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Publié par Edouard Boulogne

Stéphane Bern sur l'identité de la France.

Pour le week-end et aussi lundi, je vous propose un extrait d'une très belle interview accordée par Stéphane BERN à l'hebdomadaire Valeurs Actuelles.

Lundi aussi il n'y aura pas d'articles. En effet ce luni 09 septembre je serai en "révision" dans une clinique. Par pour bien scruter il faut DEUX yeux performants.

Donc à bientôt. (Le Scrutateur).

 

V A : Ressentez vous au cours de votre mission, comme un petit malaise avec l'identité chrétienne de la France?

Oui, on a un problème avec l’origine chrétienne de la France. La grande bêtise, c’est de ne pas avoir réussi à dire que l’Europe était chrétienne. Une fois que c’est dit, on peut avancer, mais nier son propre passé et sa propre histoire, cela empêche d’avancer. Je pense qu’on pourra avancer d’autant plus facilement que le port d’attache est solide. Le port d’attache, c’est l’identité judéo- chrétienne de la France. À partir du moment où on l’assume, on peut dire qu’on peut sauver toutes nos églises mais aussi d’autres monuments et d’autres édifices religieux.

Moi, je n’appartiens à aucune communauté, et je déteste le communautarisme. La seule chose que je reconnais, c’est la communauté nationale et l’amour de mon pays. On sauve des églises, des églises protestantes, des synagogues, une mosquée à Mayotte...

Vous avez souvent été au contact d’hommes d’Église. Que vous disent-ils?

Nous avons un problème en France, avec la loi de séparation des Églises et de l’État. Il y a une méfiance, on se regarde en chiens de faïence, tout cela est d’une hypocrisie folle. On dit qu’il ne faut pas faire payer l’entrée d’une cathédrale, mais ce que me disent les archevêques, c’est que si on entre par la porte de derrière, on paye un droit d’entrée pour visiter la tour, la sacristie, la crypte, le trésor... donc on trouve des dérogations. Soyons francs, en dehors des heures de messe, faisons un prix d’entrée ou une contribution volontaire, par exemple.

Le recteur de Notre-Dame, Mgr Chauvet, avec qui j’ai beaucoup parlé, était en privé tout à fait d’accord avec mon idée. Mais j’ai compris son problème: si on fait payer un prix d’entrée, qui va percevoir l’argent? C’est l’État, qui va le mettre dans cette grande caisse qu’est le Trésor public, et on ne le reverra plus jamais pour rénover.

L’histoire et le patrimoine suscitent un véritable intérêt chez les Français. Qu’est-ce que cela dit de notre société?

Nous sommes très contradictoires, et j’observe le même phénomène pour mes émissions. Quand on réunit près de 3 millions de fidèles pour une émission d’histoire en prime time à la télévision, on se dit que tout n’est pas perdu. Mais on constate aussi qu’il y a autant de monde qui regarde les programmes de téléréalité et certains talk-shows ridicules. Il y a une tendance, aujourd’hui, à aller dans le sens de l’abrutissement, d’une déculturation, qui me fait peur. J’ai parfois le sentiment que toutes les valeurs dans lesquelles j’ai été éduqué et auxquelles je crois se font de plus en plus rares. Mais cette France éternelle, cette France qui défend le patrimoine, cette France qui est fière de son histoire, qui assume toutes les strates de son passé y compris les plus douloureuses, c’est une nation particulière qui doit être fidèle à mille ans d’histoire.

mort. J’ai souvent des doutes et j’en discute régulièrement avec mon ami Franck Ferrand. On se dit que tout ce pour quoi on se donne du mal est battu en brèche par ces jeunes loups qui nous dirigent et qui ne comprennent rien. Que ce soit dans les chaînes de télé ou de radio où je travaille, ou à l’Élysée, je vois des trentenaires qui ne connaissent rien. Cette inculture est partout. Cette méconnaissance de notre histoire, de notre passé me terrifie. Mais à côté de cela, je vois que le public est là. Ce sont les lecteurs de Valeurs actuelles, ceux du Pèlerin, les téléspectateurs de Secrets d’histoire. Les gens dans la rue également. L’autre jour, c’est un éboueur qui me lance : « C’est super ce que vous faites pour le patrimoine. Vous avez raison, ne lâchez rien!»

Le patrimoine pourrait-il être une porte d’entrée du débat sur l’identité?

Oui, c’est de l’identité réellement heureuse. Quand les gens voient dans une région rurale un patrimoine en déliquescence, ils pensent que l’État les a abandonnés. Le vote devient ensuite extrême. J’ai le sentiment que notre identité passe par notre patrimoine. Je pense qu’une personne qui n’est pas française et qui souhaite le devenir s’intégre par la langue, la culture et l’histoire... donc le patrimoine. J’ai fait une visite pour Habitat et Humanisme avec des jeunes des quartiers difficiles à Versailles. Eh bien, les petits Français de souche étaient les plus indisciplinés, ceux qui n’écoutaient rien. Et tous les Français de troisième, quatrième génération étaient les plus passionnés par la visite. Je crois que le patrimoine, cela ne va pas de soi. Il faut réapprendre aux jeunes à l’aimer. C’est de la culture à portée de main et gratuite de surcroît. Le patrimoine nous relie les uns aux autres; le lieu crée du lien. Mon espoir, c’est que le patrimoine nous sauve. Je pense que la France n’est plus la France si elle ne comprend pas que son patrimoine, c’est son avenir. •

5 septembre 2019 — VALEURS ACTUELLES — 21

 

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