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Publié par Edouard Boulogne

Les Gilets jaunes : jusqu'où aller trop loin ? Par Philippe Bilger.

A l'heure où tant de gens se contentent de recopier « le n'importe quoi » venant de n'importe qui sur la crise initiée par les gilets jaunes, travaillant à une plus grande démoralisation du pays et à ouvrir le champ à une dérive « révolutionnaire » dont personne n'a rien à gagner, je livre à la réflexion cet article plein de bon sens d' un honnête homme M. Philippe Bilger.

Les Gilets jaunes : jusqu'où aller trop loin ?

Les Gilets jaunes ne sont pas un bloc et en dépit d'un soutien majoritaire du pays, ils ne sont pas à sanctifier. Je le dis d'autant plus volontiers que depuis le début j'ai, à ma place, compris et soutenu leur mouvement, notamment par l'entremise de Sud Radio et des Vraies Voix qui n'ont pas cessé de les écouter et de les faire parler.

De nombreux Français ont perçu la légitimité de la révolte de cette France oubliée qui manquant de presque tout est encore plus accablée de charges et de taxes. Pourquoi se priver d'alourdir le fardeau de ceux qui longtemps ont été condamnés au silence ?

Leur colère n'a jamais été mieux décrite que par Charlotte d'Ornellas dans "Le réveil de la France méprisée". Au prétexte qu'elle écrit dans Valeurs actuelles, cette journaliste est souvent tournée en dérision par des censeurs qui ne lui arrivent pas à la cheville médiatique.

Si j'excepte quelques privilégiés et sourds confortablement installés dans leur autarcie, les Français se sont sentis en empathie avec cette multitude parlant enfin fort du fond des provinces négligées. Ces gens de rien si longtemps corvéables comme une "chair à démocratie" et qui soudain, prenant prétexte de la hausse du carburant et des injonctions écologiques qui leur étaient adressées (comme s'ils avaient la possibilité de s'adonner à ces préoccupations de luxe !), sont apparus au grand jour national pour exprimer une angoisse, un ressentiment, une misère, les affres d'une quotidienneté difficile à vivre.

Ce qui avait l'apparence d'une contestation sociale et politique a vite été dépassé par une infinité de doléances et de récriminations humaines, par des protestations visant à contraindre la France d'en haut à se pencher sur leur France du bas, par la volonté de rappeler à la première l'existence de la seconde. Cette revendication, multiforme et diffuse, avait pour mérite d'être partagée par beaucoup mais l'inconvénient d'être tellement vague et incohérente dans ses demandes qu'elle ne pouvait être satisfaite sur un mode classique. Même ceux qui la proféraient avaient du mal à l'articuler.

Pourtant il convient, aujourd'hui, de revenir à un dialogue plus traditionnel. Il est temps de mettre fin à des diktats du genre "Macron démission", à des incongruités comme la suppression du Sénat, à l'obsession de remettre un pseudo-Mai 68 sur le chantier républicain, à un extrémisme qui décrédibilise plus qu'il ne stimule.

La focalisation médiatique sur les Gilets jaunes (aussi négative qu'elle a été parfois), les violences qui n'ont pas assez distingué les manifestants pacifiques des casseurs enragés, les maladresses insignes de certains ministres (Castaner, Griveaux, Darmanin et Schiappa notamment), la rigidité au moins initiale du Premier ministre, les interventions inadaptées et à contre-temps du président de la République, ont favorisé la montée d'une radicalité inquiétante qui s'imagine pouvoir renverser la table démocratique quand il s'agit de s'asseoir autour d'elle avec des propositions plausibles et une discussion de bonne foi.

Les péripéties quasiment vaudevillesques du dialogue avec le pouvoir touchent au ridicule et révèlent le désir de certains des Gilets jaunes de renvoyer en pleine face du gouvernement, par le recours à des prétentions absurdes et à une forme grossière et désinvolte, le mépris et la condescendance dont ils estiment avoir été victimes trop longtemps. Je mesure cette tentation mais je la crois improductive. Il n'y aura pas le "grand soir" du bouleversement, il conviendrait de s'attacher à des avancées pragmatiques et qui dans tous les cas constitueront une victoire pour la masse des humiliés.

A condition aussi que soit abolie cette résolution ressassée de "maintenir le cap" comme si ce dernier profondément contesté ne devait pas être révisé. Un volontarisme pour la façade mais la substance est à reconsidérer ! (Le Figaro).

Je suis persuadé qu'au-delà des excès déplorables, notamment à l'encontre de journalistes (qui s'interrogeront, je l'espère, sur leur discrédit), des slogans sommaires et du mimétisme révolutionnaire, la France périphérique, dans l'honneur et l'intensité d'une parole populaire et convaincante, aura réussi à se faire entendre. Elle ne pourra plus être reléguée loin des centres urbains.

Elle a d'ores et déjà gagné quand je vois, sur un plan mineur, quelques artistes soutenir les Gilets jaunes (les pétitionnaires compulsifs pour des causes qui ne valent pas celle-là s'abstiennent étrangement), des milliardaires les applaudir sans se dépouiller, plus gravement, le pouvoir recevoir ses représentants avec à la clé le discours obséquieux d'un Premier ministre content d'avoir été maltraité, la communauté nationale continuer à se tenir à ses côtés sans risque mais avec sincérité et, enfin, un président de la République qui ne s'abandonnera plus à l'ivresse factice d'un nouveau monde mais plus modestement, empiriquement à consoler et à améliorer l'ancien.

Les Gilets jaunes, pour eux, parce qu'ils doivent nous donner la certitude que nous n'avons pas été de leur côté pour rien, éviteront cette tentation d'aller trop loin, avec le vertige qui saisit toute protestation collective durable et largement approuvée, et de quitter le chemin royal de la démocratie pour s'engouffrer dans le chaos du n'importe quoi.

On les écoute enfin. Qu'ils parlent donc !


 

 

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Claude Houel 03/12/2018 00:10

Analyse fine et sage de M. Bilger à laquelle une très grande majorité des citoyens peut adhérer.
Encore faut-il que "notre" président,ses ministres et les godillots de le rem accepte le principe d'une pause pour permettre à tous de se re-saisir. Il faut stopper net toute nouvelle taxe,même votée.
Il faut aussi expliquer au citoyen la nécessité de l'impôt face à la dépense publique dans la plus grande transparence,c'est à dire indiquer en détail le bien fondé de chaque charges rapportée au bien-être ,d'abord , de ce citoyen, à titre individuel comme collectif.
Cette méthode permettrait à nos "dirigeants" au niveau local comme national de mesurer la nécessité absolue de chaque dépense qu'ils engagent et de constater qu'avant de ponctionner à l'infini de façon inégale,donc injuste,il devient incontournable de cantonner les charges à l'intérieur du champs permis par les "facultés contributives des citoyens",en s'interdisant le recours,beaucoup trop facile à l'emprunt.
Le jour où le budget de l'Etat sera géré à la façon d'un bon père de famille, le citoyen acceptera d'apporter sa participation.
Il reste beaucoup de chemin à faire et cela passera par une responsabilisation des dirigeants comme des élus qui devront rendre compte,pas seulement une fois tous les cinq ans,mais tout au long de leur mandat de chaque création de charge nouvelle ou de prélèvement nouveau.
Cette responsabilité devra être constatée et sanctionnée y compris au plan judiciaire donc financier.
Par exemple il faudrait rechercher ceux,hauts fonctionnaires ou élus,qui ont mis en place une taxe dite carbone, dont 20% seulement servent la cause écologique.Les 80% restants ayant été détournés de leur justification initiale,ce qui constituerait un délit dans une entreprise.
Enfin plus aucun impôt nouveau ou augmentation de taxe ne devrait être adoptée par une poignée d'élus, à la va-vite dans des hémicycles vides.
L'impôt, d'une manière ou d'une autre, impacte la majorité du peuple, il appartient à nos représentant d'en faire un usage digne et utile à tous.
C'est à ce prix seul que le citoyen pourra se réconcilier avec la classe politique et consentir à l'impôt ,sans se grimer de jaune et descendre dans la rue.