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Publié par Edouard Boulogne

Le coup de gueule du philosophe André Comte-Sponville sur l'après-confinement

(Cher Professeur,

Je vous envoie cet article intéressant.

https://www.franceinter.fr/idees/le-coup-de-gueule-du-philosophe-andre-comte-sponville-sur-l-apres-confinement

Prenez bien soin de vous.

Très cordialement, )


 

Un de mes anciens élèves (voir ci-dessus) , natif de St-Barthélémy, et qui vit à Saint-Barth, m'envoie cette déclaration d'André Comte-Sponville que vous trouverez ci-dessous.

«Que la société ne doive pas tomber sous un pouvoir médical, j'en tombe d'accord avec lui. Mais nôtre philosophe n'en cède pas moins dans certaines facilités de langage qui me surprennent. Sans entrer dans trop de détails, car le confinement et le travail de lecture et d'écriture auquel je m'astreins sont fatigants, je retiens ce paragraphe à mes eux léger :

« On peut évoquer la peste, au XIVe siècle, qui a tué la moitié de la population européenne. Mais on a rappelé récemment dans les médias, à juste titre, que la grippe de Hong Kong dans les années 1960 a fait un million de morts. La grippe asiatique, dans les années 1950, a tué plus d'un million de personnes. Autant dire beaucoup plus qu'aujourd'hui dans le monde. On en est à 120 000 morts. En France, les 14 000 morts est une réalité très triste, toute mort est évidemment triste mais rappelons qu'il meurt 600 000 personnes par an en France. Rappelons que le cancer tue 150 000 personnes en France. 

En quoi les 14 000 morts du Covid-19 sont-ils plus graves que les 150 000 morts du cancer ? Pourquoi devrais-je porter le deuil exclusivement des morts du coronavirus, dont la moyenne d'âge est de 81 ans ? Rappelons quand même que 95 % des morts du Covid-19 ont plus de 60 ans ». 

M Comte-Sponville a tort de comparer les morts passés et … à venir du Covid.19 aux 150.000 morts du cancer, par an, en France. Car le cancer n'est pas une maladie épidémique que l'on peut contracter par la respiration ou un simple contact. Et puis, sans les efforts actuels de confinement à combien s'élèverait en France et ailleurs  le nombre des morts ?

Bien sûr, la médecine ne doit pas définir, à elle seule les règles du bien-vivre en société humaine. Mais si les millions de victimes de la peste au XIVème siècle avaient envisagé le progrès médical survenu depuis lors, sans doute se seraient-elle soumises aux règles, par exemple, de confinement, qu'auraient édicté les gouvernements de l'époque dans l'atteinte de la découverte d'un vaccin dont on ne possédait même pas la notion en ce temps là.

Enfin Comte-Sponville sur la fin de sa déclaration surprend quelque peu par son « jeunisme » irresponsable en proclamant « Pourquoi devrais-je porter le deuil exclusivement des morts du coronavirus, dont la moyenne d'âge est de 81 ans ? Rappelons quand même que 95 % des morts du Covid-19 ont plus de 60 ans ».

Comme quoi les philosophes eux-mêmes peuvent être approximatifs. (Le Scrutateur).

Le coup de gueule du philosophe André Comte-Sponville sur l'après-confinemen


 

(https://www.franceinter.fr/idees/le-coup-de-gueule-du-philosophe-andre-comte-sponville-sur-l-apres-confinement )

Le célèbre philosophe, auteur du "Petit traité des grandes vertus" (Seuil), André Comte-Sponville a publié une vingtaine d’ouvrages et a partagé dans "Grand Bien Vous Fasse" son sentiment quelque peu alarmiste quant à la société de l'après-confinement.

André Comte-Sponville : "Il faut d'abord se rappeler que l'énorme majorité d'entre nous ne mourra pas du coronavirus. J'ai été très frappé par cette espèce d'affolement collectif qui a saisi les médias d'abord, mais aussi la population, comme si tout d'un coup, on découvrait que nous sommes mortels. Ce n'est pas vraiment un scoop. Nous étions mortels avant le coronavirus, nous le serons après. 

Montaigne, dans Les Essais, écrivait : « Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant ».

Autrement dit, la mort fait partie de la vie, et si nous pensions plus souvent que nous sommes mortels, nous aimerions davantage encore la vie parce que, justement, nous estimerions que la vie est fragile, brève, limitée dans le temps et qu'elle est d'autant plus précieuse. C'est pourquoi l'épidémie doit, au contraire, nous pousser à aimer encore davantage la vie. 

Et puis, André Comte-Sponville note que l'énorme majorité d'entre nous mourra d'autres choses que du coronavirus. Il faut quand même rappeler que le taux de mortalité, les experts en discutent toujours, mais c'est un ou deux pour cent. Sans doute moins quand on aura recensé tous les cas de personnes contaminées qui n'ont pas de symptômes"

"Est-ce la fin du monde ?"

André Comte-Sponville : "C'est la question qu'un journaliste m'a récemment posée. Vous imaginez ? Un taux de létalité de 1 ou 2 %, sans doute moins, et les gens parlent de fin du monde. Mais c'est quand même hallucinant.

Rappelons que ce n'est pas non plus la première pandémie que nous connaissons.

On peut évoquer la peste, au XIVe siècle, qui a tué la moitié de la population européenne. Mais on a rappelé récemment dans les médias, à juste titre, que la grippe de Hong Kong dans les années 1960 a fait un million de morts. La grippe asiatique, dans les années 1950, a tué plus d'un million de personnes. Autant dire beaucoup plus qu'aujourd'hui dans le monde. On en est à 120 000 morts. En France, les 14 000 morts est une réalité très triste, toute mort est évidemment triste mais rappelons qu'il meurt 600 000 personnes par an en France. Rappelons que le cancer tue 150 000 personnes en France. 

En quoi les 14 000 morts du Covid-19 sont-ils plus graves que les 150 000 morts du cancer ? Pourquoi devrais-je porter le deuil exclusivement des morts du coronavirus, dont la moyenne d'âge est de 81 ans ? Rappelons quand même que 95 % des morts du Covid-19 ont plus de 60 ans. 

Je me fais beaucoup plus de souci pour l'avenir de mes enfants que pour ma santé de septuagénaire.

"Attention à ne pas faire de la santé la valeur suprême de notre existence"

André Comte-Sponville : "Il fallait évidemment empêcher que nos services de réanimation soient totalement débordés. Mais attention de ne pas faire de la médecine ou de la santé, les valeurs suprêmes, les réponses à toutes les questions. Aujourd'hui, sur les écrans de télévision, on voit à peu près vingt médecins pour un économiste. 

C'est une crise sanitaire, ça n'est pas la fin du monde. 

Ce n'est pas une raison pour oublier toutes les autres dimensions de l'existence humaine.
  • La théorie du "pan-médicalisme" 

André Comte-Sponville : "C'est une société, une civilisation qui demande tout à la médecine. En effet, la tendance existe depuis déjà longtemps à faire de la santé la valeur suprême et non plus de la liberté, de la justice, de l'amour qui sont pour moi les vraies valeurs suprêmes. 

L'exemple que je donne souvent c'est une boutade de Voltaire qui date du XVIIIe siècle, Voltaire écrivait joliment : 

J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé.

Eh bien, le jour où le bonheur n'est plus qu'un moyen au service de cette fin suprême que serait la santé, on assiste à un renversement complet par rapport à au moins vingt-cinq siècles de civilisation où l'on considérait, à l'inverse, que la santé n'était qu'un moyen, alors certes particulièrement précieux, mais un moyen pour atteindre ce but suprême qu'est le bonheur. 

Attention de ne pas faire de la santé la valeur suprême. Attention de ne pas demander à la médecine de résoudre tous nos problèmes. On a raison, bien sûr, de saluer le formidable travail de nos soignants dans les hôpitaux. Mais ce n'est pas une raison pour demander à la médecine de tenir lieu de politique et de morale, de spiritualité, de civilisation. 

Attention de ne pas faire de la santé l'essentiel. Un de mes amis me disait au moment du sida : "Ne pas attraper le sida, ce n'est pas un but suffisant dans l'existence". Il avait raison. Eh bien, aujourd'hui, je serais tenté de dire : "Ne pas attraper le Covid-19 n'est pas un but suffisant dans l'existence".

Comment essayer de contrebalancer les inégalités après le confinement ? 

André Comte-Sponville : "Comme hier, en se battant pour la justice, autrement dit en faisant de la politique. 

Personne ne sait si l'épidémie ne va pas revenir tous les ans auquel cas je doute qu'on ferme toutes nos entreprises pendant trois mois chaque année. 

Arrêtons de rêver que tout va être différent, comme si ça allait être une nouvelle humanité.

Depuis 200 000 ans, les humains sont partagés entre égoïsme et altruisme. Pourquoi voulez-vous que les épidémies changent l'humanité ? Croyez-vous qu'après la pandémie, le problème du chômage ne se posera plus ? Que l'argent va devenir tout d'un coup disponible indéfiniment ? Cent milliards d'euros, disait le Ministre des Finances mais il le dit lui-même, "c'est plus de dettes pour soigner plus de gens, pour sauver plus de vie". Très bien. Mais les vies qu'on sauve, ce sont essentiellement des vies de gens qui ont plus de 65 ans. Nos dettes, ce sont nos enfants qui vont les payer. 

Le Président, pour lequel j'ai beaucoup de respect, disait "la priorité des priorités est de protéger les plus faibles". Il avait raison, comme propos circonstanciel pendant une épidémie. Les plus faibles, en l'occurrence, ce sont les plus vieux, les septuagénaires, les octogénaires. 

Ma priorité des priorités, ce sont les enfants et les jeunes en général.

Et je me demande ce que c'est que cette société qui est en train de faire de ses vieux la priorité des priorités. Bien sûr que la dépendance est un problème majeur, mais nos écoles, nos banlieues, le chômage des jeunes, sont des problèmes, à mon avis encore plus grave que le coronavirus, de même que le réchauffement climatique, la planète que nous allons laisser à nos enfants. 

Le réchauffement climatique fera beaucoup plus de morts que n'en fera l'épidémie du Covid-19.

Ça n'est pas pour condamner le confinement, que je respecte tout à fait rigoureusement. Mais c'est pour dire qu'il n'y a pas que le Covid-19 et qu'il y a dans la vie et dans le monde beaucoup plus grave que le Covid-19".

 

 

 

 

 

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C
N'oublions pas que nous sommes ...d'irréductibles gaulois qui, quelle que soit la décision prise, trouverons à y redire. Et que la vitalité de Louis XIV fait toujours figure de miracle à son époque, au point que son successeur soit l'un de ses petits-enfants.
Ou encore que Napoléon III n'a pas hésité à mettre des moyens à disposition de Louis Pasteur
pour lutter contre les ravages dans l'agriculture (et donc l'économie!) de certains parasites, ou pour améliorer les conditions d'hygiène des salles d'opérations chirurgicales.
L'histoire du vaccin contre la rage montre une réalité complexe dans des circonstances difficiles pour ce chimiste de profession qui, lui-même, avait été affecté par la mort en bas âge de plusieurs de ses enfants.
On pourrait aussi parler de Mme Marie Curie, essayant de mettre à la disposition des armées françaises, de leurs innombrables blessés et de leurs médecins, lors de la première guerre mondiale, les nouvelles applications de la découverte des radiations et des rayons X.

Ce sont en réalité, chaque fois, des circonstances exceptionnelles, moins catastrophiques aujourd'hui qu'alors,mais qui devraient nous inciter à une remise en question de l'illusion que cela ne pouvait plus arriver dans une société où le règne de la technologie nous laisse rêver à "l'homme bionique" idéal.

Dans ses "Mémoires de Guerre", le Général s'interrogeait sur la fragilité de la Nation, menacée par tout ce qui est susceptible de monter ses citoyens les uns contre les autres : les intérêts particuliers, les partis, les idéologies, etc.
« […] le côté positif de mon esprit me convainc, […] que seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple [celui de la France] porte en lui-même […] »

La dispersion en vaine querelles sur les modalités pratiques d'un déconfinement qui contient de toutes façons sa part de risque humain, ne doit pas éluder la réflexion nécessaire sur l'unité de la Nation dans une situation grave, ainsi que la responsabilité et le rôle de l'homme d'état.

"La France a vécu avant le traité de Rome et pourra vivre après sa mise en sommeil" aurait dit
le Général le 1er juillet 1965, ouvrant la "crise de la chaise vide", pour marquer son opposition à un plan prévoyant le renforcement des pouvoirs européens; la France refuse désormais de siéger à Bruxelles.
Attitude qu'il n'a pas craint de renouveler au "machin" pour manifester sa désapprobation de décisions onusiennes, sans que personne ne songe à y contester la présence de la France.
Pourquoi n'entendons-nous plus parler de ces hautes sphères, sauf par un renvoi de balles ou des chiffres astronomiques... d'endettement ?

On aimerait bien voir apparaître aussi un peu de recul par rapport aux évènements et dirais-je, un pèlerinage aux sources, dans notre société, des peines et des tracas d'aujourd'hui, à cette aura individualiste que Simone Weill appelait notre "divinité imaginaire", chacun s'estimant au centre du monde, centre de référence irréductible à tout autre; chaque homme interprétant l'univers en fonction de ses désirs.
Chacun dispose ainsi autour de lui, une hiérarchie personnelle de valeurs, et croit pouvoir commander à tout; à la matière comme aux âmes, estimant même pouvoir usurper la place de Dieu et nier autrui.
Quand ces contraintes nous auraient conduits à ressentir l'absence, le manque ou l'effacement de la part divine du Christ en notre humanité, alors peut-être aurions nous retrouver sens à notre vie ?
"Que Je sois en eux et Toi en moi, afin qu'ils soient rendus parfaits dans l'unité" (Evangile de Saint Jean)
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