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Publié par Edouard Boulogne

Le vicomte, l’artichaut et le petit prince : l’histoire secrète du fiasco Bellamy.
Le vicomte, l’artichaut et le petit prince : l’histoire secrète du fiasco Bellamy.

Un conservateur ce n'est pas un homme qui cache son magot dans un trou du jardin comme cet imbécile d'Harpagon, mais quelqu'un qui se penche sur son passé pour faire le point, juger de ses erreurs passées pour ne garder que ce qui de ce dernier est positif pour le faire fructifier et mieux préparer un avenir plus heureux. Au fond c'est quelqu'un qui a retenu de Maurras, que tant gens critiquent sans en avoir lu même une ligne, qui disait que « la vraie tradition est critique ». Que serait un humain de vingt ans, dont l'on aurait méthodiquement oblitéré la mémoire ? Un être plus libre ? Ou un zombi ?

Je ne serai pas beaucoup plus long, me contentant d'ajouter, avec Alain (un penseur de gauche, mais intelligent, et qui, lui, avait lu Maurras) : « Ô toi, mon ami, qui est fidèle à quelque chose, tu es esprit, par cela même ».

Je dédie cette pensée à Bellamy, qui j'en suis certain ne m'en voudra pas. (Le Scrutateur)

Le vicomte, l’artichaut et le petit prince : l’histoire secrète du fiasco Bellamy

Par

Geoffroy Lejeune

Publié le 27/05/2019 à 12:45

Chapô

Lourdement battu le 26 mai, François-Xavier Bellamy s’est imposé malgré le scepticisme, avant d’être aujourd’hui caricaturé en fossoyeur de son camp. L’histoire n’est pas aussi simple… Récit.

C’est l’histoire d’un vicomte qui rencontre un artichaut. Le vicomte, c’est Philippe de Villiers, rangé des bagnoles depuis 2014 ; l’artichaut, c’est Laurent Wauquiez, ainsi que le surnomme le fondateur du Puy du fou pour mieux souligner qu’il n’inspire guère confiance et que, quand on y goûte, il est sans saveur. Laurent Wauquiez a eu vent un jour de cette dénomination peu flatteuse, et, par l’entremise d’un ami, obtenu un rendez-vous avec le vendéen. 

Emmanuel Macron poursuit alors sa marche triomphale, grignote pan par pan l’électorat de droite, et le patron des Républicains cherche une tête de liste acceptable pour les prochaines élections européennes. « Il te faut un jardinier ou un philosophe », professe Villiers. Le conseil vaut de l’or : à l’heure où les gilets jaunes battent le pavé et où les politiques peinent à parler au cœur de leurs électeurs, quoi de mieux qu’un Français venu d’en bas pour les réconcilier ? Ou qu’un intellectuel, capable d’élever le niveau des débats ?

L’artichaut ne connaît pas de jardinier, mais il a pris l’habitude de consulter quelques intellectuels de la nouvelle génération, repérés dans les pages débats et opinions du Figaro ou à la couverture de Valeurs actuelles. Parmi eux, François-Xavier Bellamy, 33 ans, normalien, professeur de philosophie à Paris, adjoint au maire de Versailles, philosophe-star des milieux catholiques et des soirées « philia » du théâtre Saint Georges, à Paris. Très récemment, le Figaro magazine lui a trouvé un joli surnom : « le petit prince ».

Le jeune mouton et les crocodiles fatigués 

Wauquiez est le seul à sentir l’aubaine. A Bellamy, il a confié, au hasard d’un rendez-vous rue de Vaugirard, au siège des Républicains, à Paris : « Vous avez de la chance. Quoi que vous disiez, on vous croit sincère. Moi, c’est le contraire. » Cruelle lucidité, terrible aveu : si la droite patine, c’est que son électorat la sait capable de montrer les muscles en campagne pour mieux se renier au pouvoir. Va donc pour le jeune philosophe, dont le regard couleur ciel ne laisse transparaître aucune perfidie.

Les civilisations antiques prenaient un certain plaisir à observer de jeunes moutons, jetés dans des fosses, se faire dévorer par des crocodiles affamés. Dans le rôle du mouton, François-Xavier Bellamy a l’avantage de courir vite et d’éviter les pièges. Et les crocodiles – Gérard Larcher, Valérie Pécresse - sont fatigués. Comprendre : le jeune candidat fait la tournée des chapeaux à plume afin de montrer patte blanche, et son agilité d’esprit, sa bienveillance, le ton posé de ses interventions, amadoue ses aînés. La candidature est validée. 

Parfois des grappes de militants plus zélés que les autres tentaient de lancer des ‘Wauquiez, Wauquiez !’ qui échouaient comme des cris dans une salle capitonnée. Les ‘Bellamy, Bellamy !’, en revanche, duraient, et en prenant la parole, l’orateur rappelait à quel point il lui était difficile d’entendre scander son nom…

Elle s’obstrue assez rapidement avec la polémique sur l’IVG. Rapidement balayée, au prix d’une contorsion sémantique aussi bien assumée par Bellamy que par ses nouveaux amis des Républicains : il s’agit d’une position personnelle, pas de celle du parti. Vient ensuite la deuxième embûche. Au cours d’un rendez-vous avec la presse européenne, le nouveau candidat confesse sa préférence pour Jean-Claude Juncker, actuel président de la commission européenne, plutôt que pour Viktor Orban, premier ministre hongrois, régulièrement accusé de compter parmi les populistes, ou pour Emmanuel Macron plutôt que pour Marine Le Pen.

« L’effet Bellamy »

Le spectre de la trahison hante à nouveau la droite française. A tribord, on raille la propension à toujours donner des gages, à se montrer moins offensif qu’on ne l’est, bref à s’excuser d’être de droite. A bâbord, on pointe l’incohérence et l’incapacité à trancher en faveur du camp du bien. Partout, on comprend que Bellamy est entre deux eaux. Ce positionnement sera son tombeau.

Pourtant, « Fix », comme le surnomment ses amis, mène campagne. Il laboure le terrain, pas plus que les autres, mais pas moins non plus, enthousiasme ses supporters, remplit ses salles. Il fallait le voir pour comprendre que quelque chose d’autre qu’un score se jouait dans cette élection. Nous y sommes allés, le 15 mai à Paris. Les crocodiles étaient là, massés autour de lui, rivalisant de sourires. Ils ont blêmi en entendant scander son nom dans les travées : auprès du dernier quarteron de militants, il existait bien un « effet Bellamy ». Les discours se sont enchaînés et on écoutait ancien ministres et futurs candidats à des ministères parler d’Europe, de compétition mondiale avec la Chine et les Etats-Unis, d’harmonisation sociale, d’environnement même, et on avait le sentiment d’assister à un meeting politique, ce qui était le cas. Parfois des grappes de militants plus zélés que les autres tentaient de lancer des « Wauquiez, Wauquiez ! » qui échouaient comme des cris dans une salle capitonnée. Les « Bellamy, Bellamy ! », en revanche, duraient, et en prenant la parole, l’orateur rappelait à quel point il lui était difficile d’entendre scander son nom…

Il y eut un long silence puis un salve d’applaudissements. Ce soir-là, on réalisa que Bellamy n’est pas un philosophe qui s’est lancé en politique, mais un homme politique qui, jusque-là, enseignait la philosophie.

On avait tout entendu à propos de François-Xavier Bellamy, qu’il était versaillais, qu’il ne parlait pas à la France profonde et encore moins à celle qui souffre, qu’il était catholique, qu’il était sociologiquement minoritaire dans la France de 2019, et tout cela était vrai. Mais on souhaite à qui s’intéresse à la politique d’entendre un jour un candidat s’élever à la tribune et, sans notes, s’adresser à la jeunesse en citant sans que sa mémoire ne le trahisse ces mots de Bernanos dans Le chemin de la croix des âmes : « Jeunes Français, qui n’étiez hier encore que l’enfance de mon pays, une crise sans précédent vous pousse désormais au premier rang. Mais j’ai entrepris de vous parler comme à des hommes. Entre le désastre et nous, il n’y a plus que votre jeune honneur. Nous sommes les enfants d’une même défaite, mais vous seuls pouvez la regarder d’un regard innocent. Tenez bon, tenez ferme, soyez fidèles. Tenez bon, tenez ferme, si vous êtes fidèles, chers amis, jeunes Français, alors il restera assez d’honneur au pays, assez d’honneur pour vous et assez d’honneur pour nous. » Il y eut un silence de cathédrale puis une salve d’applaudissements. Ce soir-là, on réalisa que Bellamy n’est pas un philosophe qui s’est lancé en politique, mais un homme politique qui, jusque-là, enseignait la philosophie.

L’impasse électorale d’un parti plutôt que l’échec d’un homme

A cet instant, la presse, d’ordinaire si prompte à s’inquiéter quand survient un conservateur, applaudit. Les oppositions se taisent. Les crocodiles sont au régime végétarien. Il n’y a que dans l’électorat que l’affaire ne prend pas. A l’aune des résultats, disons que l’échec doit en partie au fait que de nombreux électeurs de droite n’auront pas voulu être pris une énième fois au piège consistant à voter pour une belle vitrine pour plus tard consommer les produits avariés de l’arrière cuisine. Mais là n’est pas l’essentiel : le score pathétique des Républicains reflète davantage l’impasse électorale d’un parti que l’échec d’un homme. Battus en 2012, en 2017, et désormais écartelés entre la République en marche et le Rassemblement national, les Républicains payent leur inaudibilité dans le duel de mastodontes installé par les institutions de la Vème République. Moins libéraux, moins progressistes, moins européens, moins mainstream que Macron ; moins protectionnistes, moins souverainistes, moins patriotes, moins rebelles que Le Pen…

Dans la dernière ligne droite de la campagne, se joue sans doute le tournant qui déterminera l’avenir (le divorce ?) de Bellamy dans le parti qui l’a accueilli le temps d’une campagne. Le lundi 20 mai, six jours avant le vote, le CHU de Reims engage l’arrêt des soins de Vincent Lambert, condamné, de facto, à la mort. La décision révolte, intimement, François-Xavier Bellamy, à qui sa conscience dicte de défendre la vie jusque dans sa plus grande faiblesse. Il répond aux questions de Radio notre dame, le vendredi précédant l’arrêt des soins, puis à celles de LCI et RTL, le 19 mai. A cet instant, il est le seul candidat (il sera rejoint par Jordan Bardella) à défendre le droit à vivre d’un handicapé lourd face à la machine médicale. L’affaire est sérieuse, le pays va s’embraser. Durant le week-end, les Républicains commandent un sondage pour connaitre l’avis de leurs électeurs (enfin, de ceux qu’il leur reste) sur le sujet. Ils sont favorables à l’arrêt des soins. L’équipe de campagne reçoit un email lui recommandant de ne pas s’exprimer sur ce sujet, susceptible de heurter les électeurs. Le « petit prince » est face à sa conscience, coincé entre ses convictions profondes et ceux qui commandent des enquêtes d’opinion pour s’en forger. Vive la politique.

Il échoue à 8,5% et bat le record du pire score jamais réalisé par la droite lors d’un scrutin européen. L’analyse est très simple, elle est déjà répétée çà et là. Ils diront qu’un candidat conservateur était la pire option pour la droite dans cette élection. Ils diront que la mise en avant des thèmes sociétaux (l’IVG, la fin de vie) a plombé cette candidature. Ils diront que la droite n’a d’avenir qu’en singeant Macron et en le concurrençant sur le terrain économique.

Les raisons de la défaite 

Ils ne verront pas que cette candidature a réhabilité la politique au sens noble du terme, c’est-à-dire prendre le risque de s’effondrer en assumant ses convictions, y compris lorsqu’elles sont minoritaires. Ils ne verront pas que l’affaissement de leur famille politique vient de leur absence totale de convictions et que, pour une fois, ils tenaient un candidat capable d’incarner une ligne politique intellectuellement fondée. Ils ne verront pas que l’essor du Rassemblement national est dû à sa capacité à assumer une vraie fracture avec la République en marche. Ils continueront à vouloir incarner une voie médiane entre progressistes et populistes et, après avoir chuté de 20 à 8,5%, ils disparaîtront totalement du paysage…

Ces derniers jours, Philippe de Villiers pressentait, depuis le Puy du fou, où il inaugurait Le premier royaume, son dernier spectacle sur Clovis, une poussée du Rassemblement national et un effondrement des Républicains. Il ne l’attribuait pas à Bellamy, mais à l’incapacité des Républicains à assumer une ligne radicalement opposée à la déconstruction professée par nos gouvernants. Le flair politique du Vicomte ne s’est pas laissé tromper par l’affection qu’il porte à son ami de philosophe. Les années qui viennent diront si l’artichaut a retenu la leçon.   

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Ch.Etzol 28/05/2019 21:41

Qui est coupable?
Autrefois, une défaite ne remettait pas fondamentalement en cause le parti qui l'essuyait.
Nous sommes en plein déni de la majorité des républicains qui crient "haro sur le baudet" pour ne pas remettre en question certaines vues (celles de la trahison des soutiens à Macron) à l'égard de ceux qui tentent de rester fidèles aux principes, du respect de la vie, de la famille, d'une conception de l'Homme.
Mais aussi dans une totale récupération macroniste et gauchisante, refusant de prendre en compte la première place du Rassemblement National, même dans les départements d'Outre-Mer, au cours d' une élection européenne sans grande importance aux yeux des "européens" et en tout cas des français.
Qui rassemble et qui se sert du peuple ?
Peut-être M. Bellamy, choisi par M. Wauquiez selon le respect de l'Homme et les principes chrétiens reviendra-t-il sur le devant sur le devant de la scène, à l'image du Général, à relever le parti auquel il a adhéré après les batailles, toujours d'actualité,de la Manif pour tous, du " changement voulu par LA Taubira, avec le mariage homosexuel, la GPA ,l'euthanasie et autres avancées civilisationnelles"


Heureusement pour les républicains que ces deux hommes, vrais politiques eux, étaient là pour relever le niveau du débat et permettre à ceux qui ont encore un peu de sens commun, d'élire de dignes représentants à l'assemblée bruxelloise.

M. Bellamy y sera, n'en doutons pas, pour tenter de convaincre puis fédérer son groupe parlementaire sur les seules valeurs de la chrétienté ( celles défendues depuis longtemps au puy du Fou, par M de Villiers, dans ses spectacles sur l'histoire de France.
Pas tout à fait les mêmes que celles de l'Europe de LA finance, de la pseudo-écologie et du catastrophisme climatique, ou du transhumanisme !!!