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Publié par Edouard Boulogne

A Laurence Abare, poétesse et amie.

Un auteur disait que « la poésie est ontologie ». Vous savez que l'ontologie est, comme disent les philosophes la « science de l'être ». Cela dit commencent les difficultés, car Platon, Aristote, Descartes, ou Heidegger pour nous en tenir à ces seuls noms célèbres, divergent sur la nature de l'être. Je n'en conclus pas que les spéculations philosohico-théologiques sont inutiles, et vaines, mais que nous y attarder prendrait des heures, et nous détournerait de ce que nous sommes venus faire ici cet après midi, c'est-à-dire célébrer, sans flatteries ou flagorneries, en amitié vraie c'est-à-dire sincère, notre amie Laurence Abare qui vient de recevoir, et pour la deuxième fois, le prix d'excellence à un concours international de poésie.

Foin donc d'ontologie et de théologie, bien qu'elles soient présentes, de façon constante et sous-jacente dans tout art, et dans l'oeuvre de Laurence.

Nous ne définirons donc pas,  la poésie. Mais nous ne pouvons échapper à la question. Car la poésie existe, et il y a des gens que l'on dit « poètes », et qui ne le sont pas toujours.

Selon quels critères les distinguerons nous de ceux qui méritent le titre envié ?

Par analogie, il y a des peintres, qui ont un art de reproduire les lignes et les couleurs, qui, peignent le dimanche, ou aux heures de leurs loisirs. Ils peignent les vagues qui meurent sur le sable des plages, les soleils couchants, ou les portraits de l'oncle Eusèbe, ou de « man Mawgrit ». J'aimerais avoir ce talent et cette technique qui font que l'on peut accrocher leurs oeuvres dans son salon, sans manifester par là de mauvais goût.

Peut-on dire cependant qu'ils ont fait « oeuvre d'art »?

La marque d'un chef d'oeuvre pictural n'est pas dans son degré de conformité au modèle, dans la copie plus ou moins exacte de la « réalité ». De nos jours la photographie sera toujours, à cet égard, supérieure à la peinture évoquée ci-dessus.

Il en va de même pour la poésie. Il y a des traités d'art poétique. Ils enseignent les genres, la poésie lyrique, didactique, épique, etc. Ils enseignent les règles d'écriture poétiques, les sortes de vers, octosyllabes, alexandrins, etc, les  types : sonnets, rondeaux, etc.

Mais la pleine possession par un auteur de cet art d'écrire de façon supposée poétique, fut-il célèbre, - et rien n'est plus fugace que la célébrité -, ne suffit pas à en faire un artiste, un vrai poète?.

Et les cimetières de poètes tombés dans un juste oubli, seraient terriblement encombrés s'il en existait.

Par delà, donc, les règles et les Traités, qu'est-ce qui fait donc d'un écrivain un poète VRAI ?

Pour ne pas être trop long, et pour enrichir nos échanges, je me contenterai de citer un court texte d'un écrivain rigoureux, savant, et quelque peu poète. Il s'agit de Roger Caillois dans un livre publié en 1978, et dont j'avais parlé avec mes élèves de cette année là : « Approches de la poésie », publié par Gallimard.

C'est en lisant notre amie Laurence que je me suis souvenu d'une simple anecdote, rapportée par l'auteur aux pages  97 et 98 de son livre.

Anecdote que je vous livre sans commentaires, comme une porte ouverte sur la muse, peut-être par excellence de la poésie, et sur l'oeuvre de Laurence : « On raconte qu'il y avait à New York, sur le pont de Brooklyn, un mendiant aveugle. Un jour, quelqu'un lui demanda combien les passants lui donnaient par jour en moyenne. Le malheureux répondit que la somme atteignait rarement deux dollars. L'inconnu prit la pancarte que le mendiant portait sur la poitrine et sur laquelle était mentionnée son infirmité.Il la retourna et écrivit quelques mots sur l'autre face. Puis la rendant à l'aveugle : « Voici, dit-il, je viens d'écrire sur votre pancarte une phrase qui accroîtra notablement vos revenus. Je reviendrai dans un mois. Vous me direz le résultat. » Et le mois écoulé : « Monsieur, dit le mendiant, comment vous remercier ? Je reçois maintenant dix et jusqu'à quinze dollars par jour. C'est merveilleux. Quelle est la phrase que vous avez écrite sur ma pancarte et qui me vaut tant d'aumô­nes ? - C'est très simple, répondit l'homme, il y avait aveugle de naissance, j'ai mis à la place : le printemps va venir, je ne le verrai pas. ».

 

E. Boulogne.

A Laurence Abare, poétesse et amie.
A Laurence Abare, poétesse et amie.
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