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Publié par Edouard Boulogne

 La mort de monsieur Alain Huyghues-Despointes.
 La mort de monsieur Alain Huyghues-Despointes.

C'est dans la nuit entre le 28 et ce 29 août 2020 qu'est mort Alain Huyghes-Despointes à l'âge de 94 ans.

Il était l'un des chefs d'entreprise les plus connus dans l'île sœur, pour son savoir faire dans son domaine, et pour son humanité qui le faisait estimer non seulement de ses pairs, mais aussi de son personnel nombreux et d'une foule de Martiniquais.

Il n'a cependant accédé à une notoriété presque internationale que par des déclarations malheureuses qu'il fit en 2010 sans avoir conscience de leur caractère intempestif ou du moins maladroit à un journaliste métropolitain pour une chaîne TV nationale. Le « hasard » voulut que la diffusion de ces propos coïncida avec un mouvement social virulent qui paralysait la Martinique et la Guadeloupe. Je réédite ci-dessous l'article que je publiai sur cette affaire :

 

« Dans un entretien télévisé d'une émission devenue célèbre, M.Alain Huygues-Despointes, s'était laissé aller à certaines approximations de langage.

Parlant, entre autres choses, de l'époque de l'esclavage aux antilles, il avait affirmé que « l'esclavage n'avait pas eu que des aspects négatifs ».

Parlant du métissage, il avait prétendu que ce dernier ne donnait rien de bon.

Pour ces deux bévues, le voici aujourd'hui déféré en justice pour apologie de « crime contre l'humanité » comme un vulgaire Adolphe Hitler.

Le procès se déroule ces jours-ci à Fort de France, pour le plus grand plaisir des « moralistes » ( le MRAP, SOS-racisme, la Ligue des droits de l'homme, etc) qui prétendent ériger en règle de loi, leurs humeurs du moment, leurs rancoeurs, et leurs ressentiments, quelques que soient les causes de ceux-ci, qui, souvent n'ont pas grand chose à voir avec l'objet du délit.

Lors du passage de l'émission sur les ondes, je m'étais ( sur Le Scrutateur) désolidarisé, sinon du « délit », du moins des propos, dans leur littéralité de M.Despointes. ( Voir l'article consacré à l'émission Les derniers maîtres de la Martinique ).

Je pèse mes mots? Désolidarisation avec des mots, maladroits, mal venus, dont il eut mieux valu qu'ils n'eussent pas été tenus, puisqu'ils l'ont été dans une société où le passé n'est pas encore pleinement assumé.

Mais parler d'apologie de crime contre l'humanité, me paraît relever non seulement de l'ineptie, mais de la malhonnêteté la plus vile, surtout quand ils émanent de Martiniquais, ou de Guadeloupéens qui connaissent parfaitement la réalité des choses, et la façon dont, les uns et les autres parlent, chez nous, de ces choses dans la vie quotidienne, du moins quand ils parlent entre eux, dans l'intimité familiale, ou dans la conversation familière devant une table de dominos, entre deux ti punchs.

L'erreur D'A H-D est d'avoir oublié qu'il ne parlait pas dans de telles conditions, mais devant une caméra manipulée par un de ces journalistes parisiens qui se sont tel jadis Tartuffe, fait une spécialité de « moraliser » sur tout, pour faire valoir leur « humanisme » tel que celui-ci est aujourd'hui défini par des officines dont la vraie morale est le cadet de leurs soucis.

A H-D est de plus un homme âgé, de 84 ans. C'est un homme d'affaire brillant, mais ce n'est pas un intellectuel. Je veux dire par là qu'il est peu au courant des moeurs actuelles du monde médiatique qui fait et défait les réputations. Il est peu habitué aux joutes de ce milieu d'experts dans l'art de déformer, de manipuler, d'interpréter n'importe quoi pour le transformer en armes de guerre au profit de leurs passions, ou de leurs... patrons! On se se rappelle le mot de Richelieu, jadis : «  donnez-moi, une ligne manuscrite de n'importe qui et je le fais condamner aux galères, sans autre forme de procès ».

Or depuis Richelieu, la manipulation a fait d'énormes progrès notamment dans le montage, dans le choix et la manipulation des images.

Ce que voulait dire le vieil homme en parlant «  des bons côtés » de l'esclavage, c'est tout simplement ( si j'ose dire, sur un sujet sensible) que l'esclavage ne se limita pas aux tortures occasionnelles ( si odieuses pour nos mentalités actuelles d'occidentaux, du moins dans le principe) pour esclaves récalcitrants ou en fuite. Qu'il fut cela certes, mais pas seulement. Qu'il fut aussi un mode de vie, extrêmement dur, mais pas nécessairement plus dur au quotidien que la vie des serfs ou des paysans en Europe ou ailleurs ( et notamment en Afrique), en ces époques anciennes. ( voir mon article sur l'esclavage sur ce blog).

J'ajouterai, que de tels propos étaient tenus, il y a 30 ou 40 ans encore, par des antillais noirs, des intellectuels, que j'ai connus, venus du peuple, comme on dit. Je me souviens de l'un d'eux, une femme, professeur de philosophie, qui me disait « Sans l'esclavage, qui fut une chose afreuse et dure, nous serions encore en Afrique... » (points de suspension éloquents)

On pourrait parler à leur endroit ( ce n'est pas ma pensée; admettons pourtant!) d'aliénation culturelle. Mais, d'apologie de crime contre l'humanité ou de négationisme? Non! Il faut être sérieux.

 

En ce qui concerne le métissage maintenant, je voudrais évoquer à nouveau ( voir sur le sujet l'entretien que j'ai eu avec le Journal Le MIKA déchaîné sur Le milieu des blancs créoles de la Guadeloupe, reproduit intégralement sur Le Scrutateur ) un souvenir personnel qui date du début des années 1960.

A cette époque, j'eus sur le sujet dont nous parlons une longue conversation avec un ami, noir, assez nettement plus âgé que moi, qui avait été mon professeur, était un homme de gauche, avec lequel j'avais des relations amicales fondées sur le respect, et qui vit encore.

Il me tint des propos à peu près strictement identiques à ceux qui conduisent M. A H-D dans le box des accusés.

Plus tard, vers 1980, je discutais un jour, à mon domicile, avec mon confrère de la presse écrite Jacques Canneval.

Sur le métissage, il me pressait de questions. Je lui dis que le métissage serait, un jour, un fait évident, sans résonnance particulière.

Un jour, dans deux ou trois siècles, parce que, le cours des choses, l'évolution des techniques qui met en contact, les civilisations les plus diverses, qui autrefois constituaient des mondes à part, et presque imperméables, allaient dans le sens du mélange biologique.

Je ne situais pas mon propos sur un plan moral, mais sur le plan des faits, celui de la sociologie ( sociologie véritable, celle d'un Georges Gurvitch ou d'un Raymon Aron, non l'infâme bouillon de culture qui porte aujourd'hui ce nom dans l'université française!).

Le métissage biologique, ni bon, ni mauvais en soi, sera, un jour, un fait, qui ne posera plus problème.

Mais il ne faut pas le considérer comme un devoir moral, un objectif à viser par des moyens autoritaires et coercitifs, sauf à vouloir provoquer des réactions imprévisibles, dangereuses, et difficiles à contrôler.

J'ajoutai que, pour ma part, je ne voyais aucun inconvénient à ce que un jour ma descendance familiale soit métissée. Que je préférerais qu'un futur E.Boulogne fut métissé, et en même temps cultivé, intelligent, généreux et d'esprit ouvert, à un qui aurait conservé sa « pureté » blanche mais serait égoïste et de courte vue.

Je précisais encore, qu'il y aurait un jour, un président de la République d'origine antillaise, et que je préférerais un de Gaulle nègre, à l'un de ces petits politiciens banals, de droite ou de gauche, qui, trop souvent tiennent les leviers de commande, et ... le crachoir.

Je fus un peu surpris de voir que cette conversation privée avait servi à mon ami Canneval à construire son éditorial de l'hebdomadaire Sept-Mag qu'il dirigeait. Je ne lui en fit pourtant point la remarque ni le reproche, puisqu'il s'agissait bien de ma pensée, à moi, blanc créole de la Guadeloupe.

On a compris que, sans excuser les propos légers de M. Alain Huygues-Despointes, les deux ou trois « grosses bétises » qu'il a dites, je me refuse à lui attribuer les qualificatifs insultants et humiliants dont il est l'objet.

Tout se passe comme si les professionnels de l'embrouille sociale avait décidé d'en faire un bouc émissaire, de leur malaise existentiel, ou de leurs ambitions politiques sans limites.

Et, ce qui est grave : tout se passe comme si la partie était jouée d'avance.

J'en veux pour preuve que lorsque les employés et ouvriers de ses entreprises viennent défendre leur patron et le laver de l'accusation de racisme, le magistrat récuse leur témoignage d'un revers de main.

Je voudrais faire une dernière remarque, avant de conclure.

Je reçois, plusieurs fois par jour, des informations sur ce qui se passe en Guadeloupe, en Martinique, et d'ailleurs sur d'autres sujets plus ou moins ciblés. Ceci par le système des « alertes google ».

Or parmi les articles de presse sélectionnés – par Google – sur l'actualité martiniquaise, on peut lire : «  Aujourd'hui, le procès du béké a H-D..., » etc.

On ne parle pas du procès d'un homme qui aurait commis une faute, mais de cet homme en tant que béké, et comme si tous ceux de son monde était coupable.

Le terme « béké », n'est pas chez nous, pour la plupart, un terme péjoratif. Il sert à désigner quelqu'un en tant qu'il appartient à l'un des groupes sociaux qui ont bâti la Guadeloupe et la Martinique.

Mais, dans les milieux politisés dans un sens gauchiste et révolutionnaire, et en particulier, ceux du microcosme médiatique, de la métropole, il n'en est pas de même. Pour cette engeance, « béké » est le qualificatif d'êtres particulièrement nuisibles, qu'il faudrait éliminer pour favoriser le progrès. Ainsi parlaient les nazis à propos des juifs ( la juiverie, disaient-il, comme d'autres parlent de la békerie).

Parler d'un homme, même coupable, en étendant à tous les membres de sa communauté, ses turpitudes ( supposées ), n'est-ce pas la définition même du racisme?

Et, peut-être le procès d'A H-D est-il bien le procès d'un racisme, mais pas de celui qu'on pourrait croire.

Les juges qui statueront, dans quelques semaines, s'ils ont gardé au fond de leur conscience, quelque chose de la pureté des enfants qu'ils furent, s'ils ont conservé quelque liberté intérieure, quelque souci de la justice, feraient bien de s'en aviser ».

 

Edouard Boulogne.

 

Il est fort probable que c'est cette « affaire » qui constituera le fond des commentaires à l'occasion des obsèques de A H-D. Car le clan indépendantiste dans nos îles n'est pas enclin à l'indulgence envers un homme même si les propos qu'on lui reprochait exprimaient moins de la  haine ou du mépris que les sentiments d'un homme très âgé en décalage avec l'évolution des mœurs par rapport au temps de sa jeunesse.

Un mois environ après le procès il me téléphonait. C'était pour me remercier (nous ne nous étions jamais rencontré) de l'article que l'on vient de lire. Nous parlâmes un bon quart d'heure. Tout en regrettant d'avoir été involontairement l'occasion d'un scandale » il protestait contre la cruauté qu'on avait manifesté contre lui. « Je crois, me disait-il que j'ai vécu trop longtemps, et que je comprend pas bien mon époque, pas plus qu'elle ne comprend ».

Il était très ému. Je crois qu'il était sincère.

 

Le Scrutateur.

 

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