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Publié par Edouard Boulogne

1 ) Mathieu Bock-Coté. 2 ) Elle et lui. 3 ) Macron et Mohamed Saou; 4 ) Macron et Drahi !
1 ) Mathieu Bock-Coté. 2 ) Elle et lui. 3 ) Macron et Mohamed Saou; 4 ) Macron et Drahi !
1 ) Mathieu Bock-Coté. 2 ) Elle et lui. 3 ) Macron et Mohamed Saou; 4 ) Macron et Drahi !
1 ) Mathieu Bock-Coté. 2 ) Elle et lui. 3 ) Macron et Mohamed Saou; 4 ) Macron et Drahi !

1 ) Mathieu Bock-Coté. 2 ) Elle et lui. 3 ) Macron et Mohamed Saou; 4 ) Macron et Drahi !

Une analyse profonde et clairvoyante de la situation en France à la veille du succès probable, et inattendu, d'E. Macron, par un jeune sociologue Québéquois, analyste profond d'une réalité confuse et déprimante …. même pour les électeurs, par défaut du sieur Macron. ( Interview parue dans Valeurs Actuelles du 27 avril au 3 mai. )

 

Le Scrutateur.

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De Montréal, le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté est devenu l'un des plus fins analystes des mutations idéologiques de la politique française. Au soir du premier tour, il décrypte pour nous les enjeux de la présidentielle.

 

Les deux principaux partis de gouvernement éliminés au premier tour: assiste-t-on à une recomposi­tion spectaculaire de la politique française, ou bien la victoire finale programmée d'Emmanuel Macron inscrit-elle plutôt cette élection dans la continuité? Macron a-t-il « changé le visage de la vie politique française » comme il s'en est vanté dans son discours ou bien est-il simplement un nouveau visage de la politique existante?

 

Emmanuel Macron est le candidat par lequel ce qu'on pourrait appeler le consensus libéral, mondialiste et diversitaire des élites françaises est par­venu à se maintenir et même à reprendre l'offensive. C'est une réussite. Le pro­gressisme mondialisé a fait bloc. Mais si Macron prétend faire émerger une nouvelle classe politique, dégagée des partis déjà existants, décrétés désuets, il ne pourra le faire qu'en s'appuyant sur les nombreux cadres qui se sont ralliés à lui. À travers lui, tout un sys­tème veut se sauver. C'est la phrase du Guépard: « II faut que tout change pour que rien ne change! »

 

On assiste à ce paradoxe que la campagne du premier tour a vu la plupart des candidats se décrire comme antisystème, or celui qui arrive en tète apparaît comme une pure incarnation de ce système: comment l'expliquez-vous?

 

N'oublions pas l'incroyable éclate­ment de ce vote antisystème. Les uns votent contre l'immigration massive, ou contre l'Europe, contre les médias, et on pourrait ajouter bien d'autres "contre". On ne cesse de dire que le clivage gauche-droite a éclaté. Peut-être. On devrait plutôt dire que d'autres clivages se rajoutent mais qu'aucun ne parvient à s'imposer. Les contra­dictions du pays ne trouvent donc pas de logiciel pour les synthétiser et engendrent conséquemment un sen­timent d'impuissance collective. Nous sommes peut-être dans un moment de recomposition politique, mais nous sommes encore dans sa phase chaotique.

 

Quel rôle a joué le pouvoir média­tique dans ce sacre d'un parfait inconnu deux ans plus tôt?»

 

Le système médiatique est parvenu à réduire la campagne présidentielle à une quête de changement pour le chan­gement, et à imposer de manière obses­sionnelle le thème des affaires. On peut y voir un détournement électoral en forme d'occultation du réel. Le sys­tème médiatique a ramené le débat dans des termes qu'il contrôle plus aisément. Il a confirmé sa domination sur la vie démocratique.

 

La gauche est massivement rejetée dans le pays, tant à cause du bilan de François Hollande que sur le plan des idées, et pourtant son continua­teur est en position de remporter l'élection. Considérez-vous que la droite s'est fait voler l'élection?

 

Allons plus loin: c'est le peuple fran­çais qui s'est fait voler son élection. Depuis cinq ans, des questions essen­tielles traversaient la vie politique : celle du terrorisme islamiste, celle de l'immigration massive, celle de l'iden­tité nationale, celle des nouveaux enjeux sociétaux. Ces questions pourtant essentielles ont été évacuées de la campagne. C'est un peu comme si le système politique était incapable de prendre en charge les aspirations profondes du peuple français. On a vidé l'élection présidentielle de sa substance, on l'a dépolitisée.

 

 

On avait beaucoup dit que cette élection se jouerait sur les théma­tiques de l'identité, or le climat de la campagne n'a pas permis que ce débat ait lieu. Pensez-vous que l'opposition Le Pen-Macron, qui est celle de deux visions du monde radi­calement opposées, permette à ce débat de fond, et à celui de la souve­raineté, de revenir au premier plan? Sur le plan idéologique, quelle est l'alternative qui est offerte aux Français par ce second tour?

 

C'est une alternative idéologique défor­mée et caricaturale. Le débat n'aura pas lieu. Quoi qu'on en pense, bien des électeurs souverainistes et conserva­teurs ne voudront pas se rallier à Marine Le Pen, soit parce qu'ils la trouvent engoncée dans la fonction tribunitienne, soit à cause de son programme, soit à cause de l'histoire de son parti, soit à cause de son nom de famille, tout simplement.

À travers la candidature de Marine Le Pen, ce qu'on appelle plus ou moins confusément le camp souverainiste français est condamné à une expres­sion diminuée et mutilée. Dans les pro­chaines années, le vote souverainiste, conservateur, attaché à l'identité fran­çaise trouvera probablement de nou­veaux vecteurs et cela, dans une dynamique plus large de recomposi­tion politique. Pour l'instant, Emma­nuel Macron sera élu, cela ne fait guère de doute. Il ne faudrait pas y voir un référendum d'approbation en profon­deur de sa vision du monde. Les pro­blèmes de fond qui amènent tant de Français à s'avouer hantés par la peur d'une dissolution de la patrie ne dis­paraîtront pas.

 

Québécois, vous êtes très critique vis-à-vis du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, incarnation du multiculturalisme et de la postidentité. En quoi Macron lui ressemble-t-il? De quoi Macron est-il le nom?

 

Emmanuel Macron a déjà affirmé qu'il n'y a pas de culture française. Dimanche soir, il a parlé du peuple de France et non pas du peuple français. Nous étions dans le même esprit. Il semble aussi adhérer à l'idée qu'une nation n'est faite que de vagues suc­cessives d'immigrants. C'est ce qu'on appelle communément le multicultu­ralisme. On arrache ainsi un pays à son identité de recomposition politique, mais nous sommes encore dans sa phase chaotique.

 

Quel rôle a joué le pouvoir média­tique dans ce sacre d'un parfait inconnu deux ans plus tôt?»

 

Le système médiatique est parvenu à réduire la campagne présidentielle à une quête de changement pour le chan­gement, et à imposer de manière obses­sionnelle le thème des affaires. On peut y voir un détournement électoral en forme d'occultation du réel. Le sys­tème médiatique a ramené le débat dans des termes qu'il contrôle plus aisément. Il a confirmé sa domination sur la vie démocratique.

 

La gauche est massivement rejetée dans le pays, tant à cause du bilan de François Hollande que sur le plan des idées, et pourtant son continua­teur est en position de remporter l'élection. Considérez-vous que la droite s'est fait voler l'élection?

 

Allons plus loin: c'est le peuple fran­çais qui s'est fait voler son élection. Depuis cinq ans, des questions essen­tielles traversaient la vie politique : celle du terrorisme islamiste, celle de l'immigration massive, celle de l'iden­tité nationale, celle des nouveaux enjeux sociétaux. Ces questions pourtant essentielles ont été evacuées de la campagne. C'est un peu comme le système politique était incapable de prendre en charge les aspirations profondes du peuple français. On a vidé l'élection présidentielle de sa substance, on l'a dépolitisée.

 

Québécois, vous êtes très critique vis-à-vis du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, incarnation du multiculturalisme et de la postidentité. En quoi Macron lui ressemble-t-il? De quoi Macron est-il le nom?

 

Emmanuel Macron a déjà affirmé qu'il n'y a pas de culture française. Dimanche soir, il a parlé du peuple de France et non pas du peuple français. Nous étions dans le même esprit. Il semble aussi adhérer à l'idée qu'une nation n'est faite que de vagues suc­cessives d'immigrants. C'est ce qu'on appelle communément le multicultu­ralisme. On arrache ainsi un pays à son identité. Justin Trudeau ne pense pas autre­ment en la matière, lui qui croit par ailleurs que le Canada est le labora­toire de cette grande recomposition diversitaire. Macron et Trudeau ne sont pas identiques mais ils adhèrent avec enthousiasme à l'esprit de l'époque, qui est postnational, posthistorique et postpolitique. Ils occupent le même créneau, celui de la mondialisation diversitaire, heureuse et fière de l'être.

 

Dans ses discours, on sent bien que Macron se veut l'incarnation d'une France pacifiée, dans un climat pourtant marqué par la montée de l'islamisme, du terro­risme, du communautarisme et de la fracture sociale, au risque d'apparaître comme un candidat Bisounours. Raymond Aron disait

que le drame de Giscard était de ne pas savoir que le monde est tra­gique. Est-ce aussi celui de Macron?

 

La formule d'Aron s'applique bien à Macron. Il avait l'air d'un ministre-technocrate de temps de paix et on lui demandera d'être un président de temps de guerre. Il va devoir enfiler de bien grands habits, probablement trop grands pour lui. Le marketing politique peut transformer un candi­dat en président, manifestement, mais il a ses limites. Il ne peut pas transfor­mer un homme léger en homme tra­gique. Peut-être les circonstances y parviendront-elles. L'homme n'est pas sans talent. Devenu président, Macron n'aura pas le choix de tenir compte ou pas de la réalité qui ne disparaît pas même si on se ferme les yeux devant elle. On ne peut que lui souhaiter bonne chance.

 

Propos recueillis par Laurent Dandrieu

Julien Trudeau et un homme du troisième type modèle de la société boboïste de demain.

Julien Trudeau et un homme du troisième type modèle de la société boboïste de demain.

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