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Publié par Edouard Boulogne

Maxette Pirbakas-Grisoni.

Maxette Pirbakas-Grisoni.

Je laisse passer un peu de temps avant de parler de la confusion actuelle au sein du parti LR ; confusion qui a conduit à la démission de Laurent Vauquez.

J'édite cette interview de M. André Rougé qui parle dans France-Antilles, édition de samedi dernier. Cette publication ne signifie pas une adhésion au Rassemblement National. Je n'ai jamais adhéré à un parti politique quel qu'il soit. Mais je n'ai jamais caché ma préférence argmentée pour la droite, ni mon désir de voir s'opérer un rapprochement entre les différentes composantes de cette famille politique. (Le Scrutateur).

 

 

ANDRÉ ROUGÉ,21E ÉLU SUR LA LISTE RN ET RÉFÉRENT OUTRE-MER DU RN

« Il y aura des candidats RN aux élections municipales et régionales »

Propos recueillis par F.-X.G., à Paris

 

André Rougé, proche du Rassemblement national (RN) sans en être officiellement adhérent, analyse le résultat des élections européennes en Outre-mer.

Votre liste sort en tête partout à l'exception de la Martinique et de la Polynésie. Comment expliquez-vous la résistance de ces deux territoires à vos idées ?

 

Cela s'explique, en Polynésie, par une très forte implication du président Fritsch dans la campagne et, en Martinique, par le fait que nous n'avons pas de fédération, et donc aucun représentant du RN pour y faire campagne.  D'ailleurs, c'est une lacune que nous allons combler très rapidement. Malgré ça, nous sommes deuxièmes, à seulement deux points derrière la liste  « Loiseau - Macron ».

 

Selon vous, à quoi est dû votre succès dans les autres territoires ?

 

Je l'explique de deux façons, sur la forme et sur le fond. Sur la forme, je suis bien placé pour savoir que depuis le retrait de la vie politique de Jacques Chirac, l'Outre-mer est totalement laissé à l'abandon. Plus aucune personnalité politique d'envergure nationale ne s'y intéresse. Comme Jacques Chirac, Marine Le Pen a une passion pour l'Outre-mer et c'est, pour elle aussi, une passion personnelle. Bien avant l'élection présidentielle, elle m'a demandé de regarder de façon très  active et très constructive une stratégie de fond pour l'Outre-mer.

Après une consultation informelle d'élus et d'acteurs de la vie économique, j'ai travaillé avec une équipe de spécialistes à la rédaction des programmes présidentiel et européen qui, de l'avis général, sont très complets. De ce fait et sur la forme, nous avons été les seuls à avoir, dès la campagne présidentielle de 2017, un programme susceptible d'être appliqué du jour au lendemain, au travers d'une « Loi - programme » sur 20 ans présentant de nombreux dispositifs de création d'emplois et d'équité sociale.

Par ailleurs, les nominations de ministres, aussi talentueux et aussi compétents soient-ils, se sont faites au sein du gouvernement, en bas de l'échelle protocolaire. Les locataires de la « Rue Oudinot » n'ont plus aucune capacité d'action ou de décision. Repensez aux marges de manœuvre dont disposaient des ministres comme Louis Le Pensec, Bernard Pons ou Dominique Perben. Ils pesaient dans le gouvernement et traitaient directement avec le Premier ministre quand ce n'était avec le président lui-même du temps de Jacques Chirac. Le premier à avoir déchu l'Outre-mer est Nicolas Sarkozy. Il a fait de l'Outre-mer un secrétariat d'État, puis un ministère délégué du ministère de l'Intérieur... celui de la police... Dans notre programme présidentiel, Marine Le Pen a prévu d'en faire un grand ministère d'État ayant également compétence sur la mer. Il aurait barre sur les autres ministères et notamment Bercy, éternelle entrave à l'action de l'Outre-mer. Marine Le Pen entend, ainsi, rendre à l'Outre-mer la place qui doit être la sienne.

 

 Du point de vue des électeurs, qu'est-ce qui les a attirés dans ce vote RN ?

 

Chacun s'accordera à reconnaître le mépris dont le président Macron a fait preuve vis-à-vis de l'ensemble des Français en général, et des Ultramarins en particulier avec, notamment, l'emploi d'expressions inutilement blessantes. La désinvolture dont il a fait preuve sur des dossiers aussi importants que la chlordécone, les sargasses et, plus grave, le coût de la vie et la santé. Il y a eu un vote de réaction à l'égard de sa personnalité et de son comportement.

Il y a, par ailleurs, un certain nombre de sujets prégnants comme l'immigration en Guyane, à Mayotte et maintenant à La Réunion, avec l'arrivée de plus en plus régulière de migrants sri lankais, l'insécurité qui va avec, et puis une situation sociale absolument intenable. Tout le monde sait maintenant que le coût moyen du panier de la ménagère ultramarine est 66 % plus cher que celui de la ménagère de Métropole. C'est une injustice sociale inacceptable qu'il convient de combler. Nous proposons une réforme en profondeur de l'octroi de mer car il est incompréhensible et injuste que les Ultramarins payent un double impôt !

 

 C'est donc un vote sanction de la politique du président Macron...

 

Nos compatriotes d'Outre-mer ont envoyé un signal fort à ce gouvernement, y compris à Mme Girardin, à Saint-Pierre-et-Miquelon. J'en profite pour dire que si elle connaissait le sens des mots dignité et honneur, elle en tirerait les conclusions qui s'imposent. Nos compatriotes d'Outre-mer en ont marre du blabla, des circonlocutions, des grands débats, des assises, des états généraux ! Ils veulent des actes ! Ils en ont marre d'être obligés de descendre dans la rue pour être entendus.

 

Est-ce pour autant un vote d'adhésion à vos idées ?

 

Compte tenu des résultats déjà enregistrés lors du premier tour de l'élection présidentielle où Marine Le Pen, en cumul de voix, est arrivée en tête des Outre-mer, on peut désormais parler d'un vote d'adhésion. C'est d'ailleurs encourageant pour la suite des événements et nous avons bien l'intention de transformer l'essai à l'occasion des élections locales à venir. Il y aura des candidats aux élections municipales, départementales et régionales. Nous allons consolider nos positions, nous ouvrir vis-à-vis des maires sortants qui voudront bien parler avec nous. Nous entendons bien fortifier notre implantation dans les départements, régions et collectivités d'Outre-mer.

 

Plusieurs analystes considèrent que l'Outre-mer n'est plus une digue contre le RN, ce qui tendrait à démontrer que Marine Le Pen est parvenue à dédiaboliser l'extrême droite. Qu'en pensez-vous ?

 

Les électeurs ultramarins ont répondu à ce mauvais et faux procès qui est fait au RN, dont je veux rappeler qu'il est un rassemblement patriotique et non un parti d'extrême droite. Marine Le Pen n'a rien à voir, de près ou de loin, avec cette notion de racisme  qui lui répugne, et je vous rappelle que la marraine de sa fille est antillaise. Quant à moi, qui ai fait mes armes avec les barons du gaullisme qu'étaient Alain Peyrefitte et Michel Debré, jamais je ne serais venu au RN s'il y avait eu le moindre doute ou soupçon sur le sujet. C'est aussi le cas pour Mme Pirbakas qui a été, à juste titre, valorisée et élue . Elle était en 12e position. Il faut en terminer avec ces faux arguments qui n'ont pas lieu d'être.

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Qui est André Rougé ?

André Rougé fait partie des proches du Rassemblement national, sans en être officiellement adhérent. - RICHARD DURAND

Qui est André Rougé ?

Sans être formellement membre du RN, André Rougé est l'inspirateur, l'initiateur et le co-rédacteur des programmes présidentiel et européen du Rassemblement national. Il a pour expérience d'avoir été d'abord militant du Parti des Forces Nouvelles (PFN) pendant ses études de droit. Puis il rencontre Alain Peyrefitte qui le présente à Michel Debré, dont il sera le dernier assistant parlementaire et qui lui fait découvrir la Réunion.

Il devient le coordinateur de la campagne présidentielle de Jacques Chirac pour l'Outre-mer en 1995. Cet ancien cadre chez Bouygues intégrera un temps plusieurs cabinets ministériels, dont ceux de Dominique Perben (Outre-mer), Jean-Louis Debré (Intérieur) et Jean-Jacques de Peretti (Outre-mer). L'ancien premier secrétaire fédéral du RPR de la Martinique, Alex Ursulet, ne garde pas un bon souvenir de lui : « Un homme qui avait déjà des penchants d'extrême droite. »

En 2002, Alain Juppé nomme André Rougé secrétaire national aux Fédérations d'Outre-mer à l'UMP. Après les attentats de 2015, il crée les Horaces, un collectif de hauts fonctionnaires, anciens membres de cabinets ministériels, chefs d'entreprise, qui se met au service de Marine Le Pen.

 

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