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Publié par Edouard Boulogne

Tapie, Le Pen et Fillon : petit éloge de la résilience, par le père Danziec.

Le jeudi 30 janvier je serai à l'écoute sur France 2. Voici pourquoi. (LS).

(https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/tapie-le-pen-et-fillon-petit-eloge-de-la-resilience-115380 ).


 

Rien n’est jamais écrit. Face au danger du fatalisme, le Père Danziec s’appuie sur ces trois personnalités aux diverses trajectoires pour souligner l’importance de la patience, de la persévérance et du courage au bénéfice de l’intérêt général.

Tapie, Le Pen et Fillon sont dans un bateau. Les trois tombent à l’eau. Qui est-ce qui coule ? Le bateau. Dans les cours de récréation du monde adulte, telle est la petite histoire qui pourrait se raconter au sujet de ce curieux tiercé. Dans leur vie, les tempêtes n’ont pas manqué. Qu’elles aient été subies ou provoquées, essuyées ou accentuées, rien n’y fait. On les croirait insubmersibles. Un temps considérés comme morts, chacun d’eux pourtant a su revenir. Puiser au fond d’eux-mêmes l’appétit, la ténacité, la force de caractère –  et une part de baraka sans doute aussi – pour se relever de leurs drames respectifs. Au-delà des sensibilités divergentes de ces trois personnalités, ce qui édifie lorsqu’on balaie leur histoire, c’est la résilience qui les unie. Résilience, du latin resilientia, « le fait de rebondir ». Ce terme désignant originellement la capacité d’un matériau à résister aux chocs, a ensuite été étendu aux personnes qui parviennent à se remettre sur pieds, à se redresser quand tout semble leur échapper. Exemple en trois actes.

Lundi 20 janvier. BFM TV propose un documentaire long format sur Bernard Tapie et « Les matchs de sa vie ». Une fois le reportage terminé, Bruce Toussaint se charge, en direct sur la chaîne, de recevoir les impressions de l’homme d’affaire de 76 ans. Ces dernières ne se font pas attendre. « Impartial », « honteux », Tapie s’inscrit en faux contre ce qui lui apparaît comme une vision arbitraire de son histoire. Habitué des plateaux télés autant qu’on s’intéresse à lui, il lâche pourtant devant son intervieweur interdit « je dois vous avouer que je n’ai jamais vu une horreur pareille ». On aurait tort de ne voir là qu’un simple coup de gueule de la part d’un homme certes âgé désormais, mais fanfaron depuis toujours. Dans le mensuel Vanity Fair de juin 2018, Bernard Tapie se confiait à son ami Franz-Olivier Giesbert « Quand on a eu la chance inouïe de connaître la vie, devrait-on avoir peur qu’elle s’arrête ? ». Il avouait porter, depuis ses 16 ans, un crucifix sur lui, « généralement dans la poche de son pantalon ». Nonobstant son âge et son passif, quelques soient les feux des projecteurs sous lesquels il se trouve, Tapie se présente traversé par ce même élan vital qui fit sa gloire. Ses cheveux ont beau blanchir et ses joues se creuser, celui qui est atteint d’un double cancer de l’œsophage et de l’estomac reste plus combatif et volontaire qu’un jeune premier sorti d’école de commerce. La résilience ou leçon de vie pour jeunesse mollassonne.

Jeudi 23 janvier. L’Express, en une de sa nouvelle formule, affiche une Marine Le Pen Présidente de la République. Installée derrière un bureau élyséen, la couverture la représente le visage dressé en avant telle la proue d’un navire, brisant une glace qui vole en éclats. Et le sous-titre évocateur de préciser « La fin du plafond de verre ». Ainsi celle dont le parcours politique, à la fois fulgurant et cabossé, semblait déboucher sur une impasse, serait pour certains en passe d’obtenir l’investiture suprême. Le débat raté devait être son cercueil, il se transforme en planche de salut. Les désillusions peuvent engourdir une âme. Elles sont en mesure aussi de forger un caractère. Dans Valeurs Actuelles, elle se confiera d’ailleurs sur ce travail d’analyse personnelle nécessaire pour digérer la défaite électorale de 2017, relever « ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas marché. Ce qui a été décevant. Les secteurs sur les lesquels on doit s’améliorer, les incompréhensions qu’on a pu faire naître ». La résilience ou le fruit de l’examen de conscience.

Jeudi 30 janvier. « Vous avez la parole », François Fillon sera l’invité de l’émission politique de France 2. Pour la première fois depuis la folle campagne de la dernière élection présidentielle, l’ancien Premier Ministre va donc s’exprimer à la télévision. Oui, l’homme de la droite Trocadéro est encore en vie. Quand « l’affaire Pénélope » avait éclaté, la vague de dégoût suite aux trahisons et fuites en canard de certains cadres de son parti ne l’avait pas submergé. Toute défaite porte en elle son lot de cicatrices et de blessures, « maintenant, il ne faut pas ruminer le passé mais être utile autrement » affirmait-il sobrement lors d’un discours remarqué prononcé au sénat, dans le cadre d’un colloque en faveur des Chrétiens d’Orient. La résilience ou l’apanage de la dignité dans les épreuves.

Tapie, Le Pen et Fillon nous montrent à leur façon que rien n’est jamais écrit pourvu que l’on refuse l’inertie. Aimer la vie jusqu’au bout, se remettre en question s’il le faut et affronter les difficultés de l’existence avec une certaine élégance relèvent du courage, et la résilience en est l’une des expressions. Allégorie en somme de ce que doit être le combat spirituel dans la vie du baptisé. Persévérer en dépit des épreuves. Ne pas se décourager malgré les chutes. Un saint n’est pas quelqu’un qui ne pèche jamais, mais un homme qui se relève toujours. Au poison du découragement qui menace de s’immiscer dès la première déconvenue, il appartient de demander la grâce de la vaillance. Lors de la récitation du rosaire, les mystères douloureux de la vie de Notre Seigneur invite à méditer sur le portement de sa croix, et à y voir là les vertus de la persévérance dans les épreuves. Sur le chemin du Golgotha (celui-là même emprunté par Emmanuel Macron dans les rues de Jérusalem il y a peu), le Christ est tombé à trois reprises. Et trois fois, Il s’est relevé. Selon Charles Péguy, « c’est une illusion dangereuse que de croire que l’on peut publier sans recevoir, écrire sans lire, parler sans écouter, produire sans se nourrir, donner de soi sans se refaire ». Pour faire avancer ses idées, ce serait une illusion de croire que l’on puisse avancer sans jamais se tromper. Mais ce serait aussi une désillusion bien pire encore de chuter sans se relever.


 


 
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