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Publié par Edouard Boulogne

Jean-Yves Camus.

Jean-Yves Camus.

Pour traiter du terrible événement qu'est l'assassinat raciste (revendiqué comme tel qui s'est produit hier en Nouvelle-Zélande, j'ai choisi le commentaire d'un homme de gauche, mais honnête, paru ce jour dans le Figaro. (LS).

 

Racisme : ce que révèle le «manifeste» du terroriste de Christchurch en Nouvelle Zélande.

 

Jean-Yves Camus, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'extrême droite, souligne le caractère disparate des références employées par l'auteur présumé de l'attentat en Nouvelle-Zélande.

LE FIGARO.- La tuerie en Nouvelle-Zélande semblerait être le fait d'un terroriste revendiquant son appartenance à l'extrême droite. Il a publié un manifeste intitulé Le grand remplacement, concept employé en France par Renaud Camus…

Jean-Yves CAMUS.- Je préfère parler d'ultra-droite, plutôt que d'extrême droite: l'ultra-droite s'oppose frontalement aux institutions et est prête à entrer dans un conflit armé, y compris face à l'État. Les partis d'extrême droite visent eux à conquérir l'appareil d'État par la voie légale. Quant à la théorie du «grand remplacement», il faut être vigilant face à l'emploi de ce terme par le tueur présumé. C'est en effet un concept employé depuis plusieurs années par le Français Renaud Camus ; mais on peut être, comme moi, diamétralement opposé aux idées de Renaud Camus, et reconnaître que ce n'est pas un homme violent ou qui prône la violence. Le «grand remplacement» est un concept théorique, et Renaud Camus ne se reconnaît certainement dans aucun des qualificatifs que l'auteur présumé de la tuerie s'est auto-attribué: fasciste, éco-fasciste, suprémaciste blanc…

«Écofasciste»?

Oui, c'est une référence qui apparaît plusieurs fois dans le manifeste publié par l'individu. Ce terme renvoie à une idéologie mal connue, qui fait un certain nombre d'adeptes dans les milieux d'ultra-droite, et qui consiste à prôner à la fois la préservation de la nature et de la diversité des espèces humaines, considérées chacune sous un aspect biologique. En somme, de même qu'il faudrait préserver la biodiversité des espèces dans la nature, il s'agirait de conserver chaque ethnie humaine dans son écosystème propre.

Le suspect utilise aussi dans ses publications des références au nazisme, et ne cache pas son admiration pour Oswald Mosley…

Oswald Mosley n'était pas nazi: cet homme politique et ancien ministre travailliste a évolué dans les années 1930 vers une forme d'idéologie autoritaire. Quant aux allusions au nazisme, elles sont à interpréter avec précaution: le manifeste publié par le tueur présumé, de même que celui qu'avait publié Anders Behring Breivik, le terroriste norvégien qui avait perpétré en 2011 les attentats d'Oslo et d'Utoya, est le résultat des recherches menées par un homme qui fait son marché parmi beaucoup de doctrines disponibles, sans nécessairement avoir de colonne vertébrale idéologique.

S'agit-il donc d'un individu isolé?

«Il faudra, en particulier, déterminer qui sont les personnes que l'homme a pu rencontrer au cours de ses voyages, notamment en France.»

Ce sera l'un des éléments-clés que l'enquête devra préciser. Il faudra, en particulier, déterminer qui sont les personnes que l'homme a pu rencontrer au cours de ses voyages, notamment en France. En tout cas, à la lecture des textes publiés par l'individu, je suis frappé par le caractère disparate des références qu'il convoque, de l'ésotérisme nazi à Oswald Mosley en passant par le «grand remplacement» ou encore cette devise: «assurer l'existence de notre peuple et un avenir pour les enfants blancs», formule employée par David Lane, un des chefs de file du suprémacisme blanc américain.

Pourquoi cet Australien aurait choisi de commettre son crime en Nouvelle-Zélande, pays où la population musulmane ne représente que 1 % environ de la population, et est plutôt bien intégrée?

Il explique qu'il a choisi la Nouvelle-Zélande pour montrer que le processus dit de «grand remplacement» est à l'œuvre dans toutes les parties du monde occidental, y compris les plus reculées. La Nouvelle-Zélande est un pays situé à l'exact opposé du continent européen: ce choix vise à montrer, dans ses fantasmes, qu'aucun territoire occidental n'est épargné par ce qu'il appelle la «subversion démographique».

«Il explique qu'il a choisi la Nouvelle-Zélande pour montrer que le processus dit de “grand remplacement” est à l'œuvre dans toutes les parties du monde occidental, y compris les plus reculées.»

Le tueur présumé fait également allusion à la défaite de Marine Le Pen en 2017. Ce serait l'un des moteurs de sa radicalisation?

Il évoque en effet l'élection de 2017, décrivant Emmanuel Macron comme un candidat «globaliste, capitaliste et partisan de l'idéologie égalitaire, sans conscience nationale», et moquant la «mollesse» de Marine Le Pen. La défaite de cette dernière l'a cependant, selon ses dires, fait douter de l'intérêt même des élections, et l'aurait conduit à se radicaliser.

En Europe et en France, faut-il craindre que les discours politiques dirigés contre «l'islamisation» ou le «multiculturalisme» n'encouragent à des actes de violence?

«Aucun élément objectif ne suffit à établir une filiation entre les idées de Renaud Camus ou du Rassemblement national, et la tuerie commise en Nouvelle-Zélande.»

Encore une fois, si je m'en tiens au manifeste du tueur présumé, aucun élément objectif ne suffit à établir une filiation entre les idées de Renaud Camus ou du Rassemblement national, et la tuerie commise en Nouvelle-Zélande. Il ne faut pas instrumentaliser ce qui vient de se passer. L'ancien directeur général de la sécurité intérieure Patrick Calvar avait déclaré en 2014 devant la commission de la défense à l'Assemblée nationale que ses services travaillaient sur le scénario, plausible, d'attentats d'extrême droite qui seraient une vengeance après les attentats islamistes en France, et qui viseraient à instaurer un climat de guerre civile. Mais il ne s'agit là que d'une hypothèse de travail, toutes les personnes qui expriment des idées proches de l'extrême droite ne sont pas susceptibles de passer à l'acte.

Ces groupuscules font l'objet d'une commission d'enquête parlementaire. Les premiers résultats de ces travaux permettent-ils de formuler des conclusions quant au risque de voir des actes similaires se produire en France?

Lorsque j'ai témoigné devant cette commission, j'ai déclaré que le nombre de militants d'ultra-
droite est réduit (entre 2500 et 3000  personnes) et n'a pas augmenté depuis une dizaine d'années. Par ailleurs, entre la volonté de passer à l'acte et l'acte lui-même, beaucoup de facteurs interviennent: la psychologie d'abord, car c'est une chose de dire que l'on va tirer et c'en est une autre de tenir vraiment une arme automatique entre les mains. Mais aussi la législation sur les armes à feu, beaucoup plus stricte en France qu'en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux États-Unis.

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 16/03/2019.

 

http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2019/03/15/31002-20190315ARTFIG00179-jean-yves-camus-il-ne-faut-pas-instrumentaliser-les-crimesde-christchurch.php

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Ch.Etzol 17/03/2019 17:22

Point de vue juste et équilibré. Il est curieux que chez nous, la première hypothèse envisagée pour un acte de terrorisme islamiste, est toujours celle d'un déséquilibre mental...et toujours de l'extrême droite.
Nul qui n'envisage non plus que l'islamisme, le "droits de l'hommisme" et tous ses corollaires, dénoncés par P Manent, peuvent conduire à de telles horreurs. Tous préfèrent utiliser et manipuler pour augmenter encore la pression, tentant de donner mauvaise conscience, par une sidération devant l'ignoble, au regard des principes chrétiens.
N'oublions pas cependant le bataclan, le 14 Juillet à Nice et toutes les barbaries subies par NOS compatriotes,tués sur NOTRE sol national, aussi horribles que les crimes nazi mais qui, en plus, ont prétention à se justifier par l'aval d'une "religion", face à laquelle trop de responsables occidentaux vivent dans le déni.
Assez de marches blanches, mais plus de fermeté dans les actes.