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Publié par Edouard Boulogne

Aimer, oui, les animaux. Mais gare à l'infantilisme !

Non je n'ai pas parlé de « zoophilie » ( D'un mot grec signifiant l'amour désordonné pour les animaux. Désordonné et disons-le pathologique, comme le penchant qui pousse à s'accoupler à des mammifères tels que les bovidés, les ânes, les porcs, non sans risques comme on peut s'en douter, et comme on l'a constaté récemment, à son détriment, pour un paysan, dans une campagne de notre chère Guadeloupe ).

Non l'amour dont je parle est beaucoup plus souriant et sympathique. Il est démonstratif sur les réseaux sociaux. Et, mi-figue, mi-raisin, je participe parfois à cet épanchement pour nos chiens, nos chats, si passionnants à étudier, si aimables. Et tellement que nous nous surprenons, nombreux, à déclarer que nous les préférons à l'homme.

Vraiment ? Car enfin les vipères, les tarentules, les squales, les croco diles ( ah les crocos, les crocroco, les croco-diiiles ! comme dit la chanson ). Donc nuançons, nuançons, nuançons !

Vous penserez, peut-être avec plaisir, que je m'éloigne ce soir de la politique.

Rien n'est moins sûr. Car dans les Mémoires de Jean-Marie Le Pen, il est dit qu'Hitler aimaient beaucoup les animaux. Et pas seulement son célèbre chien qu'il entraîna avec lui et Eva Braun, dans la mort, un certain jour de la fin avril 1945.

Hitler aimait bien les bêtes. Beaucoup plus que les hommes, sauf pour certains sous la forme de petits-fours.

Le Führer était un écologiste, j'aurai l'occasion d'y revenir un jour très prochain.

N'anticipons pas. Et réfléchissons à partir de l'article de Luc Ferry, qui, lui aussi semble avoir perçu les risques des dérives d'une société, la nôtre, en pleine ahurissement.

 

Le Scrutateur.

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Luc Ferry : «Des animaux et des hommes».

( http://premium.lefigaro.fr/mon-figaro/2017/07/05/10001-20170705ARTFIG00294-luc-ferry-des-animaux-et-des-hommes.php ).


 

CHRONIQUE - Animaliser l'homme et humaniser les bêtes, conduit à effacer la différence spécifique que les penseurs humanistes s'imaginaient mettre en évidence en évoquant la liberté, l'histoire culturelle ou politique.

 

Sous l'influence de la théorie de l'évolution comme des progrès de l'éthologie, nombre de savants ont aujourd'hui tendance à adopter sur les rapports entre règne humain et règne animal un point de vue tout à la fois matérialiste et continuiste. D'un côté, ils humanisent volontiers les animaux, s'efforçant à tout prix de montrer que certains d'entre eux possèdent une culture, une éducation,
des éléments de langage, voire des embryons d'esthétique et de spiritualité ; de l'autre côté, en bons matérialistes, ils insistent sur le fait que les humains ne sont
que des mammifères parmi d'autres. À ce titre, ils ne différeraient pas plus des gorilles ou des éléphants, que ces derniers des dauphins, des chiens ou des chats, chaque espèce étant différente des autres, certes, mais toutes étant situées dans le même univers naturel.

Double stratégie, donc, qui, animalisant l'homme et humanisant les bêtes, conduit à effacer la différence spécifique que les penseurs humanistes s'imaginaient mettre en évidence en évoquant la liberté, l'histoire culturelle ou politique. La science moderne remettrait ainsi philosophie et religion à leur place en déconstruisant leurs présupposés naïvement spiritualistes.

Le propre de l'humain

Le problème avec le matérialisme scientiste, c'est que c'est souvent lui le grand naïf, comme le montrent parfois d'authentiques savants quand ils ont l'audace de s'écarter de la vulgate positiviste. Tel est le cas d'un chercheur en éthologie, Michael Tomasello, qui a consacré sa vie à l'étude des grands singes. Docteur de l'université de Géorgie, chercheur à l'Institut Max-Planck et professeur à l'université de Leipzig, ce qu'il nous apprend, faits et arguments empiriques à l'appui, rompt avec les poncifs matérialistes ordinaires pour renouer avec la tradition humaniste. Dans son excellent livre Pourquoi nous coopérons(chez Paideia), il insiste avec beaucoup d'intelligence sur un point essentiel, la question du partage: «Un homme attire, en désignant d'un geste, l'attention d'un autre sur un objet que tous deux peuvent ou pourraient voir, disons sur cette chaise, sur une pomme, une antilope, etc. C'est cela la situation originelle de l'homme, et vous ne l'observerez jamais chez aucun singe ni aucun mammifère… Je dépends de toi et toi de moi. J'aimerais que tu tiennes ton rôle pendant la chasse. C'est la raison pour laquelle je t'indique, par exemple, que tu viens de perdre ta lance. Tiens, regarde, elle est là, par terre…» Tel est le propre de l'humain, qui semble bien être le seul vivant à pouvoir véritablement se mettre à la place de l'autre.

On objectera que certains animaux chassent en meute, qu'ils coopèrent, mais, comme le montre Tomasello, leur coopération reste «individualiste» en ce sens qu'ils sont incapables de se situer en pensée au point de vue d'autrui, ce que le geste de désignation qu'on vient d'évoquer suppose au contraire. À l'inverse des humains, «les chimpanzés ne partagent pas à proprement parler leurs centres d'intérêt avec leurs congénères…
Ils ne se demandent jamais comment l'autre chimpanzé perçoit le monde. Pour lui, il n'existe jamais que son monde…» L'être humain, lui, prend conscience que sa «propre perspective sur le monde n'est qu'une perspective parmi d'autres, qu'il existe d'autres perspectives dans ce monde, selon le principe: «Oh! je vois le monde comme ceci et toi tu le vois comme cela». Ce que décrit ici Tomasello s'apparente très exactement à ce que Kant appelait la «pensée élargie», la capacité proprement humaine à imaginer ce que pense l'autre, capacité qui seule fait de nous des êtres moraux et suppose la liberté entendue au sens de l'arrachement à cet égocentrisme qui nous est par ailleurs commun avec tous les êtres de nature. En quoi, autre aspect du même constat initial, les animaux, y compris les grands singes, sont incapables de mentir, car pour dire à quelqu'un ce qu'il veut entendre, mais qui n'est pas la vérité, il faut être capable de se mettre en pensée à sa place.

Bref, ce qui manque à l'animal, c'est ce qui fonde toute morale, le partage et la réciprocité. On voit des humains se mobiliser pour sauver des phoques ou des baleines, et, pour le quart d'heure, nul n'a jamais vu la réciproque. Cela n'ôte certes rien au fait que les animaux souffrent, qu'ils ont une affectivité et une intelligence, ce qui constitue à mes yeux une raison très suffisante de ne pas les maltraiter. Pour le reste, j'attendrai qu'ils aient des bibliothèques et des écoles, une histoire politique et culturelle, pour les considérer comme nos frères.


 

 

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