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Publié par Edouard Boulogne

1 ) Jean Tulard. 2 ) Couverture d'une édition du Mémorial. 3 ) Napoléon sur son lit de mort, à Ste Hélène.
1 ) Jean Tulard. 2 ) Couverture d'une édition du Mémorial. 3 ) Napoléon sur son lit de mort, à Ste Hélène.
1 ) Jean Tulard. 2 ) Couverture d'une édition du Mémorial. 3 ) Napoléon sur son lit de mort, à Ste Hélène.

1 ) Jean Tulard. 2 ) Couverture d'une édition du Mémorial. 3 ) Napoléon sur son lit de mort, à Ste Hélène.

On aime ou on déteste Napoléon, mais il ne laisse personne indifférent. En ce qui me concerne je commençai par l'adoration. A l'âge de dix ans je connaissais par coeur des pages et des pages du livre d'histoire alors le plus couru en France, le Malet-Isaac.

Mon admiration presque fanatique perdit peu à peu de son éclat à mesure que je réfléchissais davantage. Le personnage héroïque de bande dessinée perdit de son éclat. La lecture de Maurras qui ne l'aimait pas me fit comprendre comment la vive intelligence de Napoléon, si lucide sur les hommes et d'abord, ce qui est plus rare, sur lui-même, l'avait conduit lors d'une visite à Ermenonville, sur un site dédié à Jean-Jacques Rousseau, à dire du Génevois : « l'histoire dira s'il n'eut pas mieux valu pour l'humanité que cet homme et moi ne fussent jamais né ».

Cependant le développement de la pensée critique ne réussit pas à étouffer mes reliquats de romantisme enfantin et adolescent. Il y a deux ans je relus le Napoléon de Jacques Bainville, peut-être la meilleure des biographies de l'empereur, qui suscita à nouveau en moi, la même admiration, sinon pour l'oeuvre de l'empereur, du moins sur sa personnalité, ses dons d'homme d'Etat et de militaire, les capacités intellectuelles et d'action d'un homme exceptionnel.

Aussi ai-je lu et écouté, hier soir, avec le plus vif intérêt l'article publié par la revue Hérodote et l'interview réalisée de Jean Tulard, le plus grand parmi les historiens vivants de l'empereur.

Je vous recommande particulièrement l'interview.

Les voici.

 

Le Scrutateur.

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Le Mémorial de Sainte-Hélène

« Quel roman que ma vie ! » (Napoléon)


 

Napoléon 1er a achevé son destin exceptionnel dans les brumes solitaires de Longwood, sur l'île de Sainte-Hélène. Mais cet exil en forme de martyre a valu au réprouvé de ressusciter en héros universel !

Ce miracle est le résultat du Mémorial de Sainte-Hélène, livre de souvenirs et de confidences publié en 1823 par le comte de Las Cases, confident de l'Empereur. Agréable à lire et truffé d'anecdotes savoureuses, il a enchanté ses contemporains et continue de ravir tous les curieux qui ne se laissent pas intimider par son titre pompeux et ses deux mille pages. 

Jean Tulard, grand historien de Napoléon et membre de l'Institut, nous raconte ci-dessous cette transfiguration romanesque, dans un entretien exclusif avec Richard Fremder.

 

Le Mémorial enfin en version numérique illustrée ! 

Le Mémorial de Saint-Hélène du comte Las Cases (1824, éditions Herodote.net)Herodote.net publie le Mémorial de Sainte-Hélène en intégralité sous la forme d'un feuilleton hebdomadaire en seize épisodes, du dimanche 18 juin 2017 au dimanche 24 septembre 2017. Chaque épisode est téléchargeable en versions pdf et epub pour une lecture aisée sur PC, liseuses, tablettes et mobiles.

L'édition retenue est celle de 1824. Elle a été mise en forme et annotée par Jean-Marc Simonet de façon à éclairer nos lecteurs sur des personnages et des références oubliés aujourd'hui.

L'illustration a été particulièrement soignée, avec pour les Amis d'Herodote.net un accès à des images haute définition qui éclairent l'épopée napoléonienne.

Un tyran en exil

Napoléon serait-il devenu Napoléon sans le Mémorial ? Ce n’est pas sûr. Quand il part en exil à Sainte-Hélène, l’empereur déchu est la cible de mille et mille récriminations, tant en France qu’à l’étranger. Ici il est perçu comme le tyran qui a brisé la Révolution et empêché le retour du Roi, là comme le nouveau Gengis Khan qui a semé partout la guerre et la désolation. Les malheureux soldats et officiers de la Grande Armée, réduits à la demi-solde, sont regardés avec mépris et commisération.

Tout va changer en 1823, avec la publication du Mémorial de Sainte-Hélène par le comte Emmanuel de Las Cases.

Né à Revel en 1766, l'écrivain est issu d'une famille noble désargentée et a servi comme officier de marine avant d'émigrer sous la Révolution. Il profite de ses loisirs forcés pour écrire un Atlas historique qui lui vaudra la célébrité. De retour en France sous le Consulat, il sert loyalement le nouveau régime et propose ses services à l'Empereur dès après Waterloo.

L'Empereur pressent très vite l'intérêt de s'attacher cet écrivain brillant et spirituel et va complaisamment se confier à lui : « le samedi 9 septembre 1815, me faisant venir dans sa chambre, il me dicta, pour la première fois, quelque chose sur le siège de Toulon... » écrit Las Cases. Il en résultera le Mémorial.

Rédigées dans un style alerte, ses deux mille pages sont la retranscription littéraire des notes saisies par l’auteur entre le 29 juin 1815 et son expulsion de Sainte-Hélène par le gouverneur Hudson Lowe, le 25 novembre 1816.

Durant ces dix-sept mois, selon ses termes, Las Cases a « consigné, jour par jour, tout ce qu’a dit et fait Napoléon » avant de remettre en forme ses notes. C'est l'Histoire écrite comme un roman ! Un régal.

Les autres compagnons d’exil de l’ex-empereur n’ont pas manqué aussi de noter tout ce qu’ils pouvaient, qu’il s’agisse du Grand-maréchal Henri Bertrand, du comte Charles de Montholon, du général Gaspard Gourgaud ou du Premier valet Louis Joseph Marchand. Mais aucun n’avait le talent de plume et le sens de la formule de Las Cases.

Aucun n’avait non plus sa séduction courtisane et son art de la conversation hérités de l’aristocratie d’Ancien Régime. Napoléon fut le premier à s’en plaindre après son départ précipité : « Parbleu, Messieurs, vous êtes peu aimables !… Ah, ce pauvre Las Cases, où est-il ? Il me faisait des contes, au moins. Vous êtes comme des bonnets de nuit » (*). De fait, le Mémorial foisonne de ces échanges futiles et parfois grivois entre les deux hommes...

L’ouvrage va recueillir un immense succès dès sa publication et changer le regard porté par les Français sur le proscrit mort à Sainte-Hélène deux ans plus tôt. Napoléon le Grand va devenir à jamais le nouvel Alexandre qui a porté jusqu’aux extrémités du monde les idées de la Révolution.

Le héros de tous les coeurs

Sa fin malheureuse, son exil et sa mort vont prendre un tour romantique et ravir les poètes de la nouvelle génération, Alfred de Vigny (Servitude et Grandeur militaires, 1835) à Victor Hugo (La Légende des Siècles, 1859) en passant par Alfred de Musset (La Confession d’un enfant du siècle, 1836).

Grâce au Mémorial, les anciens de la Grande Armée vont pouvoir relever la tête. Se détournant du courant libéral, les bonapartistes vont nourrir l’espoir d’une restauration de l’Empire en la personne du duc de Reichstadt, le fils de Napoléon et Marie-Louise. Après sa mort en 1832, c’est le neveu de l’Empereur Louis-Napoléon Bonaparte qui va relever le parti bonapartiste et l’amener au pouvoir en 1851.

Devenu Napoléon III, il va hélas prendre à la lettre le Mémorial comme le note l’historien Jean Tulard dans son entretien ci-dessus avec Richard Fremder. Ainsi croira-t-il accomplir le vœu de son oncle en aidant l’Italie et l’Allemagne à s’unir. Il oubliera que si Napoléon a simplifié leur carte politique, ce n’était pas par grandeur d’âme mais simplement pour mieux asseoir la domination de la France sur ces deux pays…

La chute du Second Empire a noirci la réputation de Napoléon III et réduit à néant les chances des Napoléonides de revenir au pouvoir. Mais elle n’a pas affecté le moins du monde la popularité de Napoléon 1er en France et tout autour de la planète.

Selon Jean Tulard, on compterait encore une publication par jour en moyenne concernant Napoléon 1er, sans parler des documentaires et des films de fiction. On ne s’en étonnera plus après avoir survolé le Mémorial de Sainte-Hélène. Il donne vie à cette formule de Napoléon lui-même : « Et pourtant, quel roman que ma vie ! »

Où qu’ils se trouvent aujourd’hui, l’Empereur et Las Cases doivent sans nul doute poursuivre leurs entretiens au coin du feu avec un regard amusé sur nos passions.

André Larané

 

4 ) Le Malet-Isaac de ces années là. 5 ) Deux pages du Malet Isaac. 6 ) Livre usé à force d'avoir été lu en 1955-56.
4 ) Le Malet-Isaac de ces années là. 5 ) Deux pages du Malet Isaac. 6 ) Livre usé à force d'avoir été lu en 1955-56.
4 ) Le Malet-Isaac de ces années là. 5 ) Deux pages du Malet Isaac. 6 ) Livre usé à force d'avoir été lu en 1955-56.

4 ) Le Malet-Isaac de ces années là. 5 ) Deux pages du Malet Isaac. 6 ) Livre usé à force d'avoir été lu en 1955-56.

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