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Publié par Edouard Boulogne

La dramatique question de l'eau en Guadeloupe. Quand le préfet Philippe Gustin s'exprime

Déclaration nette et claire du préfet de la Guadeloupe.

 

Dans le dossier de l'eau : « On ne peut plus se permettre des fantaisies »

http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/societe/dans-le-dossier-de-l-eau-on-ne-peut-plus-se-permettre-des-fantaisies-495578.php

 

« Si on aborde le sujet de façon technique et pas uniquement politique, on y arrivera, » estime Philippe Gustin, le préfet de la Guadeloupe.

 

Un nouveau rapport d'audit a été produit sur l'eau en Guadeloupe. Plus que jamais, la préfecture et l'ensemble des services de l'État sont entièrement mobilisés pour établir une stratégie claire et globale de sortie de la crise actuelle. Le préfet, Philippe Gustin, s'en explique, en dix points.

1- L'INTÉRÊT D'UN NOUVEAU RAPPORT

 

« La situation de l'eau en Guadeloupe est indigne d'un pays civilisé au 21e siècle. Il est normal que les pouvoirs publics, le président de la République et le secrétaire d'État, Sébastien Lecornu, a en demandé d'avoir cet énième rapport qui est un audit très large pour définir et valider des stratégies qui ont déjà été engagées. Ce rapport met aussi en exergue quelque chose d'extrêmement important : une perte de confiance terrible de la part des usagers. On peut comprendre que des gens qui sont privés d'eau et ont des difficultés avec les tours d'eau depuis des dizaines d'années soient quasiment dans une situation de désespoir. »

 

2- RESTAURER LA CONFIANCE

 

« Il faut restaurer cette confiance pour deux choses. D'abord auprès des usagers, parce que si vous recevez l'eau de manière épisodique, vous ne la payez pas, et si vous ne la payez pas vous mettez en péril tout le système économique. 36% des usagers ne paient pas l'eau pour des raisons diverses, alors que 15% des gens n'ont pas l'eau. C'est qu'il y a un sentiment très fort de défaillance du système. Il s'agit aussi de restaurer cette confiance auprès des bailleurs de fonds nécessaires aux travaux de rénovation de l'outil de production et de distribution de l'eau. D'autant plus que demain il va falloir remettre sur les rails l'ensemble du système d'eau et d'assainissement de la Guadeloupe. Le réseau a été performant, il y a très longtemps, mais il a très mal vieilli et a été mal entretenu. Pour être clair, aujourd'hui on ne trouvera pas des financeurs parce que ces pertes permanentes ne permettent pas d'être attractifs. »

 

3- DÉCLENCHER UNE DYNAMIQUE DURABLE

 

« Cela veut dire qu'il faut qu'on soit dans une logique où on dépasse les clivages et les blocages qui ont fait que ce dossier de l'eau a périclité ces dernières années. Je ne fais le procès de personne et je ne veux pas rentrer dans les questions de gouvernance. Ce que demande l'usager, c'est de trouver de l'eau potable lorsqu'il tourne son robinet. Cette dynamique durable est pour moi très importante car cela doit nous conduire à renverser cette tendance qui s'est détériorée au fil du temps avec de moins en moins de quantité et de qualité. »

 

4- LE RÔLE DE L'ÉTAT

 

« Logiquement, l'Etat n'a rien à voir dans ce dossier. Mais quand on commence à toucher à des questions de qualité, on touche à des questions de santé publique. Je souhaite que les contrôles soient faits, qu'il y ait une plus grande transparence avec une bonne circulation de l'information. Les usagers doivent savoir si l'eau qu'ils boivent est potable ou pas. Avec la Région et le Département, on s'est donné 18 mois à 2 ans pour mener, avec des analyses et des diagnostics qui très affinés, des actions prioritaires à mettre en oeuvre avec pour objectif : éradiquer les tours d'eau dans les délais évoqués. Cela n'empêche pas d'avoir un projet et un plan beaucoup plus massifs pour les cinq ou dix années à venir. »

 

5- LES CAPTAGES D'EAU

 

« Le rapport dit qu'il y a un vrai sujet de propriété. D'une manière générale, et c'est assez hallucinant, on a un problème de cartographie de l'ensemble du réseau. Parallèlement au travail permettant d'être le plus efficace possible, il faut identifier les propriétés et donc les actifs et les passifs de chacun des opérateurs. Et puis, il restera aux élus de conserver ou non tel ou tel syndicat. Des propositions sont faites, mais ce sera aux collectivités locales de se positionner, avec, pourquoi pas ,notre assistance. Et puis, si un captage n'est pas légal, il faudra le régulariser. »

 

6- LA GOUVERNANCE

 

« Aujourd'hui, il faut éviter de concevoir ce dossier uniquement sur le volet de la gouvernance. Ce n'est pas la priorité, qui reste l'usager. Ce qui est certain, c'est qu'on a un ordre de marche qui doit conduire à ce financement de 71,4 millions d'euros de ce qui est prioritaire. C'est de ça qu'il faut qu'on parle et c'est là-dessus qu'il faut qu'on focalise toute notre énergie. Il y aura de ma part une vigilance phénoménale en terme de contrôle, pour être sûr de la bonne allocation des moyens. »

 

7- LE FINANCEMENT DU PLAN À LONG TERME

 

« On doit d'abord restaurer cette confiance, réaliser l'urgence, faire une identification très claire de ce que ça va coûter, trouver des financeurs et planifier ce travail. L'AFD et la Caisse des dépôts, notamment, sont prêts à regarder dans les deux ans qui viennent, si on a fait la preuve que le système permet de mettre de l'argent là-dessus. Beaucoup d'argent a déjà été consacré à ce dossier. On peut donc se poser la question si ça vaut le coup de mettre encore de l'argent. Par conséquent, il faut que chacun soit responsable. Quand certains élus font leur campagne sur le principe qu'il ne faut pas payer l'eau, cela s'appelle de l'irresponsabilité. Et c'est même criminel. Ce service de l'eau a un coût, mais il se doit d'être de qualité. »

 

8- LA COORDINATION DU TRAVAIL

 

« Le rapport préconise un directeur de projet. Je vous le dis, ce sera moi. ( « moi » c'est-à-dire l'Etat. « l'Etat français comme disent certains politiciens ». Précision du Scrutateur ).On est dans une période de crise et de toutes façons c'est moi qui devra rendre des comptes. J'ai pris ce sujet à bras le corps depuis mon arrivée. J'ai mis autour de moi une petite équipe qui fait un travail vraiment collectif qui permet d'avoir une approche globale. Je dois piloter ce système, taper du poing sur la table lorsqu'il le faut, avoir un échange avec les élus. L'État prend la main à un moment de crise, avec des partenaires qui, eux non plus, n'avaient pas vocation à entrer dans ce dossier : c'est la Région et le Département. Nous sommes à trois là-dessus et nous avons la volonté, par une contractualisation, avec une logique claire « Aide-toi, l'État t'aidera... » Mais pas l'inverse. On ne peut plus se permettre des fantaisies. Quand il s'agit de l'argent du contribuable, l'Etat est dans son rôle. »

 

9- LA PRIORITÉ SUPRÊME

 

« Bien sûr, il y a l'eau. Mais une autre priorité qui est complètement liée. Ce sont les finances des collectivités locales, dont l'eau est une résultante. On ne peut plus avoir une économie de la Guadeloupe où la commande publique est à ce point importante, et avoir des entreprises qui ne sont pas payées. C'est toute la chaîne économique qui est en danger avec, à terme, si on ne fait pas ce qu'il faut faire, des collectivités qui ne pourront plus payer leurs agents. Pas question d'en arriver là. Je préfère des collectivités qui dégagent une capacité d'investissement et qui vont pouvoir améliorer la vie des usagers, que des communes qui sont dans le rouge, ou celles qui embauchent par clientélisme.

 

10- ON PEUT Y ARRIVER

 

« Vu la situation dans laquelle on se trouve, on ne peut pas faire pire. Plus de 60% de l'eau produite est perdue. Vous imaginez le gâchis pour l'environnement ? C'est incompréhensible. La ressource est là, et je pense que s'il y a de la bonne volonté, si on aborde le sujet de façon technique et pas uniquement politique, on y arrivera. »

 

 

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dach 30/07/2018 23:51

dans les années 70 je visitai l'ex Ile de France aujourd'hui Ile Maurice. Une superficie équivalente à celle de la Guadeloupe avec une population de plus d'un million d'habitants à ce jour. Leur seule montagne le morne Brabant culmine à Environ 800 m. Pourtant il ne manque pas d'eau. Un ingénieux système d'irrigation permet d'arroser les champs de cannes à sucre, une des principales richesse de l'ile. Le tourisme est prépondérant et je n'ai jamais entendu de restriction d'eau, seulement de gestion intelligente de la consommation. Le gaspillage est proscrit. Les hommes politiques de quelque bord que ce soit savent qu'ils ne seront jamais sanctionnés, ils gaspillent le denier public sans avoir à rendre compte à qui que ce soit. Il est temps de se ressaisir et de régler ces questions dans l'apaisement la concertation et le sens de l'intérêt général. Les tiraillements à hue et à dia ne régleront aucun problème. L'état Français ne doit pas permettre de tels égarements, il est plus que temps que des décisions soient prises

Jules Sézar 22/07/2018 07:10

En résumé, Il y a un certain nombre de configurations locales, dont l'eau est une résultante. Mais Notre providentiel Victorin Lurel a la solution : l’autonomie ! Un changement de statut s’impose donc. Et comme notre chère Guadeloupe ne manque ni d’eau, ni de génie, l’inefFable Domota Élie, prophète « nasyonal » en a une autre : lindépendans. Et tant pis pour ceux qui souligneraient que de telles propositions dont tout simplement... indécentes. Allô ? Allô ?