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Publié par Edouard Boulogne

Cette nuit, Jean d'Ormesson s'est évadé du « purgatoire ».
Cette nuit, Jean d'Ormesson s'est évadé du « purgatoire ».

La vie pour Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d'Ormesson aurait-elle été si contraire à ses aspirations avouées au bonheur que l'on puisse oser pour la caractériser, au moment où il la quitte, le terme du purgatoire ?

Après tout, monsieur Jean fils d'une illustre et ancienne famille aristocratique, brillant universitaire, écrivain, journaliste de renom, ancien directeur Général du Figaro, fréquentant les personnalités du Gotha, pas seulement en France, académicien, etc, etc, possédait tous les attributs habituellement jugés nécessaires par le commun pour l'accession au bonheur, ce « mirage propre aux imbéciles » si l'on en croit Charles de Gaulle.

Or, il arrive que sourire ne soit qu'un masque dans la vie mondaine et qu'il faille se garder, prudemment, de prendre les personnages pour ce qu'il ne sont pas. On l'apprend parfois en vieillissant, et l'approfondir en lisant les Caractères de La Bruyère.

Or s'il n'était pas Einstein ou Bergson d'Ormesson n'était pas un imbécile. Dans une interview accordée à un journaliste au cours d'une balade sur le grand canal à Venise, Jean d'O déclare : « on me reproche de trop parler. C'est vrai. Mais parler, souvent n'est que le moyen d'éviter le reste, de le dissimuler ».
C'est du Jean tout craché, certes, mais je crois pour l'avoir beaucoup lu ( une dizaine de ses livres, au moins ) et surtout écouté, pas seulement l'éventuel baratin ( somptueusement emballé toujours ), mais surtout, la voix, son timbre, ses modulations, notamment quand il récitait ses poètes, je pense donc qu'il y avait un « Jean caché », que bientôt peut-être quelque critique perspicace découvrira pour lui rendre cette justice : l'homme ( la personne, l'homme intime, derrière le personnage) valait le détour, en deça des artifices mondains.

Quoiqu'il en soit, nous serons, je l'espère nombreux à regretter sa disparition, ses espiègleries, sa finesse, le ton de son discours et sa tenue tranchant sur le fond d'une époque vulgaire, médiocre, dont tous les efforts semblent se conjuguer pour abaisser et détruire.

Disparait avec M. d'Ormesson l'un des survivants d'une très vieille France celle des salons de la marquise de La Fayette, sous Louis XIII, de Mme du Deffand, et même de la duchesse de Guermantes.

Je gage que sans trop d'efforts monsieur Jean y aurait reçu le meilleur accueil.

 

Le Scrutateur.

 

 

1 ) Jean d'O vu par Le Point : http://www.lepoint.fr/culture/jean-d-ormesson-mort-d-un-immortel-05-12-2017-2177280_3.php

 

2 ) Jean d'O vu par Eric Zemmour : https://www.youtube.com/watch?v=T3atpWpjgMQ

 

3 ) Jean d'O vu par un lecteur du Scrutateur :

    Il avait le statut d'immortel, mais c'était surtout un éternel gamin  qui aimait par-dessus tout jouer de son charme. Comme un gamin, Jean d'O était aussi de petite taille. Hé oui ! ce grand charmeur était de petite taille, ce qui contribuait sans doute à sa légèreté. Ce qui en faisait un peu une sorte de cravache d'or des lieux communs le rendant imbattable sur le champ de la conversation tant le charme était son perpétuel joker. Il faisait feu de tout bois avec cette grâce inimitable qu'il tenait en partie de sa naissance et pour l'autre partie de la qualité des relations qu'il entretenait avec toutes les fées qui s'étaient penchées sur son berceau. Jean d'Ormesson avait sans doute du talent, il avait surtout du charme. Il en avait à revendre, c'est pourquoi il en avait fait son fonds de commerce  
    Jean d'Ormesson était quelqu'un que l'on n'arrivait pas forcément à admirer et que l'on n'arrivait pas non plus à prendre en grippe. Le charme, toujours ! Ce charme, si rare qu'il lui valait le statut d'anticonformiste, lui qui était LE conformisme même. Le conformisme tel qu'il devrait être, c'est-à-dire pétri de l'élégance naturelle d'un authentique savoir-vivre, habité par une intelligence teintée à la fois d'un classicisme éprouvé et d'une nécessaire légèreté, et servi par une présence pétillante qui faisait briller les yeux des jolies femmes er ceux des vieilles dames. 

    Ces deux textes sont exraits du livre C'était bien! Titre éminemment Ormessonien. Sur moment, c'était en 2003, je crus que l'écrivain qui se faisait déjà "vieux" était malade, qu'il nous faisait ses adieux. Comme je l'aimais, je fis ce que je pus pour la non humidification des orbes occulaires. Mais c'était mal connaître M. Jean. Il y eut plusieurs autres ouvrages. Bien digne de lui fut l'avant dernier encore plus typiques où l'on ne peut s'empêcher d'imaginer son demi sourire en coin, à lui l'intarissable Un jour je m'en irai sans avoir tout dit. !
    Ces deux textes sont exraits du livre C'était bien! Titre éminemment Ormessonien. Sur moment, c'était en 2003, je crus que l'écrivain qui se faisait déjà "vieux" était malade, qu'il nous faisait ses adieux. Comme je l'aimais, je fis ce que je pus pour la non humidification des orbes occulaires. Mais c'était mal connaître M. Jean. Il y eut plusieurs autres ouvrages. Bien digne de lui fut l'avant dernier encore plus typiques où l'on ne peut s'empêcher d'imaginer son demi sourire en coin, à lui l'intarissable Un jour je m'en irai sans avoir tout dit. !

    Ces deux textes sont exraits du livre C'était bien! Titre éminemment Ormessonien. Sur moment, c'était en 2003, je crus que l'écrivain qui se faisait déjà "vieux" était malade, qu'il nous faisait ses adieux. Comme je l'aimais, je fis ce que je pus pour la non humidification des orbes occulaires. Mais c'était mal connaître M. Jean. Il y eut plusieurs autres ouvrages. Bien digne de lui fut l'avant dernier encore plus typiques où l'on ne peut s'empêcher d'imaginer son demi sourire en coin, à lui l'intarissable Un jour je m'en irai sans avoir tout dit. !

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    Jacques Abel 05/12/2017 19:29

    Ce soir, je suis triste, puisque déjà, tes mots me manquent.
    Belle nuit, bel esprit.