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Publié par Edouard Boulogne

Eugénisme : Améliorer la race humaine ?

Le transhumanisme (http://www.lescrutateur.com/2014/10/le-transhumanisme-un-reve-de-decivilisation.html ) est d'actualité. Il n'est pas seulement une mode intellectuelle passagère. Modifier l'homme ? Pour en faire quoi ? Des hommes libres et équilibrés ? Si ceux qui tirent les fils de la comédie sociale et politique avaient pour but le développement d'une humanité équilibrée on s'en serait apperçu depuis qu'il y a des hommes et qui pensent.

En fait les aspirants au pouvoir demeurent ceux que leurs anciens ont toujours été, des rêveurs d'une société d'esclaves volontaires. Je ne sais plus quel était ce souverain antique qui rêvait d'une société réduite à une seule tête qu'il suffirait de couper pour être le maître .

Nos « maîtres actuels » plus ambitieux veulent d'une société où, grâce à « la science » des millions d'individus obéiraient sans hésitations ni murmures à leurs maîtres d'une oligarchie toute puissante.

Les manifestants de la toute récente manifestation à Paris et, c'est encourageant, très suivie par de nombreux Français, prouvent que la partie n'est pas jouée. Dans l'optique de cette introduction il faut lire l'article ci-dessous sur l'eugénisme, paru dans le récent numéron de la revue Hérodote.

 

 

Eugénisme : Améliorer la race humaine ?

Et si l'on « améliorait » l’espèce humaine ? En 1948, quelques années après les horreurs hitlériennes, Boris Vian, sous le pseudo de Vernon Sullivan, imaginait dans son roman Et on tuera tous les affreux l’éradication par un médecin zélé des individus ne méritant pas de vivre.

Sujet tabou, l'eugénisme a longtemps été victime de la reductio ad Hitlerum. Le philosophe Léo Strauss l’exprime par ce syllogisme : « Hitler était eugéniste, X est eugéniste, X est donc nazi... ».

Assimilée aux crimes nazis, l'idéologie revient aujourd'hui sur le devant de la scène de par les manipulations génétiques que la science permet d'effectuer. Choisir son donneur de sperme ou modifier directement l’embryon pour décider du sexe ou de la couleur des yeux de son bébé, est-ce moral ? Pour mieux appréhender ces questions nouvelles, il faut plonger dans l'histoire de l'eugénisme.

Charlotte Chaulin

L’eugénisme a toujours existé

Du grec eu [« bien, bon »] et genos [« naissance »], l'eugénisme signifie « bien né ». Le mot a été créé au XIXème siècle mais la pratique qu'il désigne existait déjà dans l'Antiquité, notamment dans le monde grec. Elle était fondée sur une hiérarchisation de la société entre bons et moins bons et, on n'en sera pas surpris, elle cohabitait sans problème avec la pratique de l'esclavage.

Alors qu'aujourd'hui, les arrêts volontaires ou thérapeutiques de grossesse divisent les consciences, les Grecs ne se souciaient pas de question morale autour de leur progéniture. À Athènes, après la naissance du nourrisson, les parents disposaient d'un temps de réflexion pour décider s'ils souhaitent le garder ou l'abandonner. Cela dépendait du sexe de l'enfant (les filles étaient plus souvent abandonnées), de sa physiologie ou encore de raisons économiques. 

À Sparte, les parents n'étaient même pas maîtres de leur descendance. C'est un comité d'anciens qui examinait le nouveau-né préalablement testé dans un bain de vin par les sages-femmes (pour déceler les métabolismes fragiles). Si le test était concluant, l'enfant avait le droit de vivre. Mais gare à ceux qui ne passaient pas l'épreuve ! Ils pouvaient être jetés au fond d'un précipice, le gouffre des Apothètes.

Plutarque raconte l'eugénisme à Sparte

«Un père n'était pas maître d'élever son enfant. Dès qu'il était né, il le portait dans un lieu appelé Lesché, où s'assemblaient les plus anciens de chaque tribu. Ils l'observaient et, s'il était bien de bonne constitution, s'il annonçait de la vigueur, ils ordonnaient qu'on le nourrît (...). S'il était contrefait ou d'une faible complexion, ils ordonnaient qu'on le jetât dans un gouffre voisin du mont Taygète qu'on appelait les Apothètes.» Vie de Lycurgue,XXV, 1-3, début du IIe siècle.

Les premiers philosophes grecs étaient également partisans d'une hiérarchisation de la société, tout comme ils approuvaient l'esclavage et l'enfermement des femmes dans les gynécées. Dans sa République, Platon écrit : « Il faut, selon nos principes, rendre les rapports très fréquents entre les hommes et les femmes d'élite, et très rares, au contraire, entre les sujets inférieurs de l'un et de l'autre sexe ». Il se place ici dans un eugénisme dit « positif » car il n'envisage pas d'éliminer des individus, comme à Sparte, mais seulement de favoriser les bonnes naissances. Le but est que la procréation d'hommes et femmes intellectuellement et socialement supérieurs active un processus de sélection naturelle des meilleurs.

Il n'en va pas partout ainsi ! Dès la Préhistoire, les handicapés de naissance pouvaient être pris en charge par leur clan. C'est ce qu'assure la préhistorienne Marylène Patou-Mathis suite à la découverte du squelette d'un Néandertalien de quarante ans né avec un bras atrophié. Plus près de nous, l'avènement du christianisme conduit à sacraliser la vie humaine, si pauvre et misérable qu'elle soit. Cela n'empêche pas que des hérétiques ou des relaps soient parfois livrés au bûcher dans le souci de purifier leur âme.

L’eugénisme sur le devant de la scène, retour en force et théorisation

L’eugénisme revient en force aux Temps modernes. Au XVIIème siècle, la médecine s'intéresse à l'art de faire des beaux enfants. Le médecin Claude Quillet écrit en 1655 un poème en latin sur le sujet, la Callipédie, qui donne les règles à respecter pour engendrer une bonne progéniture. On y retrouve la pensée de Platon. Il connaît un vif succès auprès du public.

Un siècle plus tard, en plein Siècle des Lumières, en 1756, le médecin français Charles-Augustin Vandermonde publie un Essai sur la manière de perfectionner l’espèce humaine et propose d’indiquer les moyens de « perfectionner l’espèce humaine » en identifiant « toutes les qualités requises dans les deux sexes, pour avoir des enfants aussi parfaits qu’on peut le désirer ». Sans égard pour la culture et la civilisation, il compare l'espèce humaine à l'espèce animale. « Puisque l’on est parvenu à perfectionner la race des chevaux, des chiens, des chats, des poules, des pigeons, des serins, pourquoi ne ferait-on aucune tentative sur l’espèce humaine ? »

Le message révolutionnaire de nécessaire régénération de l'espèce commence à se diffuser dans l'opinion éclairée à mesure que recule l'influence de l'Église. Au début du XIXème siècle, on tente de trouver un nom à cette idéologie : « mégalanthropogénésie », « viriculture », « génération consciente », « hominiculture », « eubiotique », « orthobiose », « aristogénie », « anthropotechnie », « eugennétique », « puériculture avant procréation », « sélection humaine », « sélectionnisme » etc.

 

 

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