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Publié par Edouard Boulogne

Civilisation raffinée ? Ou décadence ? : la Suisse interdit de bouillir les homards vivants et d'empêcher un chien d'aboyer.  (  1 ère partie )

Cet article du Huffingtonpost, ne manque pas d'intérêt, même si on n'en partage pas les présupposés qu'il ne partage peut-être pas, mais qu'il signale dans l'article suivant.

Le monde occidental passe par un malaise grave qui met en jeu son existence même. A la suite de l'article je réédite une étude, tout à fait appropriée, du livre de Luc Ferry, intitulé Le nouvel ordre écologique qui analysait cette crise sous l'angle particulier du développement de l'écologisme profond ( deep ecology ).

Monsieur Ferry, pas plus que moi, n'est un ennemi de l'écologie, mais de l'écologisme. La distinction est importante. Tout comme celle de la laïcité, et du laïcisme.

Pour guérir de la maladie, il faut d'abord en diagnostiquer les causes. Les bons remèdes découlent alors de la lucidité et de la compétence de chacun.

 

Le Scrutateur.

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La Suisse interdit de bouillir les homards vivants et d'empêcher un chien d'aboyer.

 

 

http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/10/la-suisse-interdit-de-bouillir-les-homards-vivants-et-dempecher-un-chien-daboyer_a_23329847/?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001

 

À partir du 1er mars, il sera interdit en Helvétie de les plonger vivants dans l'eau bouillante, de les transporter sur de la glace ou dans de l'eau glacée.

ANIMAUX - Moins de cruauté pour les homards. La Suisse a adopté plusieurs ordonnances mercredi 10 janvier dont l'une visant une "mise à mort correcte" du crustacé.

À partir du 1er mars, il sera interdit dans la Confédération helvétique de les plonger vivants dans l'eau bouillante, de les transporter sur de la glace ou dans de l'eau glacée. Ils devront être détenus dans leur milieu naturel, précise le site suisse d'information 20minutes.ch.


 

Il faudra donc les étourdir avant de les ébouillanter, soit par électricité, soit par destruction mécanique du cerveau. Ouest France listait début janvier les différentes techniques qui assurent un moindre mal. Le chef français Marc Meneau préconisait de "plonger les homards dans des frisons de bois arrosés d'alcool sucré. Ils les sucent, s'enivrent et roupillent."


 

Oui, les homards souffrent

Le vétérinaire suisse Fabien Loup évoque de son côté la mort par incision au couteau dans la région thoracique ou bien par électrocution rapide, à l'aide d'un "crustastun".


 

La Suisse a donc pris pour acquis le fait que les homards souffrent. Le fait est que la science reconnait leur souffrance. Dès 2007, des études affirmaient que les crustacés ressentaient de la douleur.


 

En 2014, les recherches de Robert Elwood ont affiné le point de vue. Selon lui, ces animaux ont des "comportements complexes et prolongés qui impliquent clairement le système nerveux central", relayait Le HuffPost la même année.

Les chiens autorisés à aboyer

Ainsi, le claquement et le cognement du homard contre la paroi de la marmite n'est en rien anodin, et ça ne change rien de refermer le couvercle...

Parmi les autres animaux concernés par ces ordonnances suisses, il y a aussi les chiens. Il sera désormais interdit d'empêcher un chien d'aboyer. Et ce, quel que soit le dispositif, jet d'eau ou air comprimé.


 

Pour situer cette nouvelle loi promulguée par nos amis Suisses, on peut si on en a le temps, et le goût ( on trouve toujours le temps si on le veut ) on pourra lire l'article que j'avais consacré il y a quelques années au livre très remarquable de Luc Ferry : Le nouvel ordre écologique : J'en ai souligné les passages les plus significatifs en rapport avec l'article sur le drame des homards, des langoustes, et des chiens.


 

L'écologisme n'est pas ce que l'on croit, par E.Boulogne.

L'écologie n’est pas seulement le souci de la propreté du milieu où l’on vit, de la recherche d’une bonne politique de l’environnement, propice à la santé et au bien vivre des êtres humains. Trop souvent les partis politiques, ou les associations écologistes jouent de l’ambiguïté d’un terme qui veut dire aussi tout autre chose et se dégrade en idéologie extrémiste et dangereuse, que l'on  appellera l’écologisme


    Le philosophe Marcel de Corte a parlé d’un « pacte nuptial » entre l’homme de jadis et la nature, d’une amitié entre eux qui a été rompue dans la vie moderne. Nous étions accordés avec l’univers, en continuité  avec la nature. Le poète a traduit cette connivence de l’homme et de son milieu en des vers célèbres :

    «La nature est un temple où de vivants piliers
    Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
    L’homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l’observent avec des regards familiers ».

Plus près de nous, St-Exupéry dans sa célèbre Lettre au général X a décrit ce monde de jadis, si lent, si calme : « En automne 1940, de retour d’Afrique du Nord (…) j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle, l’herbe des chemins, les moutons et les oliviers. Les oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure derrière des vitres à 130 kilomètres à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de lentement fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi avait un sens puisqu’ils la broutaient ».

    Ce monde traditionnel n’est plus, du moins en Occident, rongé, laminé écrasé par les valeurs modernes de rapidité, efficacité, productivité. Il faut se garder d’idéaliser le passé. Je ne suis guère un dévot des mythes de l’âge d’or, plutôt porté sur ce point au persiflage voltairien.
Mais enfin, il faut le dire, l’ordre traditionnel, consolidé par les siècles, sans parler de son charme, soudait, liait les hommes entre eux, donnait un sens à la vie et à la mort. Son érosion, sa fracture tout au long de ce 20ème siècle  laisse beaucoup d’orphelins désemparés. En cette fin de siècle, l’homme a peur. Le marxisme s’est heureusement désintégré, mais il laisse des millions d’hommes sans repères moraux et politiques, et l’Eglise catholique elle-même, qui passe par une crise d’identité, s’étant après le concile Vatican 2 trop souvent repliée  dans la sphère d’action politico-sociale au détriment du domaine métaphysique et spirituel, n’échappe pas à l’érosion générale des valeurs de l’esprit qui caractérise notre civilisation de grande consommation, de haute technicité, et de gadgets. Dieu semble absent, et beaucoup croient entendre, s’adressant à eux, la voix du Zarathoustra de Nietzsche au danseur de corde, mort : «  sombre est la nuit, sombres sont les voies de Zarathoustra. Viens, compagnon rigide et glacé ! Je te porte à l’endroit où je vais t’enterrer de mes mains ».
    On le pressent, c’est une telle situation, une telle ambiance qui engendrent sans doute, chez tant de nos contemporains décidés à s’accrocher à tout prix à n’importe quelle planche de salut, l’énorme engouement pour les sectes qui prolifèrent. C’est le terrain idéal pour la poussée rapide et en puissance des idéologies, par exemple du mouvement écologiste, plus précisément de la « deep ecology », de l’écologie profonde, qui nous vient d’Amérique.

(1) Le nouvel ordre écologique.

C’est à l’écologie que Luc Ferry, philosophe, professeur d’université, consacre un livre intéressant, parfois discutable Le Nouvel ordre écologique (éditions Grasset). Plus précisément, c’est moins l ‘écologie, science étudiant les relations des êtres vivants entre eux et avec leur milieu, que l ‘écologisme (idéologie politico-morale qui se développe autour de l’écologie), qu’analyse et critique monsieur Ferry.
    Cette idéologie est née et s’est développée en Amérique, elle a gagné l’Allemagne où elle est puissante, et tend à se développer ailleurs, notamment en France.
    Le livre de Luc Ferry tombe à point, puisque les mouvements écologistes font beaucoup parler d’eux en France, dans une assez grande ignorance du public, en ce qui concerne leurs postulats idéologiques et leurs objectifs réels.
    L’écologiste en effet passe pour un rêveur, peut-être, mais en tout cas bien sympathique, et nous projetons sur lui nos inquiétudes devant les détériorations subies quotidiennement par notre bonne vieille Terre. Un écho sur le trou de la couche d’ozone, un reportage télévisé sur l’inconcevable irresponsabilité des Russes dans leur base atomique de Mourmansk, et la côte des « partis verts » s’envole dans les sondages. D’autant plus que les Verts bénéficient souvent du vote « protestataire » de ceux que révulsent les partis politiques traditionnels. A cet égard un Weachter plus « pur » bénéficie même, chez certains, d’une côte d’amour plus élevée que celle d’un Brice Lalonde, perçu comme plus « politique ».
    Rien n’est simple pourtant, et Luc Ferry montre que Lalonde, quels que soient ses défauts et ses limites, est un écologiste environnementaliste. Son action pour l’environnement n’est pas entachée de superstition naturaliste ; elle est conçue en fonction de l’homme, de ses intérêts, de son agrément. Il s’agit donc d’un « écologisme humaniste ». L’analyse des textes de Waechter le montre bien plus proche, malgré son allure très boy scout, de l’idéologie plus qu’inquiétante de la « deep ecology », de l’écologie profonde.

(2) L’humanisme anthropocentrique de la modernité.

Luc Ferry commence par évoquer le rapport de la nature à l’homme traditionnel. C’est une vision cosmique, animiste, magique, de l’univers. Celui-ci est perçu comme un « grand vivant ». Il n’est pas rare, par exemple, rappelle l’auteur, qu’au moyen âge, des archives judiciaires nombreuses le l’attestent, on juge des animaux. Ainsi, par exemple en 1497 : « »Aux environs de la ville de Coire, il y eut une irruption subite de larves à tête noire, à corps blanc, de la grosseur du petit doigt(…) qui atteignent les racines, y plongent une dent meurtrière(…). Les habitants firent citer ces insectes destructeurs devant le tribunal provincial (…). Finalement, le juge considérant que lesdites larves étaient des créatures de Dieu, qu’elles avaient le droit de vivre, qu’il serait injuste de les priver de subsistance, il les relégua dans une région forestière et sauvage, afin qu ‘elles n’eussent plus désormais prétexte  de dévaster les fonds cultifs . et ainsi fut fait ».
    C’est en réaction contre une telle conception animiste et magique de l’univers que se développe au 17 ème , Descartes en est le théoricien le plus connu, la réaction d’un vaste mouvement scientifique et philosophique, le mécanisme. La nature est désormais exorcisée, désanimée, réduite à l’étendue géométrique et au mouvement local. Tout l’univers s’étale, soumis à l’inspection froide de la raison mathématique. Il est considéré comme une machine. Et, non seulement les minéraux et végétaux, mais les animaux eux-mêmes sont pensés comme des machines. "« Je sais bien, écrit Descartes, que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m’en étonne pas, car cela même sert à prouver qu ‘elles agissent naturellement et par ressort, ainsi qu’une horloge qui montre mieux l’heure qu’il est que notre jugement. Et c’est sans doute lorsque les hirondelles viennent au printemps qu’elles agissent en cela comme des horloges ».
    Cette nouvelle mentalité tend à substituer le modèle de l’ingénieur qui modèle et transforme la nature à celui du philosophe qui cherche à comprendre. C’est Descartes encore qui traduit ce changement de mentalité dans son célèbre Discours de la méthode : «  au lieu de cette philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pouvions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre maîtres et possesseurs de la nature ».
    L’homme ingénieur, mathématicien, qui rapporte tout à lui, instaurateur d’un humanisme anthropocentrique (qui met l’homme au centre du monde) est l’objet de l’aversion incoercible de l’écologisme profond.
    Des penseurs nombreux, et du premier rang, sans nier le génie de Descartes ont pu critiquer la dérive anthropocentrique qui se réclame de lui, d’un point de vue chrétien. Ainsi pour s’en tenir à notre époque : Robert Aron, Gabriel Marcel, Emmanuel Mounier, Jacques Maritain. Ce dernier écrit Humanisme intégral où l’exaltation de l’homme est subordonnée à l’amour de Dieu. L’humanisme intégral est théocentrique (centré sur Dieu), respectueux de la création, d’un ordre transcendant voulu par Dieu.
    Tel n’est pas le cas de l’écologisme profond. Réactif, il ne veut connaître l’homme que rabaissé, plus exactement réintégré dans la nature, objet parmi d’autres, pas nécessairement le plus utile ni le plus sympathique.

(3) L’écologie profonde. ( A suivre en 2 ème partie ).

 

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DACH 12/01/2018 01:20

En attendant moi j'ai un voisin qui a des chiens, deux bergers malinois. Je ne peux pas m'approcher de ma clôture sans que ces animaux ne m'aboyent dessus. A dire vrai je préfère entendre du Chopin ou Mozart ou encore Placido Domingo et tous les autres. On dit que chien qui aboye ne mord pas, je ne suis pas certain que cela s'applique à ceux là, car ils sont particulièrement agressifs, pourtant je ne leur fais aucun mal

Marie-Thérèse Avon-Soletti 11/01/2018 18:23

A propos des crustacés, la solution est simple. Ma grand-mère qui a tenu un restaurant en Corse au milieu du XXème siècle pendant près de trente ans n'a jamais plongé un homard ou une langouste dans un récipient sans l'étourdir. Il suffit pour cela d'appuyer à un endroit précis sur le sommet de la tête, et le crustacé s'endort ; au point que si jamais il est remis à l'eau, il se noie. Un autre geste aussi simple suffit à le réveiller. Comme le restaurant de ma grand-mère était au bord de la mer, elle avait pour spécialité les crustacés, homards et langoustes, et elle a toujours employé cette méthode que connaissent les pêcheurs. Je ne saurais dire quel est le point précis, mais il doit être facile de se renseigner auprès d'un professionnel.