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Publié par Edouard Boulogne

Canne de Scrutateur.
Canne de Scrutateur.

Canne de Scrutateur.

Il y a quelques jours, soucieux d'échapper pour quelques instants à ma tâche de lecteur impénitent, de documentaliste et « d'écrivant », tâche peut-être dangereuse pour les reins et les yeux d'un jeune homme de 78 ans, je décidai, armée de ma canne cyranesque à pommeau d'argent de circuler dans ce vieux Pointe-à-Pitre qui fut , il y a quelques décennies encore, un cadre élégant et extraordinairement animé. Depuis que la Ville est administrée par la dynastie que l'on sait, la ruche est devenue un désert triste, et silencieux. On se croirait dans ce que dut être Pompéi, juste après l'éruption du Vésuve. Tandis que je déambulais le long du quai De Lesseps, me récitant le vers fameux de Jean Racine : « dans l'orient désert quel devint mon ennui ? (ennui au sens fort, disaient les petits classiques des éditions Vaubourdolle) j'avisai l'un des derniers commerces encore ouverts en ces lieux pleins de mélancolie, j'avisai (et ouvert au public) la vidéothèque Video Top.

Je pénétrai dans la grotte, conversai (deux mots, quatre paroles!) un moment avec le patron aimable mais désabusé, puis errai à travers des galeries un peu poussiéreuses (Pompéi vous dis-je !). Nous vivons depuis quelque temps déjà dans l'ambiance « antiraciste » que l'on sait, et mes yeux tombant sur un titre de cassette Autant en emporte le vent, j'achetai l'objet.

Je l'ai visionnée le soir même.

J'avais déjà vu ce film à Paris en 1964 dans une ambiance joyeusement juvénile. Que reste-t-il de tout cela ? (https://www.youtube.com/watch?v=DEmQSeNQrh4 )

J'avais été intéressé, séduit par la splendeur de la mise en scène, la beauté des acteurs et actrices. Mais Gone with the Wind n'emporta pas mon enthousiasme absolument. Cinématographiquement s'entend, et point pour des raisons morales.

J'étais déjà persuadé que l'esclavage n'était pas défendable chrétiennement parlant, et j'étais philosophe (apprenti) et ardemment chrétien. Mais mon esprit critique me pressait de resituer les mœurs dans leur contexte historique. Que dira t-on dans trois cents ans de la façon de faire travailler des enfants, jeunes gens, adultes en Chine communiste, dans la République indienne, aujourd'hui, dans les pays émergents, etc. Ces jours-ci j'ai donc revu l'oeuvre avec un sentiment identique, quoique plus sévère sur la forme. Les serviteurs parlaient-il vraiment comme cela à leurs maîtres ? Cette façon pour la nounou, de dire « non mam'zell Scarlett', cela paraît un peu surrané et ridicule. Oui, les années ont passé, le goût du public a changé (en mieux???) et les techniques du cinéma aussi.

Mais je dis clairement que je récuse totalement les accusations de révisionnisme historique portées contre le film à seule fin de dissimuler une censure pourtant évidente de la part de ceux qui ont hérité du communisme la dialectique de la lutte des classes, aujourd'hui remplacée par la lutte des races, encore plus dangereuse.

C'est pourquoi chers lecteurs, de tous âges (et … races!), je vous invite à acheter la cassette video. Il faut garder les traces. Il faut montrer aux  nouveaux totalitaires et à ces Macron, Castaner, Jo Bidet, et cie, et que l'on ne manipule pas comme çà de grands peuples de vieille culture.

(Le Scrutateur)


 

Autant en emporte la moraline..., par Philippe Bilger.

 

La moraline est un terme inventé par Friedrich Nietzsche (das Moralin) pour désigner par dérision la morale bien-pensante.

 

 

(https://www.philippebilger.com/blog/2020/06/autant-en-emporte-la-moraline.html


 

Pourquoi faut-il s'étonner ? Pourquoi le processus de la morale dégradé en moraline se serait-il interrompu pour ne pas aboutir, aujourd'hui, à cette absurdité, si j'ose dire exemplaire ?

HBO Max vient de retirer de son catalogue un chef-d'oeuvre du septième art : "Autant en emporte le vent", à cause de ses "préjugés racistes" (L'heure des pros, CNews).

J'ai appris également qu'on avait modifié, dans le film, le "parler" des gens de couleur pour les faire s'exprimer à la mode classique.

Ce n'est pas aujourd'hui que ce délire est né, qui conduit à porter sur les oeuvres d'hier la réprobation actuelle. Cela a commencé par plusieurs petits épisodes souhaitant par exemple retoucher Carmen, réviser Tintin (Tintin au Congo) ou Shakespeare qui dans le Marchand de Venise avait mis des propos antisémites dans la bouche de l'un des personnages.

Il est donc intolérable que l'imaginaire n'ait pas la pesanteur de notre monde.

Il me semble qu'on traite avec beaucoup trop d'indulgence ces phénomènes de "normalisation" artistique, voire d'éradication qui ont été le fait de quelques dictatures et dont Georges Orwell, dans 1984, a donné une terrifiante illustration.

Parce que probablement on feint de croire que seul l'art est concerné et que cette sorte de trésor immatériel révisé, réformé, redressé, n'appellerait pas une indignation à la mesure de cette catastrophe.


 

Car, s'il y a une volonté de plus en plus affichée d'éradication artistique, cela tient au fait que l'impuissance politique est à son comble. La morale perd sa superbe allure pour dégouliner en moraline, on s'acharne contre l'art pour débusquer en lui tout ce que notre époque avec son conformisme de coeur et d'esprit répudie, pour y trouver avec une horreur impatiente et anticipée, du racisme, de l'antisémitisme, de la discrimination, parce que nous sommes incapables de lutter effectivement contre ces fléaux trop concrets.

On démolit le verbe d'antan, on le condamne pour son incorrection, on s'obstine à apposer sur lui nos fantasmes de purification langagière parce que malheureusement nous sommes confrontés à une réalité face à laquelle on s'époumone sans le moindre succès.

Faute de dominer le factuel malfaisant, on se contente, comme un scrupuleux et pointilliste greffier, de dénicher dans l'art, même le plus éclatant, même le plus universel, les traces d'une malfaisance qu'on fustige avec la bonne conscience d'esprits, paradoxalement, de moins en moins cultivés et de plus en plus implacables.

Ainsi on brise nos rêves d'enfance, on souille notre mémoire, on nous oblige, croit-on, à reconsidérer nos admirations et à perdre nos illusions. On massacre l'extraordinaire et exemplaire moralité de l'oeuvre d'art, quelle que soit sa nature, pour lui imposer les règles d'une modernité qui trie, discrimine et trahit.

Cette offense grave à la splendide neutralité de l'art engendrera, j'en suis persuadé, d'autres poisons encore. Plus notre politique sera désarmée et notre morale verbale, sans l'ombre d'une effectivité, plus notre moraline sera vigilante et affûtée. On compensera les unes par l'autre.

Je lis sur les réseaux sociaux cette parodie: "Bientôt la région Normandie va demander la censure de Madame Bovary, qui nuit à son image touristique et à son attractivité".

Vous allez rire : avant qu'on me détrompe, j'avais pris cette phrase au sérieux !

Tout est possible aujourd'hui, hélas...


 


 


 

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

xam Cirederf 12/06/2020 14:06

Comme toujours, seule la culture et la bonne formation permettent de mieux vivre dans un monde civilisé.
Mais où sont passés ces deux valeurs?????