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Publié par Edouard Boulogne

Antigone de Jean Anouilh ou la tragédie de l'homme de pouvoir ( véritable ).
Antigone de Jean Anouilh ou la tragédie de l'homme de pouvoir ( véritable ).
Antigone de Jean Anouilh ou la tragédie de l'homme de pouvoir ( véritable ).

Je tombe ce matin par le plus grand des hasards sur des documents profondément enfouis, que je croyais perdus, dont même j'avais perdu la mémoire. Il s'agit ( voir parmi les photos ) du programme d'une soirée culturelle, au début des années 60. La Troupe théâtrale du Parthénon jouait ce soir là, deux pièces.

 

La première, en américaine, était une truculente comédie de Georges Courteline : Un client sérieux. J'y tenais le rôle de maître Barbemolle, du barreau de Paris. Le président d'alors du Conseil Général , maître Henri Rinaldo, m'avait prêté pour un soir, sa robe d'avocat. A cette époque, sans télé, le Tout-Pointe-à-Pitre s'était pressé au Cinéma-Théâtre : La Renaissance.

Le succès fut estimable, mieux que d'estime. Nous avions beaucoup travaillé.

 

La deuxième pièce avait nécessité un travail bien plus grand encore car il s'agissait d'une tragédie, celle d'Antigone, dans la version de Jean Anouilh.

Antigone, fille d'Oedipe et de Jocaste.

Les dieux anciens pouvaient être cruels. Dans leurs « jeux » ils avaient favorisé le malentendu, trop long pour être exposé ici, qui avait fait Oedipe épouser sa mère Jocaste. De cet inceste involontaire étaient nés deux fils, et deux filles, dont Antigone. ( le mythe d'Antigone a inspiré d'innombrables grands auteurs. Le grand critique Georges Steiner y a consacré un ouvrage fondamental Les Antigones. Publié aux P-U-F ).

La peste s'abat sur la ville du roi Oedipe, fléau, dit le voyant, qui ne s'éteindra qu'avec le châtiment du criminel qui offense les dieux.

Quand Oedipe découvrira la vérité, il se crèvera les yeux et ira mourir, abandonné de presque tous à l'orée du bois de Colone.

Les frères qui devaient régner à tour de rôle refusent de jouer le jeu. Ils s'entretuent.

Contre son gré, leur oncle Créon accepte le fardeau du pouvoir.

Les circonstances ( écouter la pièce ) conduisent Antigone, à désobéir à l'édit royal. Elle encoure la mort. L'oncle Créon pourrait tricher, la sauver en reportant la faute sur un bouc émissaire. ( Cela, mais oui, se faisait déjà dans l'antiquité ).

Antigone refuse.

Le drame, où plutôt la tragédie se noue et s'emballe.

Le face à face est terrifiant. Créon n'y est pas son homonyme dans la pièce de Sophocle qui est plutôt l'homme de pouvoir qui s'emballe parce que l'on ose résister à son pouvoir. Le Créon d'Anouilh est un brave homme déchiré, partagé entre son affection pour une nièce accablée par le destin, qu'il voudrait sauver, et la résistance d'Antigone qui refuse le subterfuge du bouc émissaire.

Ce soir, lointain de notre prestation M. Luigy Colat-Jolivière incarna un très beau Créon. Nicole Noirtin une sublime Antigone. Tous les deux, hélas, nous ont quitté,Je fus le Choeur, qui d'un oeil navré autant que résigné contemple le cours de la Moira, du destin.

Je n'en dirai pas plus, désireux de faire place au théâtre dans la belle interprétation qui suit.

 

Le Scrutateur.

 

https://www.youtube.com/watch?v=5_sO75wwZ1g

 

 

Drame et Tragédie, selon Jean Anouilh : ( Passage d'une intervention du Choeur, au moment où tout … est joué. La corde l'arc vibre encore. La flèche vole vers les condamnés.

 

« Ils sont sortis. Le chœur entre,

LE CHŒUR

Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul. C'est cela ^ qui est commode dans la tragédie. On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien, un regard pendant une seconde à une fille qui passe et lève les bras dans la rue, une envie d'honneur un beau matin, au réveil, comme de quelque chose qui se mange,

une question de trop qu'on se pose un soir... C'est tout. Après, on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C'est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts, et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences : le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin, le silence au com­mencement quand les deux amants sont nus l'un en face de l'autre pour la première fois, sans oser bouger tout de suite, dans la chambre sombre, le silence quand les cris de la foule éclatent autour du vainqueur —- et on dirait un film dont le son s'est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n'est qu'une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence...

C'est propre, la tragédie. C'est reposant, c'est sûr... Dans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants acharnés, cette innocence persécutée, ces vengeurs, ces terre-neuve, ces lueurs d'espoir, cela devient épouvantable de mourir, comme un accident. On aurait peut-être pu se sauver, le bon jeune homme aurait peut-être pu arriver à temps avec les gen­darmes. Dans la tragédie on est tranquille.

D'abord, on est entre soi. On est tous inno­cents en somme ! Ce n'est pas parce qu'il y en a un qui tue et l'autre qui est tué. C'est une question de distribution. Et puis, surtout, c'est reposant, la tragédie, parce qu'on sait qu'il n'y a plus d'espoir, le sale espoir ; qu'on est pris, qu'on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu'on n'a plus qu'à crier, — pas à gémir, non, pas à se plaindre, — à gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire, qu'on n'avait jamais dit et qu'on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l'apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu'on espère en sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire. Là, c'est gratuit. C'est pour les rois. Et il n'y a plus rien à tenter, enfin !

Antigone est entrée, poussée par les gardes.

LE CHŒUR

Alors, voilà, cela commence. La petite Anti-^ gone est prise. La petite Antigone va pouvoir être elle-même pour la première fois.

Le chœur disparaît, tandis que les gardes poussent Antigone en scène. »

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