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Publié par Edouard Boulogne

La crise du Covid 19 va-t-elle provoquer un bond de la misère en Guadeloupe ?

La crise économique qui frappe le pays en cette période de pandémie de la Covid-19 rend les guadeloupéens très majoritairement pessimistes quant à la situation économique et sociale de la guadeloupe. Les chiffres sont alarmants. On sent en effet une vive inquiétude quant à l'augmentation de la pauvreté. Aujourd'hui, notre pays la Guadeloupe protège plus que d’autres les plus pauvres, et ce du fait du modèle social français. Ce modèle est plus coûteux que d’autres dans le monde , mais il protège mieux et évite la plus grande pauvreté à un grand nombre, notamment parmi les familles et les personnes âgées. L’utilisation des fonds publics est une nouvelle fois au coeur des interrogations en Guadeloupe. 
Mais qu'en sera-t-il demain avec l'alourdissement de la dette et les dégâts financiers sur les comptes publics de l'Etat causés par la crise du Covid 19 ? 
Pour l’instant, en Guadeloupe , on procrastine, (Procrastiner : Remettre au lendemain. Note du Scrutateur) on s’endette, on retarde autant qu’on peut l’effondrement économique et social qui découlera de cette pandémie du coronavirus . Mais en fait, comme toujours quand on n’agit pas lucidement face à une menace, quand on cache aux guadeloupéens l’immensité de la crise qui va arriver, on ne fait que se préparer à en faire payer le prix aux plus fragiles, aux plus pauvres.

Continuer comme ça, c’est aller tout droit à une paupérisation accélérée , des classes moyennes et aussi, à la fin,  la survenance d'une misère qui touchera les plus pauvres, les principales victimes. La COVID-19 représente une crise dévastatrice et sans précédent qui nous touche tous, partout. Aucune région ni aucun pays ne sont épargnés. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, le taux mondial d'extrême pauvreté devrait augmenter en 2020 », estime la Banque mondiale dans un rapport publié début octobre. Et ses prévisions sont alarmantes. Les conséquences de la crise sanitaire devrait entraîner entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté en 2020 et faire basculer jusqu’à 150 millions de personnes dans l'extrême pauvreté d’ici à 2021, en fonction de la gravité de la récession économique. 

Pour ce qui concerne la Guadeloupe, la crise économique est bien là en ce moment , comme conséquence de la crise sanitaire du coronavirus qui sévit. Mais déjà la crise sociale s'installe avec la progression des dépenses départementales pour le RSA ou encore la forte hausse de l’aide alimentaire : partout, les signaux d’alerte s’allument sur la situation des plus précaires.

 

Les associations caritatives mais également les centres communaux de l'action sociale (CCAS) voient le nombre de bénéficiaires augmenter. Pour certaines de 50 %. Les demandes sont diverses : l’aide alimentaire ou encore l’aide financière pour payer les factures qui s’accumulent.

Le Secours Catholique par exemple, a dénombré 4000 situations de pauvreté en 2019. En 2020, rien que pour le 1er semestre,  6000 situations de pauvreté ont été rencontrées par les équipes de l'association.

Les statistiques enregistrent une augmentation de 20% du nombre de personnes âgées concernées et de 30% de travailleurs pauvres (intérimaires, job, bas salaire) dont 80% de femmes.

Les demandes de RSA ont bondit à un niveau jamais atteint en Guadeloupe. Les chiffres l'ont confirmé. 3600 personnes , c'est le nombre de personnes qui se sont inscrites ces derniers mois en Guadeloupe au RSA, le Revenu de Solidarité active. Le RSA est distribué à 50000 personnes dans l'Archipel sur 390000 habitants. Ces personnes reçoivent 564 euros par mois.

En Guadeloupe, il y a près de 1000 dossiers supplémentaires à traiter par mois. En 2019, ce sont déjà plus de 71 millions d'euros que le Conseil Départemental a dû allonger. Au regard des chiffres, on peut s'attendre à un montant deux fois plus élevé en 2020, avec des perspectives pour 2021 tout aussi pessimistes.
Non seulement cette forte croissance de la demande de RSA risque de compromettre les marges budgétaires de la collectivité, mais il met aussi en danger le financement des autres dispositifs de solidarité dont le conseil départemental à la charge. La crise économique qui s'annonce va demander de gros efforts à des collectivités (région, département, communes) déjà fragilisées, reste à savoir si elles pourront tenir le choc. Quoiqu'il en soit gardons à l’esprit que dans ce contexte délétère de crise, la déconstruction du modèle de  départementalisation avec l'érection d'une collectivité unique dans la précipitation risque de provoquer une forte dégradation de la trésorerie des collectivités locales du fait du désengagement financier de l'Etat français. Cela risque d'accélérer la crise sociale avec son corollaire la grande pauvreté de masse en Guadeloupe.
" La chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés." Louis Pasteur, lors d'un discours prononcé en Sorbonne le 27 décembre 1892.
Non, décidément, une collectivité unique en Guadeloupe à l'instar de ce qui s'est produit en Martinique, ce n'est pas une bonne idée !
Gardons nous aussi du dicton créole :
" Fò mèt difé an pay-sèk, pou tann langaj a krikèt."

Jean marie Nol économiste

 

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