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Publié par Edouard Boulogne

Pour Jacques Juliard du Figaro, Emmanuel Macron est une énigme.

Jacques Julliard est un homme de la gauche intelligente. Car cela existe, de même qu'il y a « une droite » pas très futée. J'ai lu certains de ses livres avec plaisir et profit.

Le voici qui s'exprime sur Emmanuel Macron qui l'intrigue comme il intrigue Philippe Bilger homme de droite, ( et intelligent lui aussi) en un sens assez voisin.

Macron pourrait-il changer ? J.Julliard, in fine, fait semblant de l'espérer. Un nouveu mouvement semblable au Conseil national de la résistance, forgé par la résitance non communiste à la libération (sous l'inspiration de de Gaulle et Charles Péguy) pourrait-il penser et mettre en œuvre un programme d'action qui relèverait la France, tombant bien bas depuis une trentaine d'années ?

En tout cas ce ne sera pas, selon moi, sous la direction de M. Macron. Le CN de la résistance c'était de Gaulle, inspiré de Charles Péguy, et de la pensée sociale chrétienne. Ce que n'est pas Macron dont je considère l'action peu cohérente avec scepticisme et méfiance (une méfiance non haineuse toutefois, la haine étant toujours mauvaise conseillère, en politique, et pas seulement).

Dans l'immédiat, et devant le spectacle lamentable que nous offent nos politiciens actuels, je demeure malgré tout, dans une espérance lucide et ferme.

La France en a vu d'autres, et elle s'est toujours relevée. « La France , vieux peuple, recru d'histoire, alternant le déclin et le renouveau, mais guettant sans cesse dans l'ombre, l'apparition du renouveau » comme disait de Gaulle que je cite de mémoire, mais l'essentiel y est.

Le Scrutateur.

 

Jacques Julliard: «L’énigme Macron»

CHRONIQUE - Le quinquennat d’Emmanuel Macron fait songer à ce que les Allemands appellent «bildungsroman», c’est-à-dire un roman d’éducation, analyse l’historien et essayiste, que nos lecteurs retrouvent chaque premier lundi du mois.

(https://www.lefigaro.fr/vox/politique/jacques-julliard-l-enigme-macron-20210103 )


Plus il parle, et moins on l’entend. Plus il s’explique, et moins on le comprend. Plus le temps passe, et moins on y voit clair. «Le mystère s’épaissit», comme on dit dans les polars.

Il y a décidément un mystère Macron. Ou mieux peut-être une énigme au grand jour, comme dans la célèbre Lettre volée d’Edgar Poe.

La preuve: à peine avait-on pris connaissance dans L’Express de l’un de ces entretiens fluviatiles dont il nous régale désormais à cadence accélérée, que deux observateurs perspicaces nous faisaient part de leur appréciation. Pour Michel Wieviorka, le sociologue, pas de doute, nous avons désormais affaire à un «populisme en voie de décomposition» mâtiné de tendances nationalistes et autoritaires. Diable! Pour Alain Minc, ce qui est en train de s’affirmer, en la personne du président, c’est un «chevènementisme européen».

À lire aussi :Complotisme, intégration, Pétain et privilège blanc: les grands sujets de l’interview de Macron à l’Express

J’avoue avoir bien aimé ce «chevènementisme européen»: une piste à suivre. Mais ce qui m’intéresse ici, c’est que le même texte puisse donner lieu à des interprétations aussi différentes. Je sais assez de politique pour ne m’étonner de rien. Mais tout de même. On ne m’ôtera pas de l’idée qu’Emmanuel Macron est au moins pour partie responsable des contresens et même des contradictions auxquels son discours et son action donnent naissance. D’emblée du reste, il nous prévient: «Nous sommes un peuple de paradoxes». Si cela est vrai, Emmanuel Macron est à coup sûr le plus français de nos présidents depuis le début de la Ve République ; comme Rousseau, il préfère être un homme à paradoxes plutôt qu’un homme à préjugés.

Voici quelques-unes des contradictions que j’ai relevées, après avoir relu trois fois l’entretien.

Depuis quelques mois, remarque-t-il, «les Français ont réaffirmé leur volonté de prendre leur destin en mains, de reprendre possession de leur existence, de leur nation». À ces mots j’ai tressailli de joie. Comment un tel retournement a-t-il pu se produire sans que je m’en sois si peu que ce soit aperçu! Las! Deux pages plus loin, il dénonce une société émotionnelle, une société de l’indignation, une société victimaire. Cela me paraît tout à fait exact. Mais comment à la fois se poser en victimes et reprendre son destin en mains? C’est une question difficile, et je ne songe nullement à l’en rendre responsable. Mais sommes-nous désormais un peuple de victimes ou un peuple prométhéen?

Identité n’est pas un gros mot

L’identité française. Emmanuel Macron a bien raison de reprendre cette question, soulevée naguère par Nicolas Sarkozy. À entendre certains, la France, pour rester ouverte à l’Autre, au Migrant en particulier, devrait être le seul peuple au monde à renoncer à son identité propre. «Être français, dit-il justement, et il le répète dans un autre entretien accordé au Point, c’est habiter une langue et une histoire.» Emmanuel Macron va même jusqu’à ajouter la «laïcité» au triptyque liberté, égalité, fraternité de la devise républicaine. Fort bien.

Il y a dans la manière de penser d’Emmanuel Macron quelque chose qui s’apparente à la scolastique médiévale, et notamment au célèbre « Sic et non » (oui et non) d’Abélard

Mais c’est immédiatement pour ajouter: «Comme Président, je ne reconnais qu’une communauté nationale. Mais je ne dénie pas aux autres communautés le droit d’exister.» Moi non plus d’ailleurs. Mais que n’a-t-il dit nettement que ces communautés d’origine ou de culture ne doivent en aucun cas s’ériger en concurrentes de la communauté nationale? Lorsque le président va jusqu’à dire que «chacun peut vivre entre plusieurs horizons culturels», il ouvre lui-même la brèche dans laquelle ne manqueront pas de s’engouffrer tous les adversaires de l’universalisme républicain, notamment les islamistes qui sont bien décidés à imposer l’existence de communautés autonomes, et si j’ose dire de mettre la charia avant les bœufs.

Il y a dans la manière de penser d’Emmanuel Macron quelque chose qui s’apparente à la scolastique médiévale, et notamment au célèbre «Sic et non» (oui et non) d’Abélard. Un exemple, premier temps: Emmanuel Macron déclare qu’il n’a jamais été «multiculturaliste» et se réclame de Jean-Pierre Chevènement. Très bien. Il est donc «universaliste» à la française. Mais c’est pour ajouter - deuxième temps: «Nous devons pouvoir être pleinement français et cultiver une autre appartenance». C’est bien ce que je craignais: il est communautariste. Enfin, troisième temps: «Les migrations ont créé une forme d’insécurité culturelle», se référant, sans le citer, à Laurent Bouvet. Décidément, il n’est ni universaliste ni communautaire, il est confusionniste. Où cette dialectique s’arrêtera-t-elle? Et quelle marge de manœuvre ce ping-pong cérébral un peu pervers laisse-t-il à l’action? J’ai l’impression que ces changements de pied permanents ont pour but principal de convaincre la gauche qu’il a raison de mener une politique de droite.

Macron contre la mondialisation

On l’a vu de même dans son interview à Brut., dans laquelle il prend la défense de la police et dénonce les «violences policières». Au-delà des faits qui ne sont pas contestables, il donne satisfaction à l’extrême gauche, qui à travers cette expression tend à accréditer l’idée que la police est par nature violente. Car dans notre monde de la communication, les batailles idéologiques sont d’abord des batailles sémantiques.

Je pourrais continuer longtemps, au risque de lasser mon lecteur. Je ne puis cependant laisser dire que la mondialisation de l’économie est le fait d’une «trahison des clercs», le président paraissant du reste attribuer à Marc Bloch une formule célèbre de Julien Benda. Ce ne sont pas les clercs, c’est-à-dire les intellectuels, mais les élites dirigeantes, économiques et politiques, que Marc Bloch met justement en cause dans le désastre de 1940.

Cette dénonciation de la mondialisation des élites est une première dans la bouche de l’ancien banquier

Un point toutefois est acquis: Emmanuel Macron déplore notre déclassement industriel: dans la Somme comme dans les Pyrénées «j’ai vu ces usines (textiles) fermer, ces gens perdre leur emploi et un début de perte de sens» car «l’élite économique s’est mondialisée… elle est partie! Elle s’est nomadisée, elle est devenue de nulle part». Ici Alain Minc a sursauté, il parle d’un dérapage dû probablement au Covid… Cette dénonciation de la mondialisation des élites est en effet une première dans la bouche de l’ancien banquier.

Pour finir, on notera qu’Emmanuel Macron dénonce la montée d’une violence de rue qui sous couvert d’anticapitalisme tend à la destruction des institutions républicaines. Ici on ne saurait que lui donner raison. Aujourd’hui, manifestation après manifestation, c’est de la gauche, d’une gauche ultra, que vient un discours de haine et de guerre civile contre l’exercice pacifique de la démocratie. La gauche républicaine, si elle veut survivre, doit se démarquer clairement de cette impasse nihiliste.

Que conclure d’un entretien que certains tiennent pour fondateur, et dont je n’ai retenu que quelques traits saillants?

Emmanuel Macron est un homme de mouvement, « en marche » vers sa vérité, qu’il ne paraît pas avoir encore atteinte

D’abord qu’Emmanuel Macron parle trop, trop longtemps et en tous sens. Sa volonté de tout dire, d’aller au-devant de toutes les objections l’amène souvent de la profusion à la confusion, comme l’a noté Bruno Retailleau. C’est un homme de mouvement, «en marche» vers sa vérité, qu’il ne paraît pas avoir encore atteinte. Par certains côtés, ce mandat présidentiel lui tient lieu de ce que les Allemands appellent «bildungsroman», c’est-à-dire un roman d’éducation. Le Macron de 2020 ne parle pas comme celui de 2017, non plus probablement que celui de 2022. Il émane de cette ivresse dans le maniement des concepts, quelque chose d’adolescent, assurément sympathique, mais l’Élysée est-il le lieu adéquat pour parachever son éducation et pour entrer par étapes successives dans sa propre vérité? Dans l’état d’incertitude, voire d’anxiété où se trouve l’opinion publique, pouvons-nous nous permettre un tel luxe?

Un saint-simonien contrarié

Et puisque chacun y va de son appréciation du «populisme en voie de décomposition» de l’un, jusqu’au «chevènementisme européen» de l’autre, je proposerai mon propre diagnostic: dans l’état actuel des choses, le macronisme est un saint-simonisme contrarié. Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, est cet immense penseur qu’Engels a rangé parmi les grands socialistes utopiques du XIXe siècle ; on résume souvent sa pensée dans l’effort pour passer du gouvernement des hommes à l’administration des choses ; la politique étant une activité archaïque, en attendant l’avènement du règne de la compétence.

Assurément, Emmanuel Macron eût été un président idéal pendant les années heureuses de la mondialisation, correspondant au dernier quart du XXe siècle: une sorte de super Giscard, ou mieux encore, un petit prince de la technocratie, combinant l’ouverture de la société avec le souci de la «verticalité» comme il aime à dire, et puisque la reconstruction du passé est un champ ouvert à toutes les rêveries, modernisant notre appareil économique tout en évitant les pièges de la désindustrialisation…

À lire aussi :Christophe de Voogd:«“Le jour d’après”: Saint-Simon 2.0 au pouvoir?»

En un mot, se montrant moins laissez-fairiste que Mitterrand et Chirac. Mais voilà qu’en 2017, à peine entré dans l’arène politique, il est cueilli à froid et violemment giflé au visage par les vents violents des mouvements sociaux (SNCF et retraites), la tornade des «gilets jaunes» et maintenant le déferlement du coronavirus: tout cet imprévu, tout cet imprévisible qui réduit à néant le savoir-faire saint-simonien du personnage.

La vérité est que depuis trois ans, Emmanuel Macron en est réduit à improviser dans un registre qui n’est pas le sien. Au moment d’élire un président, on devrait toujours s’interroger sur ce qu’il sait le plus mal faire, en considérant que c’est surtout de cela qu’il devra s’occuper. Dans le cas de Macron les gens peuvent être séduits par son intelligence, son énergie, son courage ; le fait est qu’il ne les rassure pas.

Les deux centrismes

Mais au-delà de la personne d’Emmanuel Macron, il faut s’interroger sur la formule politique qui le sous-tend, c’est-à-dire le centrisme entendu comme la coexistence des contraires, tout cela que résume la formule politique dans laquelle on prétend l’enfermer: le «en même temps».

Il y a en vérité deux centrismes. Le premier est de nature politique et d’essence parlementaire. Le centrisme, c’est ce qui reste quand on a éliminé la gauche et la droite, ou plutôt quand elles se sont éliminées elles-mêmes en raison de leur incompétence et de leur médiocrité. Ce centrisme résiduel, ce centrisme de «troisième force» comme l’on disait sous la IVe République, c’est l’union de la droite de la gauche et de la gauche de la droite contre la droite de la droite et la gauche de la gauche. C’est une formule fragile, dépendante des transactions entre les partis, et tout à fait incompréhensible pour l’opinion publique, qui se sent mise définitivement hors jeu. N’est ce pas ce que nous sommes en train de vivre? Pour peu que l’on rétablisse tout ou partie d’un système proportionnel pour les législatives, avec les tractations postélectorales qu’elles impliquent, on aurait là, à petites doses, un poison mortel pour les institutions de la République.

Il existe en effet, à côté du centrisme politique et parlementaire, un autre centrisme que je qualifierai de transcendantal, et qu’à la vérité il vaudrait mieux nommer un centralisme: celui qui permet la symbiose et peut-être même la synthèse entre les divers courants politiques, sociaux, intellectuels, culturels, spirituels qui composent le grand fleuve de la nation. C’est ainsi du reste que la formule politique du général de Gaulle, disons pour faire court le gaullisme du Général, ne relève en aucun cas du premier centrisme, mais s’identifie pleinement au second, le centrisme transcendantal. C’est le seul qui permet, M. le président, à cet amas de Gaulois querelleurs de s’incorporer dans une nation. Jacobinisme? Pas nécessairement: le girondisme qui n’était pas décentralisateur, mais déconcentrateur trouverait aisément sa place dans ce schéma.

Pour un projet patriotique

Comme à tous les moments sombres de son histoire, la France souffre surtout aujourd’hui de sa division. C’est elle qui entretient ce sentiment d’insécurité dont a parlé le président ; c’est elle qui paralyse les initiatives et nourrit le pessimisme. Cette division prend deux formes: d’une part ce que lui-même a qualifié de «séparatisme» émanant de l’islamisme radical, autrement dit ce projet insupportable de créer de véritables territoires islamiques autonomes et échappant à ses lois au sein de la terre de France ; d’autre part le clivage économique, mais aussi social et culturel, entre la France du centre (les métropoles) et la France périphérique. Ce n’est pas par des négociations, des concessions réciproques que l’on pourra surmonter les deux clivages. Ce que l’on a reproché plus haut à Emmanuel Macron relève justement de ce marchandage du «en même temps». Il y a en effet chez lui un contraste saisissant entre sa vision des problèmes, qui est le plus souvent large et hardie, et la mesquinerie des solutions qu’il avance, donnant d’une main ce qu’il reprend de l’autre: il devrait se convaincre que l’épicerie de gros et l’épicerie de détail sont deux métiers différents avec des procédés propres à chacun.

En un mot, la France a besoin d’un projet patriotique fédérateur, qui dépasse les intérêts catégoriels et qu’aucun parti n’est aujourd’hui capable de lui offrir. Les partis extrêmes eux-mêmes, qui n’hésitent pas d’ordinaire à s’affranchir des barrières du réel, sont muets. Qui aujourd’hui serait capable de dire ce que l’accession au pouvoir de La France insoumise ou du Rassemblement National apporterait de nouveau et d’utile?

À lire aussi :Vaccin contre le Covid, hommage aux héros du quotidien, Brexit... Ce qu’il faut retenir des vœux d’Emmanuel Macron

Nous avons besoin d’un projet national, d’un projet politique, qui serait à la France d’aujourd’hui ce que celui du Conseil national de la Résistance fut à celle de la Libération. De par sa fonction, de par ses qualités propres, Emmanuel Macron n’est pas le plus mal placé pour être l’homme d’un tel projet. Ce serait, en somme, le début de son règne personnel, après quatre années consacrées aux affaires courantes. Sinon, d’autres surgiront peut-être soudainement parmi ceux que l’on n’attendait pas. Après tout, c’est lui-même qui a donné la recette.

 


 


 

 

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