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Publié par Edouard Boulogne

Porcs et Ploucs : le fond du problème.

 

"La société" se roule toujours au même scénario d'une représentation qui tourne en boucle, comme la terre, ronde par nature et, de temps en temps, irriguée par l'alcool, long fleuve déchaîné qui n'arrondit rien du tout, au contraire.
Le problème, c'est sans doute la conception de... "les autres" qu'avait Sartre. Ces autres qui vous néantisent parce qu'ils sont soit des porcs qui font mets de tout, soit des ploucs qui ne savent pas, qui n'apprennent pas et qui ne comprennent pas... comment se tenir dans un environnement civilisé, c'est-à-dire policé, c'est-à-dire éduqué. Les uns comme les autres ne faisant pas la différence entre les différences, porcs et ploucs sont deux menaces qui s'entrelacent dans le bas de gamme comportemental, au nom d'une certaine idée de la vie en général - et en société, plus particulièrement.
Le porc c'est l'épée qui prend, l'argent qui achète, le verbe qui enchante... pour mieux te manger, mon enfant. Pour le porc, toi est à moi. Simple case de son jeu. Le plouc, c'est différent. Pour lui, à peu de choses près, toi c'est moi là où se congratulent fraternité et liberté dans l'entre-soi du toi égale moi.
Le plouc et le porc ont ceci en commun qu'ils partagent sous deux éclairages différents et qui parfois convergent une conviction commune du moi régale toi. Le plouc, surtout, persuadé qu'il donne alors que le porc sait qu'il prend à moins que sa vanité ne terrasse son discernement, ce qui peut arriver. Quand il s'agit du porc tout lui est égal alors que pour le plouc tout est égal à lui. D'une certaine manière, plouc et porc se rejoignent dans la relation à l'autre : le plouc voudrait aimer son prochain comme lui-même sans avoir la moindre idée des différences, alors que le porc méprise son prochain comme lui-même pour ne pas avoir à accuser une différence de nature dont il se doute bien qu'elle n'est pas à son avantage quels que fussent ses appétits qui sont, finalement, sa seule force ou à tout le moins son seul gouvernail. Pour simplifier on dira que l'infect guiderait le porc là où le plouc marcherait plutôt à l'affect - sans beaucoup d'affectation, le plus souvent à moins que la vanité ne le fasse se prendre pour un autre, mais le plouc est content de lui par nature et n'a guère besoin de feindre une tiare imaginaire puisque les autres ne sont par l'enfer et qu'il est certain d'en être déjà couronné. Le porc passe outre les signaux, le plouc ne les voit pas.

Là où le bât blesse, là où il est impossible de faire entendre raison à une opinion abrutie à souhait par les décennies de communication à outrance de la galaxie de Marconi à laquelle "la culture", le rap et l'Éducation nationale ont apporté la touche finale, c'est dans la mesure où le plouc et le porc sont à la fois les purs produits et les meilleurs gardiens du socialisme ambiant. Le porc serait stimulé dans la porcherie de son état par une culture d'égalité entre le bien et le mal, et le plouc entretenu dans une sorte d'innocence - proche de celle de Monsieur Jourdain déclamant sa prose - par maints encouragements à se trouver plus égal que les autres et à considérer l'excellence comme une marque de discrimination. C'est pourquoi dans le paysage d'aujourd'hui porc et plouc cheminent de conserve, le premier revendiquant sa place de premier au sommet de la chaîne animale - l'incarnation du talent, en quelque sorte -, le plouc, lui, "par inter pares", étant plus sobre dans sa vanité se contente de conjuguer son existence avec ce qu'il imagine être la version sympa de l'extraversion. Ce qui ne l'empêche pas de croire qu'il pourrait bien être lui aussi un champion en termes de séduction. Il y a en effet en tout plouc un cochon qui sommeille, comme il y a chez chaque porc un plouc bien réveillé. Comme dirait Saint-Jean, "c'est ici qu'il faut de la finesse" - ce par quoi ne brillent ni le porc, ni le plouc.

Le débat, comme on le voit est loin d'être clos. Pas comme les maisons d'antan ou ploucs et porcs trouvaient leur compte sans revendiquer comme marque de leur supériorité la lecture de "Libération", de "L'Obs" ou d'un quelconque quotidien de référence. Et le débat est d'autant plus loin d'être clos qu'il a longtemps été considéré comme une forme d'accomplissement - c'est un peu là où réside le bobo - de cumuler la qualité de porc et celle de plouc dans une sorte de décrispation tendancielle propre au socialisme post soixante-huitard qui constitue l'héritage culturel, spirituel et moral légué à  génération Mitterrand par le grand Mamamouchi en personne à mille lieues de l'orthodoxie soviétique - en tous cas de la sainte doctrine  de l'internationale socialiste de "l'avant-guerre". Ces dernières années, la chute de la maison DSK ayant un peu ébréché le mythe du surhomme socialiste - ce fameux Super Socialo -, le désarroi marque encore de son empreinte un "débat" de plus plus mièvre quand on pense à la puissance des fondamentaux qui ont mené la civilisation jusqu'à ces « Lumières » qui ont tellement obscurci les esprits lorsqu'elles se sont arrogé le privilège d'éclairer le monde.

En attendant, plus le temps passe, plus on se croirait sur le chantier de la tour de Babel qui, dans le projet de ses promoteurs, était certainement destinée à héberger le ministère des Balances et des Balançoires.


https://www.actualitte.com/article/monde-edition/balancetonporc-leila-slimani-revendique-un-droit-a-la-tranquillite/86732?origin=newsletter


 

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