la victoire chinoise ?

Mon travail consiste à être un analyste neutre, rationnel et objectif. Je ne formule pas un souhait mais une prédiction. La Chine a déjà émergé comme la deuxième économie du monde. Je prédis avec une certaine confiance qu'elle deviendra la première d'ici dix à quinze ans. Il n'y a rien que nous puissions faire pour arrêter son retour en force. Elle a été numéro un durant dix-huit des vingt derniers siècles. Qu'elle le redevienne constitue un développement parfaitement naturel. Ceux qui, aux États-Unis et dans le reste de l'Occident, versent dans la pensée magique en croyant qu'elle peut être stoppée ne comprennent pas la longue Histoire.

Le gagnant ne pourrait-il pas être l’Asie orientale en général, plutôt que l’État chinois ?

Je défends depuis plus de trente ans que le XXIe siècle sera celui de l'Asie. Mais mon nouveau livre porte sur la compétition géopolitique exceptionnelle entre les deux superpuissances rivales que sont la Chine et les États-Unis. Jamais, dans l'Histoire, un État n'a eu une puissance aussi grande que les États-Unis. Et aujourd'hui, ils sont défiés par la Chine.

Qu’est-ce qui vous fait penser que la Chine est differente de l’URSS et peut vraiment surpasser les États-Unis ?

J'étais déjà diplomate dans les années 1970, quand certains croyaient à tort à une victoire de l'URSS. Je resterai donc prudent. Les États-Unis peuvent gagner une fois de plus. Un de mes chapitres comprend un avertissement à Xi Jinping : ne sous-estimez jamais les États-Unis d'Amérique. Mais, pour l'instant, ce sont plutôt eux qui font cette énorme erreur de sous-estimer la Chine. L'URSS, qui a duré moins d'un siècle, était une création relativement neuve sur la scène mondiale. La civilisation chinoise est là depuis quatre mille ans. La population soviétique a toujours été moins nombreuse que celle des États-Unis ; celle de Chine lui est aujourd'hui plus de quatre fois supérieure. L'économie de l'Union soviétique

n'a jamais pu ne serait-ce que talonner l'économie américaine. La Chine, elle, a déjà une économie plus forte en parité de pouvoir d'achat.

Comment la Chine peut-elle surmonter son problème de vieillissement ?

Ce problème de vieillissement de la population n’affecte pas seulement la Chine. Si les Etats-Unis cessent d'accueillir des immigrants, si Donald Trump revient, la population américaine ne croîtra plus aussi vite. Quant aux Chinois, s'ils reviennent à une politique nataliste, leur croissance démographique peut rebondir. Quoi qu'il en soit, même si la population chinoise diminue, elle restera toujours bien plus importante que la population américaine.

Pourquoi écrivez-vous que le Parti communiste chinois (PCC) est plus chinois que communiste ?

Tout observateur asiatique qui connaît la Chine sait que le but dp PCC n'est pas de ressusciter ou d'exporter le communisme dans le monde. Ce dernier n'est qu'un instrument utilisé par les dirigeants chinois pour gouverner. Le rêve de ces dirigeants est de rendre sa grandeur à la Chine.

Avant Donald Trump, Xi Jinping n’a-t-il pas abîmé la relation de la Chine avec les États-Unis ?

En Occident, vous vous concentrez sur les individus. L'Histoire nous apprend à nous intéresser aux forces structurelles. Sur le temps long, à chaque fois qu'une puissance émergente est sur le point de surpasser la puissance établie, celle-ci tente de rabaisser celle-là. Même si la Chine était dirigée par une personne non violente comme Gandhi, les États-Unis tenteraient tout de même de la mettre à bas. La confiance en soi et l'ambition de Xi Jinping inquiètent les Américains mais elles répondent aux vœux des Chinois. Et, avec ou sans lui, les États-Unis considéreraient la Chine comme un grand challenger de leur hégémonie globale.

Comment jugez-vous le style plus affirmé de la diplomatie chinoise, parfois agressive avec des ambassadeurs appelés « loups guerriers » ?

Au temps de Deng Xiaoping, la diplomatie chinoise était plus humble et plus modeste. Mais son économie n'équivalait alors qu’à un dixième de celle des États-Unis, à parité de pouvoir d'achat. Maintenant que son PIB, toujours à parité de pouvoir d’achat, est beaucoup plus important, la diplomatie chinoise a pris de l'assurance. Certains diplomates ont été imprudents en pratiquant cette diplomatie des « loups guerriers », qui leur a aliéné certains pays, dont la France. Mais il reste des diplomates chinois qui portent un message

d'apaisement convaincant, comme l'ambassadeur aux Etats-Unis, Cui Tiankai. Tous ne sont pas devenus des loups guerriers !

La Chine est accusée de bousculer le statu quo à ses frontières, avec l’Inde, Taïwan, le Japon ou en mer de Chine méridionale. Son expansionnisme menace-t-il la paix en Asie ?

La Chine n'est pas expansionniste. Un État expansionniste emploie ses forces armées pour conquérir des territoires et s'agrandir. La Chine est la seule grande puissance qui n'a pas mené une seule guerre depuis quarante-deux ans, depuis la guerre sino-vietnamienne de 1979. Son armée n'a pas tiré un coup de feu depuis les dernières escarmouches avec le Vietnam à la fin des années 1980. Lors de l’incident de juin 2020 avec l'Inde, les pertes ont été causées par des combats au corps à corps. Les Chinois n'ont aucun désir de conquérir des territoires où que ce soit dans le monde. Il est naturel qu'à mesure que la Chine devient plus puissante elle gagne en assurance et en exigence et que cela mette mal à l'aise certains pays. Mais le monde devrait tout faire pour qu'elle reste pacifique et n'emploie pas la force pour étendre son territoire. Comme Napoléon l'a dit : « Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s'éveillera, le monde entier tremblera. » Beaucoup de politiques occidentales sont imprudentes parce qu'elles contribuent à réveiller la Chine, plutôt qu'à l'endormir.

Contre Taïwan, certains en Chine poussent à user de la force. Les dirigeants chinois ne devraient-ils pas tempérer le nationalisme, qui risque de compromettre l'ascension du pays ?

Pour comprendre le problème de Taïwan, il faut revenir au siècle d’humiliation que la Chine a subi de 1842 - lors de la prise de Hongkong par les Britanniques - à 1949 - date de la fondation de la République populaire de Chine. Les Japonais se sont emparés de Taïwan en 1895. Du point de vue chinois, Taïwan a toujours été une partie de la Chine. Depuis la normalisation de leurs relations avec la République populaire de Chine en 1971, les États-Unis reconnaissent que la Chine et Taïwan sont un seul pays, ce qu'on appelle la « politique d'une seule Chine ». La question est donc de savoir quand les deux systèmes seront réunifiés. Nous tous dans le monde, nous aimerions voir une réunification pacifique. Il faut pour cela éviter toute tentative de faire de Taïwan un pays indépendant, qui obligerait l'armée chinoise à intervenir. Car si un dirigeant chinois, tel Xi Jinping, était perçu comme faible sur la question de l'indépendance de Taïwan, il serait renversé par le peuple chinois.

 
 
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