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Publié par Edouard Boulogne

Picotement matinal sur les esclaves de la mode.
Picotement matinal sur les esclaves de la mode.
Picotement matinal sur les esclaves de la mode.
Picotement matinal sur les esclaves de la mode.

 

Suivre la mode est un choix, pour moi, assez ridicule, auquel cèdent trop de monde en quête d'homogénéité, ou de conformisme étrangement et abusivement pris pour de … l'originalité !. Quoiqu'il en soit, il y a des modes compatibles avec le bon goût, que je pourrais suivre, non parce que c'est la mode, mais à cause « du goût ». Ce qu'il y a de détestable dans la mode, c'est la veulerie mentale qui caractérise ses sectataires. Veulerie vestimentaire, alimentaire, politicienne, etc, etc.

Nihil novi sum sole : il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Si j'étais encore professeur je me serais certainement servi des « délicates images » (illustrant ce picotement matinal) pour faire réfléchir mes jeunes élèves. Et j'en aurais profité pour me servir de Jean de La Bruyère se moquant de la mode dans son traité « Du caractère ». Il y a quand même un monde entre nos suivistes actuels et l'amateur de Tulipes qui … mais vous en lirez plus bas un exemple. Toutefois, je ne me fais pas d'illusions. Même au temps de La Bruyère, sous Louis XIV, il y a eu des suivistes de mauvais (très mauvais !) goût. Nihil novi sub sole.

 

L'amateur de tulipes, parce que c'est la mode !

 

« Le fleuriste a un jardin dans un faubourg, il y court au lever du soleil, et il en revient à son coucher ; vous le voyez planté, et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la solitaire, il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se baisse, il la voit de plus près, il ne l’a jamais vue si belle, il a le cœur épanoui de joie ; il la quitte pour l’orientale, de là il va à la veuve, il passe au drap d’or, de celle-ci à l’agathe, d’où il revient enfin à la solitaire, où il se fixe, où il se lasse, où il s’assit, où il oublie de dîner ; aussi est-elle nuancée, bordée, huilée, à pièces emportées, elle a un beau vase ou un beau calice ; il la contemple, il l’admire, Dieu et la nature sont en tout cela ce qu’il n’admire point, il ne va pas plus loin que l’oignon de sa tulipe qu’il ne livrerait pas pour mille écus, et qu’il donnera pour rien quand les tulipes seront négligées, et que les œillets auront prévalu. Cet homme raisonnable, qui a une âme, qui a un culte et une religion, revient chez soi fatigué, affamé, mais fort content de sa journée ; il a vu des tulipes ».

Jean de la Bruyère, dans Les Caractères, au chapitre de la mode.

 

Il y a des modes plus affligeantes que celle de l'amateur de tulipes. Chez tous, coller à l'actualité, s'y soumettre sans réfléchir est la marque d'un manque d'originalité vraie, d'une soumission inconsciente à la « masse », et pis aux commandements habiles des amateurs de troupeaux, au vide spirituel dont n'importe quel manipulateur peut tirer les ficelles à son profit commercial, politichien ou autre.

L'une de ces modes est celle du tatouage si contemporain. Vous aves 17 ou 18 ans, vous êtes inquiet de vous même. Vous voulez vous créer un personnage qui satisfasse votre désir « D'ETRE » quelqu'un, ou quelque chose. Mais quoi ? Or c'est la mode au tatouage. Vous avez autour de vous, dans la vie quotidienne des milliers d'exemples qui souvent sont autant de zombis malheureux mais qui ne s'avouent pas comme tels.

A votre tour de vous laisser emboutir par la machine sociale. Certains sont tellement marqués qu'aucune partie du corps, aucune, n'est sauvée ni sauvable.

Passent les heures, les jours, les mois, les années. Vient le moment « où évè tatouage a ou », vous n'êtes plus à l'aise. « Jodi jou ou ka sentiw kon on mal maqué ». (aujourd'hui vous vous sentez comme un esclave de l'image de vous, que vous renvoient les gens qui vous regardent). Ceci me rappelle un film japonais des années trente, en noir et blanc, que j'avais vu à l'Actua Champo, cinéma parisien à l'angle de la rue des écoles et de la rue Champolion, en 1964. J'en ai oublié à mon très grand regret et le titre, et le metteur en scène. Il racontait l'histoire médiévale de ces tout jeunes gens de l'aristocratie japonaise de ces temps anciens. Ces garçons fatigués d'être sous la férule de papa, avaient décidé de devenir des « terreurs » de la campagne, mais masqués, volant, violant, tuant même.

Vient le jour où leur apparut l'inanité de leur existance. Quand désireux d'échapper à l'engrenage fatal en arrachant leurs masques, ils s'apperçurent que ces derniers dès lors s'étaient amalgamés à leur visages. Ce film m'avait vivement intéressé, peut-être à tort, car j'étais encore bien jeune. Mais il me permet d'essayer de montrer l'importance de l'image et son influence, parfois irrésistible, sur notre liberté.

Être à la mode, n'est peut-être pas un état si léger et passager que l'on voudrait bien croire.

Noter que je ne voudrais pas me montrer trop « intégriste » en la matière.

Car le contraire de la mode, par esprit de système, ou par un travers psychologique, n'est pas non plus toujours une marque de santé et de fortitude.

Et là je pense à Alceste, de Molière dans Le misanthrope.

Un autre sujet, peut-être, pour un rochain picotement.

C'est que la littérature classique est une source d'émerveillement permanent pour penser vrai. N'en déplaise à toutes les Najt Valaud-belkacem du monde. (LS).

Picotement matinal sur les esclaves de la mode.
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