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Publié par Edouard Boulogne

Lucette Michaud-Chevry : FIN DE REGNE.

Lucette Michaux-Chevry dans les années 1980 incarna les espoirs de la Guadeloupe au moment de la fièvre du terrorisme qui affecta les milieux séparatistes de notre région.

Puis cet ancien avocat, devenu maire de Gourbeyre puis de Basse-Terre, présidente, successivement des conseils général puis régional, député, sénatrice, s'engagea sur des chemins périlleux en contradiction avec les vœux de son électorat.

Le point de rupture se situe en 1999, où la dame cosigna la Déclaration de Basse-Terre en compagnie de l'autonomiste guyanais Karam, et de l'indépendantiste martiniquais Alfred Marie-Jeanne qui connaît actuellement lui aussi des ennuis judiciaires graves. Elle s'engageait ainsi sur une voie sécessionniste, et en 2003 elle milita avec la passion qui la caractérise (c'est une grande actrice) pour un changement de statut pour la Guadeloupe. On sait le résultat catastrophique pour elle : le referendum enregistra 73% de NON au mouvement autonomiste.

Depuis lors LMC a descendu la pente, mêlée à de sombres histoires où l'avait entraînée son hubris.

Le dossier fort bien fait que France-Antilles a publié aujourd'hui est accablant. Nous le reproduisons ci-dessous pour les lecteurs guadeloupéens qui ne l'auraient pas lu, et surtout pour nos lecteurs de la Martinique et de la métropole (LS).

 

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Lucette Michaux-Chevry convoquée devant le tribunal en juin

Dossier réalisé par Boris COLOMBET et Amandine ASCENSIOMercredi 16 janvier 2019

 

Lucette Michaux-Chevry, plus en forme que jamais, ne compte rien lâcher dans cette affaire.

Si la garde à vue de la présidente de la CASBT s'est limitée à 7 «  petites  » heures dans les locaux de la DIPJ, le marathon judiciaire de la dame de fer s'est poursuivi dans les locaux de la section de recherches, où les gendarmes lui ont délivré une convocation pour une tout autre affaire.

Sa garde à vue pouvait durer jusqu'à 48 heures. Finalement, Lucette Michaux-Chevry, tout comme sa fille Marie-Luce Penchard et son petit-fils Alexandre qui étaient également entendu dans le cadre d'une possible affaire de détournements de fonds, ne sera restée que 7 heures, hier, dans les locaux de la DIPJ (direction interrégionale de la police judiciaire).

Tout sourire, Me Hatchi, l'un des avocats de l'élue jusque-là indéboulonnable dans le sud Basse-Terre, a rapidement ironisé. Allant jusqu'à assurer que, dans cette procédure pilotée par le juge d'instruction du pôle financier de Paris Serge Tournaire (1), «  la montagne avait accouché d'une souris ». Quant à l'intéressée, elle en était encore à pérorer et à jurer ses grands dieux qu'elle « n'irait pas en prison.  »

UNE CONVOCATION PEUT EN CACHER UNE AUTRE

La réalité, c'est que la présidente de la CASBT Grand Sud Caraïbe (communauté d'agglomération du Sud Basse-Terre), n'a jamais été aussi proche d'un risque majeur pour elle : une peine d'inéligibilité susceptible d'être prononcée très rapidement. Avant même la fin de son mandat en 2020.

Parce que voilà, en quittant les locaux judiciaires du Morne-Vergain, Lucette Michaux-Chevry n'est pas directement rentrée chez elle. Elle a, avant cela, dû faire un détour par les locaux de gendarmerie tout proches, occupés par la section de recherche. Et cette nouvelle convocation a eu l'effet d'une douche froide, pour l'ex-ministre de Jacques Chirac et ancienne présidente de la Région, mais aussi du conseil général, puisque les militaires lui ont signifié son renvoi devant le tribunal correctionnel de Basse-Terre, afin d'y être jugée le 14 juin.

Ce rendez-vous devant des juges ? C'est tout simplement la conséquence de deux enquêtes menées en préliminaire par le procureur de Basse-Terre qui, à l'évidence, vient de clore, deux dossiers emblématiques à l'avant-veille de son départ pour le parquet de Cayenne.

Le premier, sur lequel enquêtent les gendarmes depuis le mois juillet, après avoir été saisis d'un procès-verbal de constatation dressé par l'Agence française pour la biodiversité, a trait à un scandale environnemental et sanitaire qui secoue le Sud Basse-Terre depuis des lustres : la gestion de l'eau du robinet. Avec son pendant : celui de l'assainissement. Pour cela, Lucette Michaux-Chevry, en sa qualité de présidente de la CASBT, se voit ainsi inquiétée par une kyrielle de délits.

Avec, pêle-mêle, des poursuites engagées pour «  distribution d'eau sans assurer ses obligations en matière de vérification et de surveillance de sa qualité  », «  production ou distribution de l'eau en vue de sa consommation humaine sans autorisation » et «  production ou distribution de l'eau dont les références de qualités font courir des risques sanitaires sans en avoir informé ou conseillé les consommateurs  ». Cela relève du code de la santé publique et c'est tout simplement la réponse à deux énormes bévues : avoir tardé à informer les habitants de Gourbeyre, en mai dernier, de la non-potabilité de l'eau du robinet malgré l'alerte émise par l'Agence régionale de santé, et, cerise sur le gâteau, avoir exploité un captage «  mawon  ».

Histoire de clore ce volet de santé publique, Lucette Michaux-Chevry devra enfin s'expliquer sur «  la pollution de la mer  » en raison du non-traitement ou tout du moins d'un traitement plus que défaillant des eaux usées.

Poussée à prendre sa retraite urgemment ?

Impossible de savoir si le procureur de Basse-Terre, particulièrement engagé dans la lutte contre les atteintes à la probité, a voulu adresser un cadeau d'adieu à la Dame de fer avant de quitter la Guadeloupe. Ce qui est certain, en revanche, c'est que dans cette longue liste de poursuites ressemblant à un packaging digne d'une opération de déstockage, il en reste une dernière qui risque de réellement faire mal : des faits de favoritisme présumés concernant l'absence de délégation de service public dans le secteur du transport public. Un délit, selon une source proche de l'enquête pilotée cette fois par la DIPJ, qui illustre des défaillances à la CASBT et qui, s'ildevait être retenu par les juges du tribunal correctionnel, entraînerait l'inéligibilité  de la dame de fer locale.

Le message qui vient de lui être adressé se veut on ne peut plus clair : l'inciter à lâcher de toute urgence les rênes de la CASBT.

(1) Serge Tournaire instruit notamment les affaires Bygmalion, l'affaire de l'arbitrage du Crédit Lyonnais dans lequel est mise en cause Christine Lagarde et... l'affaire Fillon.

Contactés à ce sujet, ni Lucette Michaux-Chevry ni son service communication, n'avaient répondu à nos sollicitations à l'heure où nous bouclions cette édition.

 

Une journée en garde à vue pour une affaire à part

C'est une tout autre affaire qui est venue ébranler la journée d'hier, de Lucette Michaux-Chevry et de sa tribu. La dame de Basse-Terre, avec sa fille Marie-Luce Penchard et son petit fils Alexandre Penchard, ont été entendus, sur une commission rogatoire d'un juge d'instruction dans le cadre d'une enquête diligentée par le parquet national financier. Les soupçons ? Une énième affaire de détournements de fonds présumés, mettant en cause les trois protagonistes à propos de travaux dans leurs domiciles respectifs, réalisés par des entreprises qui, en échange, auraient obtenu des marchés publics dans le Sud Basse-Terre. À l'issue d'une journée en compagnie des policiers de la direction interrégionale de la police judiciaire, les trois mis en cause ont vu leur garde à vue levée.

Un si long passé judiciaire... mais toujours élue

Il y a des gens qui ne font jamais parler d'eux en matière judiciaire, et puis il y a ceux qui sont constamment convoqués par les services d'enquête.

Première alerte de l'histoire, l'affaire du comité de gestion des œuvres sociales de la Ville de Gourbeyre : une association qui devait venir en aide aux plus déshérités de la population, recevait des fonds donnés par des sociétés, dont une partie passait par le compte bancaire de Lucette Michaux-Chevry, qui en disposait librement. Il s'agissait de près d'1,9 million d'euros. Elle fut mise en examen pour « concussion, abus des confiance, faux et usage ».

La figure politique de Guadeloupe fut également soupçonnée, de n'avoir pas respecté le code des marchés publics pour l'attribution de marchés de construction et d'agrandissement d'un lycée, pour près de 130 millions de francs. Mise en examen en 2000, pour ces faits datant du milieu des années 1990, elle a du se justifier de faits de surfacturation atteignant plus de 60 millions de francs. Pour cette affaire, Lucette Michaux-Chevry a été condamnée à 20 000 euros d'amendes pour ce dossier de favoritisme.

Et puis il y eut l'affaire Michel Pacary, instruite à Paris, dans laquelle Lucette Michaux-Chevry a été soupçonnée de détournements de fonds publics. L'homme, décédé en 1999, était connu pour aider les communes à échelonner leurs dettes pour gérer les finances locales : il fut reproché à la maire de Gourbeyre d'avoir perçu une partie des 860 000 francs versés par la commune à Michel Pacary.

Les affaires récentes

Plus récemment, la femme politique de Guadeloupe a été soupçonnée de faire rénover son appartement du 17e arrondissement de Paris, en surfacturant les travaux de réfection d'une école primaire de la ville de Basse-Terre, lorsqu'elle en était l'édile. L'information judiciaire, ouverte par le parquet de Basse-Terre avait menée à la saisie de la brigade financière de la Direction interrégionale de la police judiciaire.

Enfin et tout dernièrement, l'affaire de la Communauté d'agglomération du Sud Basse-Terre avec une série d'interpellations et la mise en examen de 16 personnes dont Lucette Michaux-Chevry. Dans ce cadre, elle était entendue pour des faits présumés de détournements de fonds publics, d'associations de malfaiteurs, d'escroquerie en bande organisée, de prise illégale d'intérêts, de faux et usage de faux documents administratifs. Le dossier est sur le point d'être clôturé et pourrait évoluer dans les mois à venir.

 

Le détail des trois affaires

Les eaux usées de 8 000 équivalents habitants dans la mer des Caraïbes depuis des mois

Un grand bain de caca, c'est l'un des motifs du renvoi de la présidente de la communauté d'agglomération du Sud Basse-Terre devant le tribunal : depuis plusieurs mois, des pompes de relevage (qui servent à faciliter l'acheminement des eaux usées vers les stations d'épuration en zone urbaine), ne fonctionnent plus, de Rivière-Sens jusqu'à la station de Baillif. Par conséquent, ce sont des milliers de litres d'eaux usées, 8000 équivalent habitants selon nos sources, qui partent dans la mer des Caraïbes. La conséquence ? Des milieux naturels qui s'enrichissent en nutriments en tous genres, qui recouvrent les coraux, et qui facilitent le développement d'algues. On parle, selon les services spécialisés d'eutrophisation du milieu. Autrement dit, les beaux lagons bleus prennent une couleur peu ragoûtante. Dans le pire des cas, la baignade devient déconseillée, voire interdite. Pour l'heure, il n'est pas encore question de cela. D'autant que les stations de traitement des eaux usées de la zone sont déclarées non conformes, dans la mesure où l'agglomération ne communique pas ses données en matière d'auto-surveillance, ce qui peut porter à croire qu'elle ne contrôle rien du tout.

Il est interdit d'empoisonner la population avec de l'eau produite illégalement

Lorsque le procureur de la République de Basse-Terre a découvert le captage illégal, dans l'histoire de la pollution à la chlordécone de l'eau dans les robinets de Gourbeyre, c'était la sidération. «?Le captage de Gourbeyre ne fait l'objet d'aucune autorisation que ce soit au titre du code de la santé publique ou du code de l'environnement?», disait-il le 14 juillet dans nos colonnes. Et cette absence manifeste de légalité reste problématique du point de vue réglementaire d'une part, et surtout de celui de la sécurité sanitaire. «?Car produire et distribuer de l'eau en vue de la consommation humaine sans autorisation?», soulève le problème d'une absence d'autocontrôle, pourtant obligatoire pour les organismes en charge de la gestion de l'eau sur un territoire. Surtout quand on se situe sur un territoire où le risque de pollution aux pesticides est majeur.

Pas de délégation de service public pour le transport de l'Agglo

C'est purement et simplement du favoritisme. La procédure sur les délégation de service public (DSP), qui confère le pouvoir à des compagnies privées d'assurer des missions de service public, comme le transport, est formelle. Après un appel d'offres, il doit y avoir une mise en concurrence des offres présentées, puis le choix du meilleur pour assurer le service. Or, dans le cadre des transports en Sud Basse-Terre, rien de tout cela n'a été fait. Depuis 2016, seules des conventions de continuité provisoire du service public, récemment annulées par le tribunal administratif de Basse-Terre, ont été conclues et renouvelées sans délégation de service public. On n'est pas loin du petit arrangement entre amis. Le marché semble avoir été réparti entre plusieurs compagnies de différentes liaisons sur les zones du Sud Basse-Terre, mais sans mise en concurrence, sans publication de cahier des charges, sans publicité et donc sans réelle assurance que le service public sera rendu.

 

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